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Au Kurdistan irakien, Erbil vit son boom loin des bombes




Au Kurdistan irakien, Erbil vit son boom loin des bombes
Chez un concessionnaire d’Erbil, au Kurdistan irakien, Abdullah Abdelkarim, éleveur aux yeux rougis par le travail, guigne sur un pick-up à 24.500 dollars. “Chaque jour les choses s’améliorent”, sourit-il. Avec sa croissance et son calme, Erbil est une oasis au nord d’un Irak qui navigue entre attentats et instabilité.
A Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, on sirote des cafés en terrasse, on va au restaurant sans se soucier des attentats et, plus révélateur encore du gouffre qui la sépare du reste de l’Irak, on croise énormément d’investisseurs étrangers prêts à y vivre.
“Il est très facile de s’installer ici”, reconnaît Jorge Restrepo, un Américain d’origine colombienne qui conseille des compagnies pétrolières étrangères.
“Le gouvernement du Kurdistan est très ouvert sur l’étranger”, note-t-il.
En 22 ans d’autonomie, gagnée dans le sillage de la première guerre du Golfe, le Kurdistan a largement distancié le reste de l’Irak.
La région dispose d’un gouvernement, d’un Premier ministre et d’un président. Son drapeau flotte sur les bâtiments officiels et aux barrages tenus par les peshmergas et les assaïch, les forces de sécurité locales.
Aujourd’hui, le Kurdistan affiche une croissance de 12% par an et compte près de 800 firmes étrangères, dont 500 viennent de la Turquie voisine, grâce notamment à une loi très généreuse sur les investissements en vigueur depuis 2006.
“Les investisseurs sont exemptés d’impôts sur le revenu et de taxes sur les bénéfices pendant 10 ans. Ils peuvent détenir la totalité du capital de leur entreprise et rapatrier leurs bénéfices comme bon leur semble”, détaille Kamiran Mufti, directeur général du Comité d’investissement, pièce-maîtresse dans le dispositif économique de la région Mais le Kurdistan a quelque chose en plus. “La sécurité. C’est vraiment la clef de la réussite”, juge Ghada Gebara, présidente de Korek, une entreprise de télécommunications basée à Erbil et qui opère dans tout l’Irak.
Quand en mai 1.000 personnes ont péri dans des attaques dans le reste du pays, selon l’ONU, le Kurdistan n’a pas enregistré un seul incident lié aux violences confessionnelles.
Et les différences ne s’arrêtent pas là.
“La bureaucratie est pesante ici aussi, mais à Bagdad il y a en plus les divisions religieuses (entre chiites et sunnites) et bien évidemment la corruption”, précise Jorge Restrepo. Dans le classement dressé par Transparency International qui mesure la perception de la corruption dans le monde, l’Irak pointe d’ailleurs au 169e rang, sur 176, des Etats perçus comme les moins corrompus.
Mais à en croire Kamiran Mufti, le phénomène est peu présent au Kurdistan et “les dirigeants régionaux ont mis en place un programme pour s’y attaquer”.
Alors que fabrique-t-on au Kurdistan?
Du ciment, des médicaments, de l’acier, de l’électricité, en telle quantité d’ailleurs que “la région est auto-suffisante et elle en exporte vers les provinces voisines de Ninive et Kirkouk”, touchées comme le reste de l’Irak par des coupures de courant incessantes, explique Kamiran Mufti.
La manne du pétrole
Mais le fondement de l’économie régionale reste, et de loin, le pétrole.
Les sous-sols du Kurdistan renferment 45 milliards de barils de brut, soit environ un tiers des réserves prouvées de l’Irak, selon les autorités régionales. Et le magot est l’objet de nombreuses convoitises.
Bagdad est outré qu’Erbil se passe de son blanc-seing à l’heure de signer des contrats avec des compagnies étrangères et qu’il exporte son brut vers la Turquie sans l’accord du gouvernement fédéral.
Mais ces bisbilles, auxquelles s’ajoute un différend territorial sur une zone riche en hydrocarbures au sud du Kurdistan, ne sont, “qu’un échange démocratique sain”, martèle Ghada Gebara.
Hunar Majid est Kurde, mais peut tout aussi bien s’exprimer en arabe ou en anglais. Toute en verrières et en lumière, sa concession Toyota du centre d’Erbil tient plus de la salle d’exposition que du garage. Elle ne désemplit pas.
“Nous voulons multiplier nos ventes par trois par rapport à l’année dernière”, annonce-t-il. A l’entrée du garage, Abdullah Abdelkarim, un éleveur de moutons vêtu du charoual, l’habit kurde traditionnel au pantalon bouffant, inspecte le pick-up de ses rêves. Il lui en coûtera 24.500 dollars. Qu’il compte débourser sans sourciller.
“Avant la vie était dure, je n’aurais jamais pu me payer cette voiture. Mais maintenant, tout va bien”, dit-il.

AFP
Vendredi 26 Juillet 2013

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