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Benkirane, le moral en berne

Sans majorité ni gouvernement, le chef de l’Exécutif est au bord de la crise de nerfs !




Benkirane, le moral en berne
Lundi 30 septembre, à la réception donnée par l’ambassadeur de Chine, à l’occasion de la fête nationale de son pays, il est apparu, le sourire forcé, l’œil éteint, le moral en berne. Abdelilah Benkirane n’est pas au meilleur de sa forme. Et ça se voit. «On l’a connu en meilleure forme, tout feu tout flamme, le rire sonore et la répartie facile. Lundi soir, il était comme ailleurs. Sur ses traits, se lisaient fatigue et lassitude», confie cette figure de la majorité. «Il est en train de craquer», ose même l’un de ses fidèles.
A l’évidence, Abdelilah Benkirane a perdu de sa superbe. Fini le temps du panache d’un chef de gouvernement qui se faisait fort d’assumer pleinement ses prérogatives. « Si on  m’en empêche, je rends les clés et je m’en vais », répétait-il à l’envi. Depuis la démission de cinq ministres istiqlaliens, laquelle lui a été officiellement remise le 12 juillet dernier, Benkirane a non seulement perdu sa majorité, mais il préside aux destinées d’un gouvernement de gestion des affaires courantes. « Et cela fait trois mois que cela dure. On est à la veille de la rentrée parlementaire qui aura lieu le deuxième vendredi d’octobre et il n’y a toujours pas de loi de Finances.  C’est très grave ! Avec la non formation du gouvernement Benkirane, la situation tenait du comique. Aujourd’hui, elle tourne au tragique », commente ce ténor du Bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires.
Depuis le  retour du chef du gouvernement des Etats-Unis, vendredi, l’annonce d’un nouvel Exécutif était donnée pour imminente, croyaient savoir les plus initiés. Lundi 30 septembre, Benkirane était bien à Casablanca. Le Roi avait en effet assisté  à la cérémonie d’ouverture de la zone franche de Midparc Casablanca, à Nouaceur où s’est implanté le canadien Bombardier Aéronautique. Mais contrairement à tous les pronostics, aucune audience n’a été accordée au chef du gouvernement, rentré à Rabat, bredouille, pour se rendre directement à la réception organisée par l’ambassadeur de Chine. Celui qui dirige un gouvernement de gestion des affaires courantes fait son apprentissage : le temps monarchique n’est pas le temps politique…
 «Pourtant, il était plutôt optimiste le week-end. Il a laissé entendre que tout cela allait se faire incessamment sous peu, que tout était réglé», confie l’un de ses proches avant de confirmer que les entrevues avec le président du Rassemblement national des indépendants n’ont plus eu lieu depuis trois semaines.Si Abdelilah Benkirane n’a plus de contact avec le RNI, il n’en a pas non plus avec ses deux autres alliés de la majorité, le PPS et le Mouvement populaire qui sont tenus à l’écart. Dans les états-majors de ces deux formations politiques, l’incompréhension a cédé la place à une colère sourde. « Benkirane n’a toujours pas réuni la majorité pour que nous discutions des problèmes en suspens qui sont à l’origine du blocage malgré tous nos appels. Pour quelle raison ne le fait-il pas ? Nul ne le sait », se plaint cet homme politique  en vue, issu des rangs de la majorité.

Les fruits amers
d’une méthode de
gouvernement

Samedi, devant l’université d’automne organisée par son parti, le PPS, Nabil Benabdallah n’a pas mâché ses mots pour tirer la sonnette d’alarme devant un « attentisme dangereux ». « La situation actuelle suscite des interrogations. Seule la formation de ce gouvernement bis pourrait sortir le pays de la situation d’attentisme, et seul un gouvernement stable pourrait lancer des réformes », a-t-il en substance affirmé avant d’appeler les uns et les autres à « agir avec raison, à se comporter comme des hommes politiques et à renoncer à approfondir et à aggraver des crises artificielles afin d’éviter au pays les problèmes que connaissent certains de ses voisins ».
Les plus proches amis du leader islamiste n’ont de cesse de  lui suggérer de «foncer», de «réunir la majorité pour discuter avec Mezouar», de «clarifier la situation», de « présenter une liste complète du gouvernement à qui de droit comme il l’avait fait pour son premier cabinet». Mais rien n’y fait. Abdelilah Benkirane reste accroché à sa méthode d’agir  et de ne pas agir- faisant cavalier seul.
Ce député de l’USFP, ministre sous le gouvernement d’Alternance,  confirme : le chef du gouvernement ne fait que « récolter les fruits amers de sa méthode de gouvernement». « Il avait au départ tous les atouts  pour réussir, à l’ombre d’une nouvelle Constitution. Aujourd’hui, il donne l’impression d’avoir peur du changement. Il est dans la fuite en avant à travers un discours à la Hercule d’abord, où il est tout à la fois Zorro, le shérif et le héros d’un western. Contrairement à ce que l’on pense, Benkirane ne comprend pas le système politique marocain. Il s’est fait une image à travers le verbe et non l’action. En plus d’un problème de gouvernance, cet homme a un problème de culture politique», conclut notre interlocuteur de gauche.

Narjis Rerhaye
Mercredi 2 Octobre 2013

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