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Au Maroc, les parents d’élèves financent le réseau de l’AEFE




Malgré la contribution du CAC 40 et l’existence d’un fonds de placement en milliards

C’est avec  la transformation de  l’Agence de l’enseignement du français à l’étranger, AEFE, en propriétaire investisseur que les problèmes des parents d’élèves scolarisés dans ces établissements (ex-mission française) ont commencé.  
Entre hausse vertigineuse des frais de scolarité et  droit annuel d’inscription –en 6 ans, les droits de scolarité ont été majorés de plus de 70%- les familles sont excédées et n’en peuvent plus, expliquent-elles, de payer à la place de l’Etat français. La crise est passée par là : en France l’étau se resserre de plus en plus sur l’ensemble des dépenses publiques.
Après un plan de hausse de tels frais –une hausse de 12% survenue en mars 2009- répartie sur 3 ans,  les parents des élèves marocains et étrangers tiers viennent d’être informés de nouvelles hausses. Une nouvelle architecture de hausse des frais de scolarité sur trois ans et  une généralisation définitive des droits annuels d’inscription à tous les élèves du réseau. «Il faut savoir qu’un élève de nationalité française scolarisé au primaire paie 19.890 DHS. Un élève marocain de même niveau doit débourser 27.920 DHS alors qu’il en coûtera 38.520 DHS à un élève étranger tiers », explique une Marocaine dont les enfants sont scolarisés dans l’une des écoles du réseau.
Pour l’Union du conseil des parents d’élèves qui organise ce mardi matin une conférence de presse à Rabat, ces hausses de frais de scolarité tiennent à une explication. L’Agence de l’enseignement du français à l’étranger qui est la gestionnaire directe de ces établissements s’est vu ajouter une nouvelle attribution : celle de la responsabilité des charges immobilières. En clair, l’entretien et la rénovation des établissements en question relèvent de l’Agence de l’enseignement du français à l’étranger. Les choses se compliquent un peu plus lorsque l’on sait que l’Etat français n’accorde pas la moindre subvention dans ce sens à l’agence. « En l’absence de subventions de la France, ce sont les parents d’élèves qui paient. A cela, il convient d’ajouter que les hausses programmées ne correspondent pas aux revenus des familles dont les salaires n’augmentent pas forcément au même rythme que les exigences de l’agence », s’indigne ce père de famille.
Les questions suscitées par le compte 767
Depuis  le 30 mars, l’Union des conseils des parents d’élèves, première association de parents d’élèves au Maroc et laquelle a vu le jour depuis plus de 25 ans,  multiplie les actions de mobilisation pour dire « stop  à la spirale d’augmentation des droits de scolarité sans précédent». Après l’organisation de l’opération «journée école morte », des sit-in sont régulièrement organisés devant les établissements scolaires gérés par l’AEFE, comme vendredi dernier à Rabat, devant le lycée Descartes. « Il n’y a pas que cela. Nous comptons saisir les politiques français. Il faut savoir qu’il existe au Maroc 23 établissements en gestion directe, EGD, scolarisant 18.550 élèves. Ce qui fait du Maroc le premier réseau EGD de l’Agence pour l’enseignement du français à l’étranger. Cela signifie clairement que cette spécificité repose sur une histoire commune et une volonté bilatérale de la France et du Maroc de constituer un partenariat d’échange culturel, économique et politique », indique un responsable de l’Union des conseils des parents d’élèves.
D’ici, les parents d’élèves tentent de faire entendre leur voix, et surtout leur cri d’alarme, jusqu’en France. Un courrier devait être adressé aux politiques français pour  dénoncer «un équilibre budgétaire de l’Agence pour l’enseignement du français à l’étranger qui se fait au détriment des parents d’élèves ». La création de fonds d’aide privés ou publics pouvant contribuer au financement de l’Agence est également réclamée par l’Union des conseils des parents d’élèves, d’autant que, soutiennent-ils, « les sociétés du CAC 40, toutes présentes au Maroc, contribuent au financement du réseau de l’Agence pour l’enseignement du français à l’étranger ».  
L’Union des conseils des parents d’élèves le dit sans ambages : pas question pour les familles de supporter les frais d’investissement immobilier dont  l’agence  est désormais responsable. D’autant que les représentants de l’association laissent entrevoir une certaine opacité en la matière. « Nous sommes convaincus de la nécessité de rénover certains établissements. Mais à quel prix et à quelles conditions ? Et si les budgets alloués et prévisionnels sont importants, les moyens ne sont pas donnés de comprendre les sommes avancées. Les responsables parlent de l’urgence de remise à niveau des locaux pour des raisons de sécurité et de normes tout en avançant que ces établissements sont la vitrine du réseau. Mais l’on peut se poser la question de savoir  pour quelle raison l’établissement Paul Gauguin d’Agadir qui est dans un état de délabrement avancé n’est pas au programme de la rénovation immobilière », se demande–t-on au sein de cette association.
Et ce n’est pas la seule question qui dérange que pose l’Union des conseils des parents d’élèves surtout quand ses représentants évoquent « les fonds placés dans des valeurs mobilières qui engrangent des recettes appréciables (le compte 767) et dont le montant estimé pour la seule région de Rabat-Kénitra est de plus de  60 millions de DHS ». « Quand on sait que la dépense en capital est estimée à 11,5 millions DHS, ne peut-on pas utiliser une partie de ce fonds de placement pour couvrir l’investissement immobilier ?», s’interroge un membre du bureau national  de l’UCPE.
L’agence de l’enseignement du français à l’étranger a-t-elle les moyens de sa politique et de ses ambitions ? Fait-elle le vœu de former désormais les élèves appartenant à une élite financière ? Autant de questions qui mettent  en équation l’avenir de ce réseau d’enseignement et que les parents d’élèves  vont poser ce mardi matin devant la presse.

Narjis Rerhaye
Lundi 16 Avril 2012

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