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Au Sri Lanka, le retour teinté d’amertume des Tamouls dans leurs murs

“Nous devons à nouveau repartir de zéro dans nos vies”




Quand Balasundaram Rasamalar a pu revenir dans sa maison dans le nord du Sri Lanka dévasté par des années de guerre, elle a rencontré un obstacle inattendu: ses toilettes se trouvaient en zone militaire, interdite aux civils.
L’armée sri-lankaise a commencé à restituer en début d’année des terres qu’elle occupait dans la péninsule de Jaffna, en pleine zone tamoule, depuis la fin en 2009 du long conflit avec la rébellion séparatiste.
Cette décision a été prise peu après l’élection en janvier du nouveau président Maithripala Sirisena qui a promis d’oeuvrer à la réconciliation avec la minorité tamoule de l’île.
Mais ce geste a aussi créé de nouvelles lignes de partage au sein des communautés et suscité un certain ressentiment.
“Je ne pensais pas que nous retrouverions nos terres”, explique Rasamalar, une Tamoule de 53 ans qui avait fui son village de Varathalaivila au moment des premiers combats en 1990. “Nous devons à nouveau repartir de zéro dans nos vies”.
Avant 1990, quelque 10.000 familles vivaient à Varuthalai Vilan, au sud d’une base aérienne militaire qui fut l’une des bases principales de l’armée dans la bataille contre les Tigres tamouls.
Beaucoup, tels Rasamalar, vivaient depuis dans des camps de réfugiés.
Pour les quelque 1.200 personnes qui ont retrouvé leurs terres, c’est un retour amer. Les maisons et les temples de la région portent les traces profondes de décennies de combats et seule une poignée d’habitants ont pu récupérer l’intégralité de leurs propriétés.
Le voisin de Rasamalar a retrouvé son puits mais sa maison reste sur un terrain occupé par l’armée. Un autre habitant fait face au problème inverse: il a récupéré sa maison mais n’a pas accès à l’eau.
Selon le chef du village S. Sugeerthan, les gens ont repris espoir quand le nouveau gouvernement a commencé à restituer des terres cette année. Mais ils souffrent du fait que l’armée ait conservé de façon injustifiée certains terrains privés.
“L’armée a rendu 600 hectares ici en mars mais a gardé une enclave de 40 ha pour elle”, explique-t-il à l’AFP en montrant une nouvelle clôture de fil barbelé.
Conséquence: les habitants doivent effectuer un détour de 50 km pour aller d’un bout du village à un autre, au lieu des 4 km habituels. Derrière ces barbelés, on voit des militaires sri-lankais, pour la plupart en tee-shirt de camouflage, en train de s’occuper de leurs cultures.
Après avoir écrasé les Tigres tamouls dans une offensive sans merci achevée en mai 2009, les militaires ont conservé de larges portions de terres à Jaffna, péninsule située à 400 km au nord de Colombo.
Ils ont ouvert de lucratifs hôtels, restaurants et exploitations agricoles, vendant fréquemment leurs récoltes à ceux qui cultivaient précédemment ces terres et sont tombés dans la misère à cause de la guerre.
“Nous estimons que les militaires gèrent au moins une dizaine d’hôtels et de restaurants sur des terres qui nous ont été enlevées”, dit Sugeerthan.
Ce processus de restitution de terres a valu au Sri Lanka des éloges après un conflit qui a fait plus de 100.000 morts entre 1972 et 2009. Mais la communauté internationale presse le président Sirisena de réussir la réconciliation entre les communautés du pays.
“Nous ferons tout notre possible pour soutenir le gouvernement afin qu’il avance dans des domaines tels que la restitution des terres, la limitation du rôle des militaires dans la vie civile et sur la question des personnes disparues”, a dit le secrétaire d’Etat américain John Kerry lors d’une visite en mai.
Sirisena a dissous le parlement et convoqué des élections législatives en août pour essayer de renforcer son pouvoir et mener les réformes promises.
L’administrateur de Jaffna, Nagalingam Vethanayahan, estime que la réinstallation des personnes qui avaient été déplacées sera la clé du processus de réconciliation.
“Nous avons eu des discussions avec les forces de sécurité et nous espérons, cette fois, que plus de terres vont être disponibles”, dit Vethanayahan à l’AFP.
Il a demandé aux agences de l’ONU des tentes pour les personnes qui quittent les camps de déplacés afin de venir récupérer leurs terres, mais sans avoir de logement habitable.
Vallipuram Rasamma n’a pas reconnu son quartier quand elle est rentrée chez elle en juillet, retrouvant sa maison dépourvue de toit à côté d’un grillage de barbelés.
Cette veuve de 71 ans n’avait pu habiter que pendant quelques mois cette maison, l’une des quelques dizaines offertes par la Croix-Rouge en 1990 quand le gouvernement de l’époque avait décidé d’ouvrir des négociations de paix avec les Tigres tamouls, en rébellion depuis les années 70.
Mais six mois plus tard, les combats éclataient, la forçant à fuir. “Je suis triste de ne pas avoir pu vivre dans la nouvelle maison”, dit-elle. “J’ai quatre petits-enfants. J’espère qu’ils pourront habiter ici en paix”.
 

Jeudi 20 Août 2015

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