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Barack Obama et Wall Street




Barack Obama et Wall Street
Au cours du week-end du 12-13 décembre, le président Barack Obama a accusé Wall Street de ne plus prêter à « Main Street », c’est à dire à la population. Dans l’émission « 60 Minutes » de CBS, le président a déclaré : « je ne me suis pas présenté à la présidence pour aider une bande de grands félins à Wall Street ». Il a été rejoint sur le circuit du dimanche matin (13 décembre) par son conseiller économique en chef, Lawrence Summers, qui a fait écho au message d’intimidation.
Les « grands félins » de Wall Street sont toujours une cible politique pratique, mais les banquiers ne font que répondre aux incitations générées par les politiques économiques du Trésor et de la Réserve fédérale - d’abord et avant tout, à la politique de la Fed de taux d’intérêt proches de zéro.
Ce que cela signifie, c’est que les banques peuvent lever des fonds à court terme à des taux d’intérêt très bas et acheter les bons du Trésor sûrs à 10 ans avec un rendement d’environ 3,5%. La Fed de Bernanke a promis de maintenir sa politique pour « une période prolongée ». Cela se traduit en une opportunité élargie pour les banques de se livrer à cet arbitrage entre taux d’intérêt.
Pourquoi un banquier octroierait-il des prêts traditionnels qui, même en période faste, présentent un certain risque de perte? Dans les temps difficiles actuels, seuls les meilleurs crédits seront « bancables ». Pendant ce temps, les institutions financières sont heureuses de servir leur nouveau et meilleur client : le Trésor américain. Ce jeu sur la courbe des rendements est ouvert aux banques de toutes tailles.
La politique de la Fed a un sens si l’objectif est la restauration de la rentabilité des banques en générant des flux de trésorerie. C’est une politique terrible si l’objectif est le ravitaillement des petites entreprises, moteur de la croissance économique et de la création d’emplois. Les grandes sociétés non financières ont accès aux banques. Elles peuvent également s’appuyer sur les marchés publics de crédit et avoir accès à des fonds générés en interne. Ce n’est pas le cas pour les petites entreprises, qui dépendent fortement des banques pour le crédit.
Depuis que la crise financière a commencé, la Fed a travaillé en tandem avec le Trésor de Paulson/Bush et maintenant avec le Trésor d’Obama/Geithner. On doit supposer que ses politiques reçoivent l’approbation de l’administration. Cela met les politiques de l’administration en conflit avec ses objectifs déclarés. Larry Summers est un économiste de premier ordre et doit comprendre les incitations économiques que ces politiques ont créées. Bref, les interviews du week-end, ainsi que la réunion du président avec les banquiers le lundi suivant, n’étaient que du théâtre politique.
Alors que le public est en colère contre les 10 à 20 millions de dollars de bonus des banquiers, la politique publique devrait se concentrer sur ce qui les génère. Les plus grandes banques ont vu leur appétit au risque exacerbé. Elles ne comptent pas sur les prêts classiques, mais sur le propietary trading (opérations de marchés pour leur propre compte) et sur un engagement renouvelé en faveur de produits financiers innovants. Mais comme l’a noté le conseiller d’Obama et l’ancien président de la Fed Paul Volcker, les produits financiers tels que les swaps sur les défauts de crédit et les obligations adossées à des actifs ont amené l’économie au bord de la catastrophe. C’est la prise de risque excessive par Wall Street qui génère des profits à partir desquels les bonus sont versés. Freinez la prise excessive de risque et vous freinerez les bonus, sans planification publique de la rémunération du banquier.
L’expérience récente a-t-elle enseigné aux dirigeants des grandes institutions financières la nécessité de tempérer leur appétit pour le risque ? Pas vraiment. La leçon qu’ils ont apprise, est que les présidents de la Fed et du Congrès viendront à leur secours quand ils seront en difficulté. Au nom d’un ensemble d’idées vagues, à peine une théorie, certaines banques sont considérées comme trop grandes pour faire faillite (« too big to fail »). Elles seront soutenues, renflouées et généralement protégées contre les conséquences de leurs propres mauvaises décisions. Cela génère des incitations à s’engager dans des activités excessivement risquées.
Quelques banquiers ont perdu leur emploi ou l’ont quitté à la suite de la crise financière, mais ce petit risque est évidemment accepté par la plupart des « gros félins » de Wall Street. M. Obama ne s’est peut-être pas présenté à la présidence pour les récompenser, mais ce qui se passe est bien l’effet de ses politiques.
Le transfert de ressources rares aux grandes banques sous forme de fonds provenant du Troubled Asset Relief Program (TARP), les taux d’intérêt extrêmement bas, et les programmes de crédit ciblés de la Fed ont détourné un capital indispensable de l’activité productive réelle. Maintenant les politiciens ressentent la colère du public et se plaignent du manque de prêts et des montants de rémunération des dirigeants. Si le Congrès voulait que les banques prêtent et limitent les «packages» de rémunération, il aurait dû intégrer ces conditions dans la législation du TARP.
Le TARP a été monté à la hâte, mal conçu et mal exécuté. Néanmoins, le Congrès a agi dans la précipitation et doit maintenant se repentir à loisir. Pendant ce temps, la totalité des politiques censées aider les grandes institutions financières sont en train de retarder la reprise de l’économie américaine en général et l’embauche de ses chômeurs.

* Ancien vice-président de la Federal Reserve Bank de Dallas et analyste au Cato Institute à Washington DC.

PAR GERALD O’DRISCOLL JR. *
Mercredi 23 Décembre 2009

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