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Au Nigeria, un train relie à nouveau le Nord et le Sud




Au Nigeria, un train relie à nouveau le Nord et le Sud
Dans le hall de la gare d’Iddo, à Lagos, des passagers passent d’une file à l’autre sans bien savoir combien coûtent les billets ni quels seront les arrêts. Certains s’apprêtent à monter dans un train pour la première fois.
La ligne Lagos-Kano, qui relie la capitale économique du Nigeria, dans le Sud, et la plus grande ville du nord du pays, distante de 1.000 kilomètres, construite sous l’ère coloniale par les Britanniques, a rouvert en décembre, après avoir été fermée pendant plusieurs décennies.
Cette ligne fait partie d’un programme lancé par la compagnie ferroviaire nationale nigériane (NNRC) pour restaurer le réseau ferré nigérian
Une initiative bienvenue dans le pays le plus peuplé d’Afrique, où les routes sont parmi les plus dangereuses du monde à cause, notamment, des fréquents accidents mortels et des attaques de véhicules par des bandits.
Si le développement des moyens de transport entre les plus grandes villes du pays est essentiel au niveau commercial, cette nouvelle ligne a aussi une portée symbolique très forte dans un pays divisé entre un Nord principalement musulman et un Sud en majorité chrétien.
Niyi Alli, directeur des opérations de la NNRC, assiste au départ du train presque tous les vendredis depuis décembre. “C’est notre ligne-phare”, explique-t-il. Malgré les violences dans le centre du pays, zone de tension entre chrétiens et musulmans, et l’insurrection meurtrière menée par les islamistes dans le Nord, il y a toujours “une migration massive de gens dans les deux directions, tous les jours”, dit-il.
Pour M.Alli, le train va redevenir populaire au Nigeria, car il est “une option moins chère et plus sûre” que les trajets par la route.
Les vieux wagons jaunes ornés d’une bande aux couleurs du Nigeria —blanc et vert— offrent un confort spartiate.
David Adedamola, un comptable d’une quarantaine d’années, a opté pour une “cabine-couchette de classe affaires” pour se rendre à Kaduna, deux arrêts avant le terminus, en deux fois plus de temps que par le bus.
Son billet à 10.000 nairas (50 euros) lui donne droit à une minuscule cabine pouvant loger deux personnes, dotée d’un lit superposé sans oreillers, d’une chaise et de toilettes individuelles —sans chasse d’eau.
Le billet le moins cher, pour atteindre le terminus de Kano, coûte un peu moins de 10 euros, et il donne droit à une place sur une étroite banquette à peine rembourrée.
Bamidele Ibrahim, une quinquagénaire qui a quitté Lagos il y a 25 ans pour suivre son mari à Kaduna, est philosophe: Elle sait déjà qu’elle ne pourra pas dormir du trajet, aussi mal installée, mais elle garde le sourire.
Le train, à demi-plein au départ de Lagos, à la mi-journée, se remplit au fil des arrêts, et à la nuit tombée, les passagers, entassés avec leurs bagages dans les couloirs, ne trouvent plus de place pour s’asseoir.
Elizabeth Bukay, montée à bord à Ibadan (sud) pour rentrer chez elle dans l’Etat du Niger (nord-ouest), a renoncé à se battre pour son siège de velours rouge, en première classe, et elle a décidé de passer la nuit sur une chaise en plastique de la voiture-bar.

AFP
Vendredi 22 Mars 2013

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