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Au Rwanda, des textos peuvent sauver les nouveau-nés




"P.R.E", "N.P" : Floride Uwinkesha, agent communautaire en charge de la santé maternelle de la localité rurale de Nyarukombe, dans l'est du Rwanda, tape soigneusement une série de lettres sur son vieux portable noir et rouge, puis appuie sur la touche "envoyer".
En quelques secondes depuis le salon de sa patiente, elle vient d'enregistrer Marceline Mwubahamana, 31 ans et enceinte de trois mois, dans la base de données "RapidSMS" du ministère rwandais de la Santé, un programme de suivi médical des grossesses et de la santé des bébés jusqu'à l'âge de deux ans.
Mis en place en 2009 avec le soutien de l'Unicef, "RapidSMS" a été déployé en 2012 jusque dans les collines les plus reculées du Rwanda grâce à 45.000 agents de santé communautaires, de simples hommes et femmes volontaires sachant au minimum lire et écrire, élus par les habitants de leur village et formés par le gouvernement.
"P.R.E, c'est un code qui signifie que sa grossesse a été confirmée par un centre de santé", tandis que "N.P" signifie "no problem", détaille Mme Uwinkesha, agricultrice élue agent de santé, sous le regard attentif de la future maman.
"J'envoie aussi des informations de base, comme son numéro d'identité, si c'est sa première grossesse ou pas et s'il y a un problème quelconque", ajoute-t-elle, rapporte l’AFP.
Une fois Mme Mwubahamana enregistrée, le logiciel génère automatiquement une date pour sa prochaine consultation prénatale. Juste avant ce rendez-vous, un message de rappel sera envoyé sur le portable de Floride Uwinkesha, qui se chargera alors de contacter l'intéressée.
Pour l'instant, la première grossesse de Mme Mwubahamana se passe bien. Mais en cas d'urgence, son agent de santé préviendra la structure médicale la plus proche via un SMS dit "d'alerte rouge".
Grâce au programme "RapidSMS", "nous pouvons facilement trouver le nom des femmes qui ont des grossesses à risque, par exemple celles qui ont fait des fausses couches à répétition ou qui ont déjà subi une chirurgie gynécologique", se félicite François Hakizimana, en charge de la santé communautaire au centre médical de Murambi, non loin de Nyarukombe.
Affairé sur son ordinateur, il fait défiler sur son écran les noms des dizaines de femmes enceintes des villages alentour. "Nous pouvons les sensibiliser pour qu'elles se rendent dans la structure de santé la plus proche dès qu'elles voient qu'il y a le moindre problème", poursuit M. Hakizimana.
Les responsables du programme assurent que "RapidSMS" a permis de sauver de nombreuses vies depuis sa création, sans pour autant fournir de chiffres.
Il est en effet difficile de mesurer précisément l'impact du dispositif. Selon les données collectées par la Banque mondiale, le taux de mortalité infantile pour les bébés de moins d'un an au Rwanda était de 31 décès pour mille naissances en 2015, juste sous la moyenne mondiale (31,7) alors qu'il était encore de 47 pour mille en 2009. Sur la même période, le taux de mortalité maternelle a diminué de près de 30%, passant de 411 à 290 décès pour 100.000 naissances.
Floride Uwinkesha accompagnera Mme Mwubahamana et son bébé jusqu'à 28 jours après la naissance. Ensuite, c'est un agent en charge de la santé des nourrissons qui prendra le relais.
Deux par village, souvent un homme et une femme, ils effectueront au moins trois visites à domicile en deux ans, au cours desquelles ils vérifieront si l'enfant est en bonne santé et recueilleront puis transmettront à la base de données du ministère de la Santé des informations comme le poids du bébé et son nombre de respirations par minute.
"Les principaux risques à la naissance, ce sont les infections, la malnutrition, les diarrhées et les maladies respiratoires", assure Joseph Nkinzingabo, qui coordonne 1.422 agents de santé répartis sur une zone comprenant 14 centres de santé.
En déplacement à Murambi, M. Nkinzingabo vient de recevoir une "alerte rouge" : une femme est sur le point d'accoucher chez elle.
Anxieux, il compose immédiatement le numéro de l'agent de santé référent et interroge "Allô, où êtes-vous ?" avant de raccrocher, visiblement satisfait et rassuré. La future maman a finalement pu rejoindre un centre de santé, explique-t-il. "Inutile d'envoyer une ambulance".




Libé
Lundi 11 Juillet 2016

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