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Au Pakistan, l'escalade vers de nouveaux sommets




Une dizaine de jeunes gens se lancent tour à tour à l'assaut d'une paroi de calcaire dans les collines entourant Islamabad. Au Pakistan, destination de choix pour les alpinistes étrangers de haut vol, les locaux se mettent désormais aussi à l'escalade.
Depuis des décennies, les grimpeurs viennent du monde entier se mesurer aux nombreux sommets du nord du pays, notamment dans le Gilgit-Baltistan, une région où convergent trois des plus majestueuses chaînes de montagnes au monde : le Karakoram, l'Hindou Kouch et l'Himalaya.
C'est notamment le K2, deuxième plus haut sommet du monde (8.611 mètres), réputé plus difficile encore que son grand-frère l'Everest, qui attire les alpinistes les plus endurcis.
Mais en dépit de leurs exploits et de ceux de leurs compagnons de route pakistanais, souvent originaires du nord, l'escalade n'a jamais rencontré beaucoup de succès dans le reste du pays.
Les choses changent pourtant aujourd'hui. Des amateurs de varappe comme Nazir Ahmed, qui dirige l'Eco Adventure Club à Islamabad, soulignent qu'il y a de plus en plus d'adeptes. Une vingtaine de clubs ont ouvert à travers le pays.
"Les gens sont attirés par l'escalade car ils vont sur les réseaux sociaux, ils voient des photos sur Facebook, Twitter, Instagram, et ils sont impressionnés", estime M. Ahmed, originaire de la magnifique vallée de Hunza, dans le Gilgit-Baltistan.
Son club, lancé il y a quatre ans avec une vingtaine de membres, en compte désormais plus de 500 et organise des sorties tous les week-ends dans les Margallas, contreforts de l'Himalaya longeant Islamabad.
En simple T-shirt et jogging - certains sont même pieds-nus -, les grimpeurs escaladent les voies correspondant à leur niveau avec le soutien d'un instructeur qui les assure et les guide.
La plupart sont eux-mêmes originaires du Gilgit-Baltistan, formant une avant-garde d'amateurs motivés qui commencent à transmettre leur amour de l'escalade aux habitants des plaines.
Parmi eux, Adnan Ali Shah, étudiant en sociologie, a commencé l'escalade comme un loisir, avant de se lancer dans les compétitions qui voient le jour. Il a ainsi gagné une bourse d'études dans une prestigieuse université de la capitale.
"J'ai représenté mon université deux fois dans des championnats d'escalade inter-universitaires et j'ai gagné une médaille de bronze et une d'argent", explique-t-il à l'AFP.
L'arrivée de l'escalade au programme des Jeux olympiques pour la première fois à Tokyo en 2020 ouvre la possibilité à ces athlètes de représenter le Pakistan, alors que seuls sept ressortissants sont en lice à ceux de Rio cette année.
"Quand nous avons commencé les compétitions, il n'y avait que 10-12 participants, mais maintenant il y en a des centaines", confirme Jamshed Khan, 29 ans, qui a participé au lancement du premier club à Islamabad en 2007 avec le soutien d'une ONG allemande.
Outre un mur de plus de 15 mètres dans un parc urbain, son club a "mis en place des voies dans les Margallas", indique-t-il.
M. Khan a lancé un nouveau mur d'escalade à Lahore, deuxième ville du pays, fréquenté avant tout par des enfants de six à 14 ans.
L'escalade est un des rares sports où femmes et hommes se côtoient, ouvrant un nouvel espace aux femmes dans un pays conservateur où elles volent rarement de leurs propres ailes.
Une pionnière, l'alpiniste Samina Baig, la première Pakistanaise à avoir gravi l'Everest, est une source d'inspiration pour certaines.
"Quand une fille qui vient d'une zone reculée comme Gilgit devient la première Pakistanaise à conquérir l'Everest, cela veut dire beaucoup", estime Sania Aziz, étudiante en psychologie clinique, qui espère suivre sa voie.
Parallèlement à l'essor de l'escalade, l'alpinisme, qui exige des compétences bien plus larges, devient un métier envisageable pour un nombre grandissant de Pakistanais.
Les habitants du nord du Pakistan travaillent de longue date comme porteurs de haute altitude, permettant à des alpinistes étrangers d'atteindre les sommets et la gloire tandis que ces petites mains sont reléguées à un relatif anonymat.
Mais le Club alpin du Pakistan a mis en place des partenariats avec des expéditions internationales pour faire une place à des équipiers locaux.
Dans ces expéditions conjointes, les alpinistes étrangers ne paient que la moitié du droit de passage habituel, en contrepartie de quoi ils prennent en charge la logistique d'alpinistes pakistanais se joignant à eux.
"Le but est d'encourager les alpinistes locaux et de réduire les coûts pour eux", explique Manzoor Hussain, président du Club alpin du Pakistan.
L'initiative pourrait permettre à certains grimpeurs d'acquérir l'expérience nécessaire pour se distinguer lors de compétitions internationales, par exemple en Europe, dit-il. Après les imposants sommets pakistanais, les Alpes pourraient paraître une promenade de santé...

Vendredi 19 Août 2016

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