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Au Kenya, techniques commando dans le combat contre les braconniers




Au Kenya, techniques commando dans le combat contre les braconniers
Treillis camouflage, fusils d’assaut, jumelles de vision nocturne, appareils d’imagerie thermique, radios... dans la réserve privée kényane d’Ol Jogi, la “guerre” contre les braconniers qui s’attaquent aux rhinocéros de ce sanctuaire n’est pas une simple formule.
Tandis que le soleil couchant inonde de couleurs chaudes un vaste plateau entouré de pitons rocheux qui s’étend à perte de vue, l’unité d’intervention armée d’Ol Jogi, à environ 225 km au nord de Nairobi, se déploie.
La vingtaine d’hommes, recrutés dans les communautés alentour, se répartit en binômes sur les quelque 24.000 hectares de la réserve, un peu plus de deux fois la superficie de Paris. Certains passeront la nuit en éveil dans des “positions embusquées” tenues secrètes, d’autres patrouilleront jusqu’au lever du jour.
Les équipes “sont déployées stratégiquement, en fonction de faits passés  mais aussi de là où sont les rhinos”, explique Jamie Gaymer, responsable de la  vie sauvage et de la sécurité d’Ol Jogi : “Ça semble fou, mais c’est réellement  une guerre, le braconnage est lié au crime organisé au niveau international et  est totalement hors de contrôle.” Formés par le Service kényan de la faune (KWS) et la police, les 32 membres  de l’unité armée d’Ol Jogi ont statut de policiers de réserve, ce qui les  autorise à porter une arme. Ils ont aussi appris des “techniques  paramilitaires, pour pouvoir riposter à un ennemi très bien équipé” lui aussi,  notamment en armes de guerre, explique Jamie Gaymer.
Chaque nuit, ils risquent leur vie, dans une réserve où le danger peut  venir des braconniers qui tirent à vue, mais aussi des éléphants, lions ou  buffles...
“Oui, c’est dangereux, mais ce danger me donne un emploi et me permet de  manger”, philosophe Joseph Nang’ole, chef d’équipe de 27 ans. “J’ai des enfants  et si nous ne protégeons pas ces animaux, mes enfants n’auront pas l’occasion  de les voir” un jour, ajoute-t-il. En outre, les rhinocéros “amènent des touristes au Kenya et donc bénéficient aux populations”, souligne le chef de l’unité, Benson Badiwa, 27  ans.
 Les conditions sont rudes : la nuit est longue, froide souvent, pluvieuse  parfois. Les braconniers qui traquent les 66 rhinocéros d’Ol Jogi, les gardes  les appellent “l’ennemi”.
La corne de rhinocéros vaut désormais deux fois plus que l’or : de 60 à  80.000 dollars le kilo au Proche-Orient ou en Asie, où on lui prête de pseudo  vertus médicinales. Un braconnier recevra lui de 10 à 15.000 dollars le kg,  plusieurs années de salaire pour la plupart des Kényans. Les armes sont parfois  louées entre 200 et 300 dollars à des policiers ou militaires.
Début juillet, Ol Jogi a connu le pire massacre de rhinocéros depuis plus  de 15 ans au Kenya. Quatre ont été tués la même nuit par deux équipes de  braconniers agissant simultanément en deux endroits, du “jamais vu” au Kenya,  selon Jamie Gaymer qui suspecte que les deux gangs, “très organisés” et très  bien renseignés, aient bénéficié de complicités au sein de la réserve.

Comme dans toute guerre, le renseignement est une arme cruciale. Jamie  Gaymer entretient un réseau d’informateurs locaux et cherche en permanence à  démasquer d’éventuels complices au sein de ses employés.“Si un garde se voit offrir 200 ou 300.000 shillings (2.000 ou 3.000  dollars) pour guider quelqu’un vers un rhino, il va y réfléchir plutôt deux  fois qu’une”, souligne Johnny Weller, directeur général d’Ol Jogi.
Le Kenya ne compte plus officiellement qu’environ un millier de rhinocéros.  En 2013, 59 y ont été tués, deux fois plus qu’en 2012. Depuis janvier, à Ol Jogi, six petits sont nés, mais huit rhinocéros ont  été tués. 
“On ne peut pas laisser cette tendance négative continuer”, martèle  Jamie Gaymer, “notre unité d’intervention armée est malheureusement désormais  nécessaire” mais “veiller sur les rhinos devient de plus en plus cher”.
A Ol Jogi, environ 130 personnes veillent à la sécurité des 66 rhinocéros :  20 rhinocéros blancs du Sud et 46 rhinocéros noirs de l’Est, espèce en danger  critique d’extinction dont il reste moins de 800 individus, l’essentiel au  Kenya.
 A la création des réserves privées dans les années 1980, se souvient Johnny  Weller, “c’était simple, il suffisait de s’occuper” des rhinocéros, aujourd’hui  “j’ai tellement de gens et d’équipement”... Pour couvrir une partie de ses  frais de fonctionnement, Ol Jogi ouvre désormais son cadre exceptionnel à un tourisme de très grand luxe.
  En 1987, il restait moins de 400 rhinocéros noirs au Kenya et les sanctuaires privés comme Ol Jogi ont largement contribué à sa survie. Ils hébergent et protègent aujourd’hui près de 60% des rhinocéros du pays, mais les coûts de sécurité font exploser leurs budgets, financés par des fortunes privées ou des donateurs internationaux. 

Mercredi 3 Septembre 2014

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