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Au Soudan du Sud, la paix n'existe que sur le papier

Le conflit a fait des dizaines de milliers de morts et chassé plus de 2,2 millions de personnes de chez elles




Au Soudan du Sud, la paix n'existe que sur  le papier
Ils étaient venus pour une nuit, en décembre 2013, pour fuir les tueries déclenchées par les soldats qui saccageaient Juba. Deux ans plus tard, 27.000 Sud-Soudanais désespérés vivent encore dans les deux camps de l'ONU de la capitale du Soudan du Sud.
 "Il n'y a aucune liberté", lâche Bong Kubuong, 39 ans, un père de trois enfants qui habite un de ces camps, dans la misère mais à l'abri des innombrables atrocités marquant cette guerre civile.
 "Nous restons ici avec l'espoir qu'un jour les choses changeront", dit-il, décrivant la manière dont il passe ses journées à tourner en rond autour de l'enceinte du camp: "Vous pouvez vous balader à l'intérieur du camp mais sans sortir, parce que sinon vous pouvez être tué".
 A l'échelle du pays, l'ONU accueille dans ses différentes bases 185.000 personnes, trop effrayées pour en partir.
 A Juba, la grande majorité des gens vivant dans ces camps appartiennent à l'ethnie Nuer, la deuxième plus importante du pays.
 Ils ont été les premiers ciblés quand les combats ont éclaté le 15 décembre 2013 entre les troupes loyales au président Salva Kiir, un Dinka, le principal peuple du Soudan du Sud, et celles fidèles à son vice-président d'alors, Riek Machar, un Nuer.
 "Ils cherchaient en faisant du porte-à-porte et quand ils découvraient que vous étiez un Nuer, ils vous tuaient", se remémore Deng Diang Chuol, assis dans ce camp surpeuplé de Juba.
Le Soudan du Sud a proclamé son indépendance en juillet 2011, sur les ruines de décennies de conflit contre Khartoum, avant de replonger deux ans et demi plus tard dans la guerre en raison de dissensions politico-ethniques au sein de l'armée, alimentées par la rivalité entre MM. Kiir et Machar à la tête du régime.
 Le conflit, marqué par des atrocités attribuées aux deux camps, a fait des dizaines de milliers de morts et chassé plus de 2,2 millions de personnes de chez elles. Certaines estimations évoquent le nombre de 50.000 tués, mais aucun bilan fiable n'est disponible.
 Les deux camps sont accusés d'avoir perpétré des massacres à caractère ethnique, recruté et tué des enfants, généralisé le recours au viol, torturé et provoqué des déplacements forcés de populations.
 Après plusieurs cessez-le-feu jamais respectés, un accord de paix a été signé le 26 août. Mais les combats n'ont jamais cessé et de nombreuses échéances prévues ont été dépassées sans que les deux camps respectent leurs engagements.
 Fin novembre, le secrétaire-général de l'ONU Ban Ki-moon a estimé que le non-respect du calendrier de l'accord jetait un doute "sur la détermination à appliquer le processus de paix".
 "Nous espérions sortir du camp (...), mais on ne va pas le faire parce qu'on a encore peur. On a peur de n'être toujours pas en sécurité", observe Chuol, 37 ans, qui vit là avec son jeune fils. "Nos espoirs sont minces. Cet accord de paix semble n'exister que sur le papier. Rien n'indique qu'il va être appliqué".
 "Ce qui existe sur le papier ne peut prendre forme que si les dirigeants font preuve de la volonté politique de le mettre en oeuvre et arrêtent de faire souffrir des Sud-Soudanais innocents", plaide Edmund Yakani, un militant de la société civile à Juba.
 Le pays reste menacé de famine. En octobre, des experts mandatés par l'ONU ont affirmé que sans aide d'urgence, plus de 30.000 personnes risquaient de mourir de faim dans les régions les plus ravagées par la guerre civile.
 Le Comité international de la Croix-rouge juge "alarmante" la crise alimentaire, et "chaotique et dangereuse" la situation dans le pays.
 "Quatre mois après la signature de l'accord de paix, pas grand-chose n'a changé (...) Des vies ont été détruites et beaucoup n'ont presque rien pour survivre", constate Zlatko Gegic, responsable de l'ONG Oxfam dans le pays.
 De nombreux groupes armés et milices ethniques épaulent l'armée ou la rébellion, mais certains échappent largement à toute autorité. Les violences, d'abord concentrées sur les deux Etats septentrionaux d'Unité et du Haut-Nil, et dans l'Etat oriental de Jonglei, ont commencé ces derniers mois à s'étendre au sud du pays.
 L'ONG Human Rights Watch (HRW) a constaté mardi que les lignes de fracture du conflit s'étaient multipliées et prévenu que "malgré l'accord de paix, il est probable que la violence et les combats vont continuer".
 

Mercredi 16 Décembre 2015

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