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Au bord du lac Kivu, la ville de Goma veut de l’eau




Au bord du lac Kivu, la ville de Goma veut de l’eau
La ville congolaise de Goma est bordée par un des plus grands réservoirs d’eau douce au monde, le lac Kivu, et il y pleut en abondance. La majorité de sa population d’environ un million d’habitants attend cependant toujours d’avoir des robinets chez elle. 
Dès le lever du jour, une noria de cyclistes se succèdent sur la plage. Pauvrement vêtus, ils viennent emplir au lac des bidons usés.
Sous une guérite de fortune, Fideline Kabuhu, veille à ce qu’aucun jerrican ne quitte les lieux sans sa dose de chlore, qu’elle injecte à l’aide d’une seringue.
«Cette eau, les gens la boivent, ils font tout avec», explique cette femme de 46 ans missionnée par une organisation caritative française. Chaque bicyclette transporte environ 120 litres qui seront écoulés dans les quartiers privés d’eau. A raison de dix allers-retours au lac, les porteurs peuvent espérer gagner 10 dollars dans la journée.
Mais en cette fin de matinée, il pleut et Lambert Biriko ne remplira pas ses bidons. «La journée est foutue», explique-t-il: les gens vont récupérer les eaux de ruissellement «et ne nous achèteront rien.»
Située à la frontière rwandaise, Goma est la capitale du Nord-Kivu. En vingt ans sa population a explosé avec l’afflux de réfugiés venus du Rwanda et du Burundi et de populations déplacées par les conflits qui n’en finissent pas de meurtrir l’est de la République démocratique du Congo.
Au rond-point Cercle-Sportif, dans le centre de la ville, une vieille femme fait sa toilette dans une flaque à côté d’une pompe de la Regideso (la société publique de distribution) à laquelle des camions-citernes privés viennent acheter de l’eau qu’ils vendront dans certains quartiers.
Fiston Mugisho, chômeur âgé de vingt ans, passe la journée ici à tenter de laver les taxis-motos qui veulent bien s’arrêter. Chez lui, il n’y a pas d’eau. Tous les jours, dit-il, il faut en acheter «aux vélos», ou marcher jusqu’à un quartier où des particuliers reliés au circuit d’adduction revendent ce qui sort de leurs robinets.
«Mais on ne trouve pas toujours», ajoute-t-il. Même chez les gens qui bénéficient du réseau public, les coupures sont fréquentes. Comme ailleurs au Congo, pays le moins développé au monde selon l’ONU, la population a appris à ne compter que sur elle-même.
Cette situation révolte les jeunes qui ont créé la Lucha (Lutte pour le changement). Le manque d’eau -comme la pénurie d’électricité et la rareté du travail- révèle «un problème de gouvernance», «un manque de programmation» et un «manque de sérieux» estime Micheline Mwendike, militante de ce mouvement apolitique.
Avec d’autres organisations, explique-t-elle, la Lucha a déposé fin mai une première pétition de 3.500 signatures demandant au gouverneur de la province, Julien Paluku, de s’engager à relier à brève échéance certains quartiers au circuit d’adduction et de publier «un plan pour la fourniture d’eau à toute la ville».
Soutenu par une partie de l’opposition provinciale, le mouvement de grogne grandit et reproche aux autorités de se servir de l’insécurité comme d’un prétexte pour ne rien faire. 
Les manifestations se succèdent et utilisent l’influence des réseaux sociaux Twitter et Facebook avec le mot-dièse îGomaVeutdelEau (îGomaNeedsWater en anglais).
Sollicité à maintes reprises pour s’exprimer sur le sujet, M. Paluku n’a pas répondu aux appels de l’AFP. Deogratias Kizibisha, directeur de la Regideso pour le Nord-Kivu, déclare que 45% des habitants de Goma sont reliés au réseau d’adduction. Mais il ne suffit pas de l’être pour avoir de l’eau et, selon la Lucha, le taux de desserte réel tourne autour de 20%.
Jean-Pierre Kambere est infirmier dans le quartier insalubre de Birere. «L’ajout de chlore ne suffit pas» à rendre potable l’eau du lac, dit-il, «chaque semaine des patients viennent se faire soigner pour des diarrhées ou des fièvres» liées à une hydratation insuffisante et une mauvaise qualité de l’eau.
Non loin de son centre de santé, Joëlle, frêle jeune femme de 20 ans, revient d’un robinet public, courbée sous le poids du bidon qu’elle porte sur le dos, attaché à son front par une écharpe. «Ce n’est pas normal de vivre comme cela, se plaint-elle, il faut que les autorités apportent de l’eau dans chaque maison.»
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

AFP
Samedi 16 Août 2014

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