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Barack Obama et le défi pakistanais




Barack Obama et le défi pakistanais

Au cours de sa campagne présidentielle, Barack Obama s'est engagé à déployer plus de troupes en Afghanistan et prendre part à la lutte au Pakistan. Au cours du deuxième débat présidentiel, il a déclaré : « si Oussama ben Laden est à portée de vue et que le gouvernement pakistanais est incapable ou refuse de le capturer, alors je pense que nous devons agir et le capturer. Nous tuerons Ben Laden, nous écraserons Al-Qaïda. Cela doit être notre priorité de sécurité nationale. » Le Président Obama a été clair dans son engagement contre Al-Qaïda qui se cache dans les montagnes afghano-pakistanaises. Mais y a-t-il une meilleure approche ?
Au cours des derniers mois, les forces américaines en Afghanistan ont intensifié les attaques contre les abris des militants dans la grande région non-contrôlée de l'ouest du Pakistan : les « zones tribales sous administration fédérale » (FATA), dont se servent les militants pour entrer et sortir d’Afghanistan. L’armée pakistanaise a été incapable de – voire hésitante à – nettoyer ces sanctuaires militants. Des décideurs américains ont manifesté leur impatience.
Plusieurs attaques dirigées par les États-Unis ont été menées avec des missiles tirés depuis des drones. Mais après avoir discuté avec les tribus dans ces zones de la FATA, on saisit rapidement comment les frappes permettent aux Taliban d’apparaître comme une force de résistance contre l'injustice et d’exploiter le ressentiment populaire.
Pourquoi les frappes militaires américaines au Pakistan produisent des effets pervers ?
Alors que les forces de l'OTAN et des États-Unis ont le droit de répondre aux menaces pesant sur leurs troupes basées en Afghanistan, les décideurs politiques doivent reconnaître que les retombées des frappes de missiles américains s'avèrent tactiquement problématiques pour trois raisons. Tout d'abord, les frappes de missiles sapent l'autorité des dirigeants pakistanais. La démission, le 19 août dernier, de l'ancien général de l'armée Pervez Musharraf a montré comment une position pro-américaine engage la responsabilité politique des alliés de la «guerre contre le terrorisme».
L'alignement sur les politiques pro-américaines est une des raisons pour laquelle Asif Ali Zardari, nouveau président du Pakistan, a été contesté par de nombreux de ses compatriotes, alors que le chef de l'opposition, Nawaz Sharif, qui a été ouvertement critique à l'égard des actions des États-Unis à la frontière de l'Afghanistan, a vu sa popularité grimper.
Une deuxième raison d'être sceptique au sujet de l’utilisation presque exclusive des frappes de missiles est d'encourager les militants de la FATA à se venger contre leur plus proche adversaire, le Pakistan, causant des effets désastreux sur un pays déjà affaibli. Les attaques suicides frappant les grands centres urbains du Pakistan sont de plus en plus fréquentes et sont le signal de la propagation de l'insurrection engloutissant la République islamique.
La raison la plus importante est que les clans, les sous-clans, et les familles élargies qui caractérisent le tissu complexe de la société tribale pachtoune, ont enduré des centaines d'années d'invasions étrangères.
Tour à tour, les envahisseurs persans, grecs, turcs, moghols, britanniques et soviétiques, ont découvert que les peuples Pachtoun sont pratiquement non-envahissables, notamment en raison de leurs valeurs sociales de fidélité (wafa), d'honneur (nang) et de vengeance (badal).
Vers une nouvelle approche au Pakistan
Les vendettas, personnelles et collectives, sont connues pour durer pendant des générations. Par conséquent, si les frappes américaines peuvent atteindre des objectifs de grande valeur, elles peuvent aussi déclencher une action armée collective dans l'ensemble des zones tribales.
Le dilemme pour le président Obama est que tant que les militants continuent de s'infiltrer dans les centaines de postes de contrôle non protégés le long de la frontière afghano-pakistanaise, la sécurité en Afghanistan continuera à décliner. Si Obama a raison d’arguer qu’aussi longtemps que les USA restent en Afghanistan il n’y a d’autre choix que d’attaquer à l'intérieur les militants de la FATA, une approche plus judicieuse impliquerait d’employer des opérations de faible niveau consistant à "nettoyer et tenir" le long de la frontière afghano-pakistanaise dans le but de limiter la circulation transfrontalière, et de réagir vigoureusement aux attaques contre les troupes et les civils.
Détourner le soutien tribal pachtou aux extrémistes requerra une campagne de concertation politique et militaire proche de la stratégie américaine en Irak dans la province d’Al-Anbar à la fin de l'été 2007. Pour séparer les sunnites irakiens d'Al-Qaïda, les forces américaines avaient utilisé des techniques de contre-insurrections ayant fait leurs preuves, telles que le recrutement des alliés indigènes, la promotion de la légitimité de la population locale, et l’emploi minimal de la force. Les forces américaines en Afghanistan, en coordination avec les forces de sécurité pakistanaises plus familières avec le terrain hostile de la région et les aspects culturels et linguistiques de la société tribale, peuvent offrir à la mission des États-Unis et de l'OTAN une plus grande probabilité de succès.
L’équipe de sécurité nationale d’Obama doit comprendre que la lutte pour la FATA serait mieux menée en renforçant la capacité d’Islamabad à rivaliser avec les militants de l'autorité politique dans la FATA. Si son gouvernement se contente simplement d’augmenter les attaques de drones, il ne ferait que pousser plus les tribus dans le camp des Taliban.

Analyste de politique extérieure au Cato Institute.
Article publié en collaboration avec UnMondeLibre.org.


Par Malou Innocent
Mardi 3 Mars 2009

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