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Avec l'aide des autorités, les bidonvillois du Bloc 06 ont édifié de nouvelles baraques : Le tramway de Rabat-Salé saborde le programme “Villes sans bidonvilles”




Avec l'aide des autorités, les bidonvillois du Bloc 06 ont édifié de nouvelles baraques : Le tramway de Rabat-Salé saborde le programme “Villes sans bidonvilles”
Ils sont plus de 60 familles à s'être installées à Douar Draâou (Bloc 01) après que les autorités locales de Salé ont démoli leurs baraques situées sur le trajet du tramway devant relier Salé et la capitale. Au début du mois de septembre, des dizaines d'agents des forces de l'ordre sont intervenues brutalement et détruit les baraques de Douar Tahtani (Bloc 06). Bilan: plusieurs habitants refusant de quitter les lieux ont été emprisonnés (cinq frères de la famille Ben Issa), un militant des droits humains et journaliste (Abdelilah Assoul) tabassé, plus de soixante baraques détruites, des souffrances et une précarité sans fin.
Après la démolition des baraques du Bloc 06, les habitants s'attendaient à une indemnisation de l'Agence. Ils s'attendaient également à être recasés dans la ville satellite de Sidi Abdellah. Pourtant, plusieurs familles ont bénéficié des appartements de cette nouvelle ville au cours des trois dernières années. Or, il s'est avéré que cet espoir n'était que trompeur. Les indemnisations ont été récoltées par qui de droit dans l'objectif de financer l'achat des matériaux pour la construction de nouvelles braques. Ainsi, des tonnes de pierre, de caillasse, de sable, de ciment et de tôle ont été distribuées aux victimes de ces démolitions. Ces dernières, en un jour, sont devenues des maçons eu procédant à la construction de leurs nouvelles baraques dans l'ancien quartier Douar Draâou. Celui date des années 1940 et souffre d'un sous-équipement patent. « Au lieu de nous indemniser ou nous délivrer les clés des nouveaux appartements promis de Sidi Abdellah, les responsables nous ont donné des matériaux de construction et nous ont demandé de construire de nouvelles baraques encore plus misérables que celles démolies », s'indigne Latifa Hafid, femme âgée de 40 ans. Elle nous a affirmé que les forces de l'ordre l'ont violemment battue car elle s'est opposée à la décision de quitter le douar où devrait passer le tramway. Aujourd'hui, elle ne revendique qu'une seule chose : « du plastique pour bâcher le toit de la maison et protéger mes enfants des pluies des mois prochains ». Rappelons que le plan « Villes sans bidonvilles » lancé par le gouvernement en 2004 prévoit qu'aucune baraque n'existera à Salé en 2010. Pourtant, en 2009, c'est l'Etat lui-même, dans le cas du Bloc 01 Tabriket, qui encourage la construction de ces bidonvilles, à en croire les habitants.
Pour Touria Krika, la mère des cinq détenus, le comportement de l'Agence et des forces de l'ordre était « barbare et inhumain ». Cette femme vit actuellement avec son fils sous une tente, après que les responsables locaux lui ont interdit de construire une nouvelle baraque. Et ce à cause des protestations de ses fils contre la décision des autorités locales.
Il est à signaler aussi que les souffrances des habitants de Douar Draâou sont nombreuses. Ces citoyens n'ont pas le droit aux documents administratifs d'usage tels que l'attestation de résidence. L'exemple de Jilali Zizi en témoigne. Ce dernier n'a pas pu renouveler sa carte d'identité nationale depuis 1989. «Depuis vingt ans, l’agent concerné refuse de me délivrer l'attestation de résidence. Les autorités ne reconnaissent plus notre existence », affirme-t-il. De son côté, Rachida Ghassoul, indique que deux de ses fils ne sont pas inscrits au livret d’état civil. Elle a ajouté qu'elle a été contrainte de demander à des membres de sa famille de lui délivrer une attestation de résidence pour son fils, qui, sans cette démarche, ne pouvait s'inscrire à l'école. Ce douar ne diffère en rien des voiries. Les égouts inexistants en ce lieu. Les ordures sont amassées partout. Les habitants cohabitent avec des odeurs nauséabondes. Des nuées de moustiques et autres insectes s'attaquent sans répit aux enfants qui ne bénéficient d'aucune protection sanitaire. La plupart d'entre eux travaillent dans des ateliers d'artisanat et les marchés de la ville. Leur situation est alarmante et mérite qu’on s’y penche sérieusement.
Pour ce qui est des habitats insalubres, et plus précisément les douars et bidonvilles, la responsabilité est partagée. Les représentants de l'autorité centrale (ministère de l'Intérieur), les élus locaux et les habitants sont, tous, impliqués et ont leur part de responsabilité. Pour ce qui est des habitants, certains se sont habitués à ce mode de vie. Parfois, on a l'impression qu'il s'agit d'un choix de vie puisque les habitants bénéficient d'eau et d'électricité gratuitement. En plus, ils ne payent pas d'impôt. Plusieurs d'entre eux accumulent des fortunes considérables et refusent d'aller vivre dans des immeubles et habitats salubres. Pire encore, certains bénéficiaires d’habitats entrant dans le cadre du plan « Villes sans bidonvilles » vendent leurs nouvelles maisons et reviennent acheter ou louer une baraque dans un douar ou agglomération de baraques, devant le silence des autorités locales. « Selon Ahmed Himmich, un habitant du Bloc 06, « il suffit de soudoyer l’agent d’autorité pour qu'il ferme les yeux sur la construction d'une baraque ». La responsabilité des autorités locales est, donc, manifeste. Une chose, au moins, est claire : dans le cas de douar Draâou, ce sont les pouvoirs publics qui semblent cautionner la construction des baraques.
Durant notre visite sur les lieux, le mokaddem de ce bidonville est venu à notre rencontre. Un homme à la quarantaine. Le même mokaddem qui a frappé d'un coup de poing violent le journaliste Abdelilah Assoul il y a 20 jours lors des démolitions inopinées au douar Ettahti. Il s'est contenté cette fois de m'ordonner de déguerpir. Selon les habitants (c'est presque une unanimité), les responsables locaux sont de véritables despotes qui font souvent appel aux forces de l'ordre. « Quand ils ont procédé à la destruction des baraques, j'ai commencé à protester. Le caïd a ordonné qu'on m'emmène au commissariat. Par la suite, il m'a demandé de m'incliner et de m’agenouiller devant lui »,  soutient Adil El Kamani, habitant depuis 24 ans au douar Bloc 1. De son côté, Hassan El Kssibi a souligné que ce mokaddem est « puissant. Il est à la fois le maire, le gouverneur, et le chef du douar. personne ne peut contrarier sa volonté».
Au bidonville Bloc 1, plusieurs baraques ont été construites avec l'aide des autorités. Les égouts sont inexistants et les gens se contentent de creuser des fosses pour les déchets liquides. Les grandes pluies inondent souvent les habitations. Une image qui perdure toujours dans un Maroc du 21ème siècle !

Montassir SAKHI
Jeudi 24 Septembre 2009

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1.Posté par elg mourad le 26/09/2009 10:17
bonjour tout simplement, il s'agit d'une mauvaise gestion et une impuissance des autorités de la ville de Salé face au problème des bidonvilles de Salé: recaser un bidonville , en distribuant des lots ou des appartements à une partie des bidonvillois et faire déménager le reste vers une autre côté de la ville et créer par la suite d'autres grands bidonvilles, et ça n'est pas nouveau pour Salé: voir notamment l'operation Hay Rahma qui, en particulier si les choses sont bien passées il n' y aurait ni ce probleme ni ces baraques à Hay Karima au passage du tramway . Maintenant, il faut aider ces familles à avoir leur logement décent et tous les moyens sont à employer: aides financières , facilité, .... bref pour lutter une fois pour toute contre cet habitat insalubre qui nous touche tous de loin comme de près.

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