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Benkirane fait sa rentrée en monopolisant les télévisions publiques

Une heure et 20 minutes de temps d’antenne et pas la moindre annonce de réforme




Benkirane fait sa rentrée en monopolisant les télévisions publiques
Abdelilah Benkirane s’est empressé de faire sa rentrée cathodique. Le gouvernement à peine nommé et les portes du Parlement à peine ouvertes, le chef du gouvernement a fait sa rentrée à la télévision, sur Al Oula d’abord et en léger différé sur 2M ensuite, histoire de ne pas se voir accuser de tordre le cou au pluralisme.
Dimanche 13 octobre, le chef du gouvernement s’est donc prêté au jeu des questions-réponses des journalistes des deux télévisions publiques et de trois supports de presse, Le Matin,  Akhbar Al Yaoum et  l’Economiste. En différé ou pas, il était sur les deux chaînes de télévision, squattant l’espace audiovisuel public.  L’émission spéciale a été enregistrée dimanche matin dans les murs de la résidence officielle du chef du gouvernement. Fini le temps du direct sans filet d’un Benkirane à peine nommé patron de l’Exécutif et à l’époque champion de la spontanéité. Dimanche soir, la spontanéité a été remisée dans les greniers. Le leader du PJD  a préféré s’entourer des précautions d’une émission enregistrée et donc sous contrôle.  Sait-on jamais.
Dès les premières secondes de sa diffusion, l’émission spéciale est « vendue » comme acte de communication avec les Marocains pour leur livrer toutes informations sur la naissance du gouvernement Benkirane II. Comment ? Pourquoi ? De quelle manière et avec quelles contraintes ? Avec qui ?  Le chef du gouvernement s’était engagé à tout dire, à répondre à toutes les interrogations, à effacer toutes les incompréhensions, à lever toutes les ambiguïtés.
Très vite, les choses dérapent. L’exercice de communication n’en est plus un. Et M. Benkirane assume. « Ce n’est pas une conférence de presse. Vous êtes ici pour écouter et moi pour discourir », lancera-t-il aux journalistes parce qu’ils osaient l’interrompre pour faire leur métier, c’est-à-dire poser des questions, interroger, interpeller. Le constat tombe comme un couperet : les questions qui fâchent ont cette particularité de fâcher  celui qui préside aux destinées de l’Exécutif. Les journalistes, ces empêcheurs de tourner en rond à qui le leur fera bruyamment savoir, en feront les frais tout au long de l’émission.

« L’échange préalable avec lui avant la nomination est un honneur pour moi »

Résultat, les citoyens-cathodiques ont eu à (re)voir un Benkirane sur la défensive, ne souffrant pas la contradiction et prêt même à reformuler une question de journaliste qui ne lui convient pas à sa manière. « C’est cela la question qu’il faut me poser au lieu de me poser des questions kafkaïennes et inadéquates ».
 En une heure et 20 minutes d’émission, l’on en saura à peine plus sur les conditions de formation de la nouvelle coalition gouvernementale. Le Palais a-t-il joué un rôle dans le choix de certains ministres ? Le chef du gouvernement est formel : il n’a reçu aucune pression, aucune direction. Regardant droit la caméra, il ajoute : « C’est moi qui ai proposé les noms des ministrables à Sa Majesté. Le Souverain ne m’a rien imposé. La nomination relève des prérogatives de SM le Roi. L’échange préalable avec lui avant la nomination est un honneur pour moi». A l’évidence, le chef du gouvernement islamiste a appris la leçon. Il a appris aussi à mettre beaucoup d’eau dans ce vin qu’il n’a pas interdit à la vente.
Benkirane a changé. Est-ce l’usure du pouvoir ou le poids des exigences d’une fonction ? Celui qui est devenu chef de gouvernement grâce au verdict des urnes va jusqu’à justifier l’entrée de technocrates dans un gouvernement censé réhabiliter l’action politique. La nomination de l’ancien patron des patrons Hafid El Alami est légitimée.  “C’est une bonne chose si un, deux ou trois ministres sans étiquette politique viennent renforcer nos actions. Moulay Hafid El Alami a été proposé par Mezouar. C’est une personnalité compétente qui a réussi dans les affaires. C’est également un signe de confiance en direction du monde des affaires dans notre pays”, explique Abdelilah Benkirane assumant « le cadeau fait à la communauté des affaires ».  En plus d’El Alami, fait-il valoir, un parti proche du grand capital, le RNI, fait désormais partie de la majorité.
On l’attendait sur le limogeage de son frère d’armes, Saadeddine El Otmani, l’homme à qui il a succédé à la tête du PJD, sur la « dégradation » de Mohand Laenser qui a quitté « la mère des ministères », l’Intérieur, pour la moitié d’un département, l’urbanisme et l’aménagement du territoire et sur le maintien inexplicable de l’ex-Istiqlalien Mohamed El Ouafa.
Il le dira sans le dire, essayant de botter en touches. Si les départs de ces deux poids lourds du gouvernement sortant lui ont été probablement suggérés, ils arrangeaient aussi et surtout ses affaires.  «Quand le départ de Saadeddine El Othmani a commencé à être discuté, les négociations ont été interrompues un certain temps. Je lui ai expliqué la situation et il n’a pas hésité à accepter son départ pour l’intérêt de la nation. Il n’a pas démérité. Je lui ai proposé un autre poste, mais on a finalement décidé qu’il valait mieux qu’il rentre chez lui. Il va rebondir».
La télé pour régler ses comptes avec  Chabat !
Quant à Mohamed El Ouafa placé désormais sous l’aile de Benkirane dont il est le ministre délégué des Affaires générales et de la Gouvernance, le chef du gouvernement en brossera un portrait dithyrambique.  «Je considère que son travail à l’éducation nationale a été très bon. C’est vrai que de temps en temps, il fait des déclarations un peu étonnantes, mais c’est un homme aux compétences formidables : en droit, en économie, et en connaissance de la politique de son pays. Je ne voulais pas renoncer à cette compétence».
En un peu moins d’une heure et demie d’émission –et il en demandait plus – le chef du gouvernement ne fera pas la moindre annonce forte. Il ne déclinera pas d’agenda pour les réformes, n’énoncera pas de mesures précises pour la relance économique. Il ne fixera pas non plus un échéancier pour l’adoption de lois organiques.  Le haut responsable était trop occupé ce dimanche soir à régler ses comptes devant des millions de Marocains avec Hamid Chabat, le secrétaire général de l’Istiqlal, le parti qui a claqué la porte de la majorité. « Il a quitté la coalition et c’est tant mieux. Mais pourquoi a-t-il quitté la coalition ? » ne cessera-t-il de répéter. Certains appellent cela le dépit amoureux.
 

Narjis Rerhaye
Mardi 15 Octobre 2013

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