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Benkirane, le pouvoir et le Makhzen




Benkirane, le pouvoir et le Makhzen
Tout le monde sait que, dans tout pays qui se respecte, lorsqu’un responsable politique doit faire un discours officiel, il confie sa rédaction à un staff de spécialistes qui font très attention aux mots et aux phrases utilisés, les mots  sont pesés et calculés pour prévoir la portée et les interprétations qui peuvent en découler, parce que celui qui va lire le discours est supposé parler en tant que responsable politique, et non en son nom propre.
Notre chef du gouvernement, lui, n’en a rien à cirer, il préfère l’improvisation.
Soit dit en passant que ses discours sont de réels moments de  divertissement et d'humour, dignes des sitcoms ramadanesques. 
OK ! On peut à la rigueur accepter cette approche et nous attendre à ce que le contenu, même improvisé, même humoristique, soit à la hauteur des attentes du pays, mais plutôt que de parler de ce qui inquiète les citoyens, de la crise qui sévit et qui les appauvrit chaque jour un peu plus, et de clarifier les mesures prises par son gouvernement afin de faire face à ces inquiétudes, il concentre ses interventions, quand il est sérieux, sur le fait que c’est le Bon Dieu qui l’a investi d’une mission, que le Maroc a de la chance, et que les Marocains sont satisfaits de la situation et qu'ils ont confiance en leur chef du gouvernement, il essaie aussi d’envoyer des messages codés à qui de droit, utilisant au passage des noms d’animaux, de lutins ou d’oiseaux.
Lui et son parti ont usé et abusé de la religion afin de gagner les élections, de parvenir à des positions et s’approcher de la haute autorité de l’Etat, mais il semble que cette logique qui les a menés au sommet de la pyramide a changé aujourd’hui. 
Le chef du gouvernement s’évertue, chaque fois qu’il en a l’occasion ou l’opportunité, à prononcer des termes, dont on ne sait pas s’il mesure la portée et la signification, il déclare entre autres que « Sa Majesté m'a ordonné de faire telle chose », ou « Quand Sa Majesté s’adresse à moi, je réponds « Allah ybarek f3mar Sidi » » ou « Je suis là pour appliquer les Hautes directives de Sa Majesté » ou encore «Grâce à la bienveillance de Sa Majesté, le gouvernement a procédé à…»,  etc.  
Il parle et se comporte comme s’il s’agissait de la gestion d’une propriété privée et non d’un mandat électoral. 
Des générations ont lutté pour que le Roi soit respecté mais non sacralisé, le Roi l’a lui-même volontairement institué.  Des générations ont lutté pour que les prérogatives constitutionnelles soient pleinement exercées par l’Exécutif, le législatif et l’opposition, parce qu'ils sont l'expression de la volonté collective.
Des générations ont lutté pour que le mouvement de contestations des jeunes soit compris, assimilé et respecté. D’ailleurs, ne sont-ils pas à l’origine de l’accession du chef du gouvernement au pouvoir ? 
Des générations ont lutté pour que l’on dise la vérité au Roi,  et non pas pour la consécration de la logique de l'obéissance et de l'acquiescement, concepts entretenus pendant des décennies pour formater l'esprit du citoyen marocain. Et voilà que notre chef du gouvernement se fixe comme ligne de conduite de ressusciter une pratique que nous pensions révolue à jamais.
Le problème n’est pas un problème de confiance des Marocains en leur chef du gouvernement, ni s’ils sont satisfaits ou pas de leur situation.
Le problème, c’est le chef du gouvernement lui-même et son projet basé sur l'adoption d’une interprétation intruse qu’il fait de la religion. 
Le problème, c’est sa tendance à vouloir s’accaparer l'exclusivité du sacré. 
Le problème, c’est son usurpation de la lutte contre l'injustice.
Le problème, c’est qu’il a profité du soulèvement de la jeunesse pour donner des promesses qu’il n’a jamais tenues.
Le problème, c’est qu’il saisit l’occasion d’une vacance pour installer ses congénères et condisciples, 
Le problème, c’est qu’il essaie de coller à la monarchie dans une opération qui ressemble à s’y méprendre à de la complaisance afin de durer dans les arcanes du pouvoir ... et ça c’est exactement ce que les citoyens ont vécu pendant longtemps ; ils en ont eu assez, ils l’ont dit haut et fort et ne sont pas près d’y retourner.
Le problème, c’est que les Marocains ont perdu toute confiance en politique et les politiciens.
Le problème est que si cette abondance de mesquineries continue d’inonder notre espace public, la peur aujourd’hui est de les voir perdre confiance même en leur pays.
Le problème, quand on passe en revue cette expérience que notre chef du gouvernement n’hésite pas à qualifier de pionnière, on se rend à l’évidence que le chemin est encore long et que la lutte est encore nécessaire pour débarrasser la religion de la politique, débarrasser la politique du cynisme, et débarrasser la monarchie des hypocrites. 

Par Omar Abbadi
Samedi 11 Avril 2015

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