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Au Japon, opération de charme pour faire oublier la soldatesque impériale et préparer l’avenir




Au Japon, opération de charme pour faire oublier la soldatesque impériale et préparer l’avenir
Quand des généraux japonais se rendent à leurs bureaux, ils sont souvent en civil et n’enfilent l’uniforme qu’une fois sur place. Au Japon, vaincu de la dernière guerre, les militaires ne s’affichent pas trop. Mais petit à petit les choses changent.
Car depuis quelques mois, une habile campagne de “com” s’attache à “réhabiliter” l’image du soldat: dessins animés, élection de “Mister” et “Miss” Marine nationale, avec même l’enrôlement d’une jeune “sous-off” soprano.
Il faut voir l’engouement des adolescents pour le dessin animé “la fille und le Panzer” (le “und” allemand qui signifie “et”) qui raconte d’épiques batailles de chars pilotés par des écolières. 
Quant à la troisième-classe Yukari Miyake, LA chanteuse des Forces d’autodéfense (SDF), le nom officiel de l’armée japonaise, elle fait un malheur. Sur scène, moulée dans un uniforme bleu ou blanc, avec ses chansons traditionnelles ou populaires, mais aussi sur son CD intitulé “Une prière” qu’elle a vendu à plus de 75.000 exemplaires selon Universal Music, un joli score pour ce genre particulier.
Particulier mais pas nouveau. On se souvient des tournées triomphales à l’étranger des Choeurs de l’armée rouge soviétique et, plus près du Japon, l’épouse de l’actuel président chinois Xi Jinping, Pen Liyuan, a galvanisé les foules et les troupes avec ses chansons patriotiques jusqu’en 2007, elle aussi souvent sanglée dans un uniforme impeccable, ou parfois même en treillis. Cette opération de charme pour faire aimer les 230.000 soldats des SDF n’arrive en tout cas pas par hasard. 
Depuis bientôt un an et demi qu’il est au pouvoir, le Premier ministre de droite et nationaliste Shinzo Abe a en effet montré qu’il entendait redonner toute sa place à l’armée dans la société, qui plus est à un moment de sérieuses tensions avec la Chine.
Dès son arrivée aux affaires fin 2012, il a rapidement augmenté le budget de la défense, une première depuis onze ans. 
Il a aussi clairement marqué sa volonté que les forces armées japonaises ne soient plus cantonnées à la seule défense du territoire mais puissent le cas échéant se porter au secours d’alliés, ce que leur interdit pour l’instant la Constitution pacifiste imposée en 1947 par le vainqueur et occupant américain. 
A l’époque, l’armée était à l’image du Japon impérial: à genoux et en ruines. 
Depuis presque 70 ans, elle n’a pas tiré un seul coup de feu (hors entraînement) et s’est muée au fil des décennies d’après-guerre en une force disciplinée, très bien équipée et professionnelle, loin de l’image des hordes sauvages qui avaient déferlé sur l‘Asie au nom de l’Empereur.
Les images des soldats engagés dans les opérations de secours après le tragique tsunami de mars 2011 ont incontestablement aidé à cette nouvelle perception, tout comme dernièrement lorsque des forces japonaises sont venues en aide aux rescapés du typhon Haiyan aux Philippines fin 2013. 
“Les gens commencent à avoir pour l’armée les mêmes sentiments que pour la police ou les pompiers”, juge Yoshinori Saeki, directeur de l’Institut de recherche pour la paix et la stabilité. Car l’une des vraies batailles que doit gagner l’armée, c’est celle de l’opinion publique japonaise. 
Kirk Spitzer, un journaliste spécialisé dans les questions militaires, estime ainsi que la majorité des Japonais “ont encore beaucoup de scrupules à l’idée d’avoir une véritable armée”, mais que “petit à petit ils se font davantage à cette idée qu’il y a quelques années”.  Pour Yoshinori Saeki, lui-même ancien général de l’armée de terre, “l’état d’esprit des gens est en train de changer, on est entré dans une nouvelle étape”. 
Pour Kirk Spitzer, l’objectif essentiel de l’opération de charme actuelle est au bout du compte de “créer l’idée que les gens qui sont dans l’armée sont des gens normaux, comme vous et moi, et pas des brutes sanguinaires”.
Bref, comme l’avait proclamé Mao en son temps, que l’armée doit être parmi la population “comme un poisson dans l’eau”. “Chanter en uniforme est très important: quand je suis sur scène, je sens que je donne de l’inspiration au public qui en retour éprouve plus de sentiments pour quelqu’un en uniforme”, témoigne de son côté Yukari Miyake pour l’AFP. 

AFP
Vendredi 2 Mai 2014

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