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Benkirane II : la grande déception




Benkirane II : la grande déception
L’impression laissée par l’investiture de la nouvelle équipe gouvernementale est, dans l’ensemble, négative, si l’on se fie aux premières réactions d’une tranche de la population qu’on peut considérer comme représentative de la classe moyenne. La presse, de son côté, fait état de la déception ressentie dans différents milieux. En effet, les journaux enregistrent la même attitude que celle exprimée dans les cafés et dans d’autres lieux publics. Ils s’accordent pour dire que le résultat des différentes tractations et négociations, peut-être ardues, montre bien  que «la montagne a [bel et bien] accouché d’une souris».  Les commentaires des réseaux sociaux vont dans le même sens.
Le mécontentement exprimé est presque général car le résultat des conciliabules est décevant à tous les points de vue. En effet, l’attente, relativement longue (trois mois environ), a été profondément décevante. Pourquoi le nouvel Exécutif déçoit-il?
D’abord, par le nombre des ministres et ministres délégués. Alors que le pays plonge dans la crise à tous les niveaux, on se permet le luxe de faire éclater certains départements en deux ou trois, rien que pour y placer davantage de candidats afin de satisfaire les appétits à caractère partisan ou personnel. Passer de 31 à 39 portefeuilles ministériels, en période de crise, est le signe et la preuve de l’irresponsabilité à l’égard du pays et de son avenir. La conjoncture économique et sociale actuelle nécessitait plutôt la réduction de l’effectif de l’Exécutif (gouvernement resserré) et non pas le contraire, car les dépenses qui vont être occasionnées par cette hypertrophie de l’équipe gouvernementale seront lourdes pour le budget de l’Etat.
Mais, malheureusement, les calculs politiques et politiciens font fi de l’intérêt général, surtout avec un chef du gouvernement qui a fait ses preuves dans le manquement aux engagements : Benkirane est un homme de paroles et non de parole.
Doit-on rappeler que les promesses électorales du PJD, réitérées dans le programme de Benkirane I, se sont évaporées?  Pas de lutte contre la corruption (le chef de l’Exécutif l’a dit clairement dans ce sens: «Que Dieu pardonne tout acte passé!» pas d’augmentation du  SMIG; pas d’aide aux pauvres ; et j’en passe.  Par contre, il a, à son actif, une série d’augmentations des prix, laquelle appauvrit davantage la population déshéritée et menace la classe moyenne de paupérisation.
Signalons comme deuxième raison de la déception (constatée essentiellement chez ceux et celles qui s’intéressent à la vie politique du pays), l’arrivée en force de technocrates. Leur nombre est important. Là aussi, on enregistre une inflation : on est passé de cinq à huit ministres. Cette présence importante des ministres sans couleur politique, sous quelque prétexte que ce soit, est inadmissible politiquement et constitutionnellement. Elle marque une régression qui ne présage rien de bon pour l’avenir démocratique du pays. La reprise du ministère de l’Intérieur par un technocrate est un retour à ce qu’on appelait, dans les années 90 du siècle dernier, «ministères de souveraineté». Et cela va l’encontre de la nouvelle Constitution qui préconise la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes. En effet, les ministres sans appartenance politique, à qui vont-ils rendre compte quand l’heure arrive de rendre compte aux électeurs?... La nouvelle version du gouvernement Benkirane annonce donc  clairement une régression constitutionnelle et met en danger les acquis démocratiques, lesquels ont été acquis au prix de lourds sacrifices. Mais Benkirane, qui renonce à ses attributions constitutionnelles et continue à faire des concessions de toutes sortes, ne peut mesurer la valeur de tels acquis dont il cueille les fruits sans en avoir, en aucun cas, contribué aux frais.  
La seule lueur de la nouvelle formation gouvernementale est la présence féminine. L’opinion publique est presque unanime à souligner l’importance d’une telle présence, surtout que dans le gouvernement Benkirane I, il n’y avait qu’une seule femme; ce qui était durement critiqué.  Mais cet avantage n’est qu’apparent : Benkirane n’en fait-il pas l’une des raisons de l’inflation dans le nombre des ministres ? Dans sa logique, les femmes sont donc en surplus. De plus, une touche de népotisme et de favoritisme entache cette présence féminine au gouvernement. Il semble, en effet,  que le poids du père ou du mari, au sein du parti, est décisif dans la nomination de certaines femmes.  Mais cela ne semble pas concerner que les femmes; parmi les hommes aussi, il y en a.
Une bonne partie de la classe politique est sceptique quant aux aptitudes et capacités du chef du gouvernement à gérer non seulement les affaires publiques, mais aussi les affaires de sa propre majorité. N’est-il pas la vraie cause de l’éclatement de la majorité précédente ? Il a refusé de discuter les propositions de son allié principal.  Benkirane n’arrive pas à sortir de sa coquille partisane. Il en a donné encore la preuve dans sa dernière sortie médiatique. En effet, dans l’émission spéciale de la première chaîne (dimanche 13 octobre 2013), l’impression laissée par le chef de l’Exécutif, c’est qu’il était plus chef du parti que celui du gouvernement. Il n’arrive pas encore à se représenter son rôle constitutionnel. Il est pris dans son rôle partisan dont il ne réussit pas à se détacher. Et c’est là sa grande faiblesse. Avec cela, il y a à craindre pour la nouvelle majorité formée (recousue) avec l’ennemi d’hier. De plus, même au sein du parti majoritaire, ça bout et la divergence est de taille concernant le nouvel allié, le départ de Saâdeddine El Othmani, etc.
En conclusion, Benkirane, qui a certes pris les commandes dans une conjoncture particulière, a montré qu’il n’avait ni la stature ni le profil d’un homme d’Etat. C’est peut-être un beau parleur; il a peut-être la facilité du verbe,… mais c’est un véritable démagogue. C’est là, peut-être, l’une des explications de sa tendance à renoncer à ses prérogatives constitutionnelles!    

 * Secrétaire provincial de l’USFP à Meknès

Benkirane II : la grande déception

Par Mohamed Infi *
Mercredi 23 Octobre 2013

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