Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Au Bangladesh, la banque sur mobile donne un coup de pouce aux plus pauvres

Bill Gates, au travers de la Fondation Bill et Melinda Gates, a investi dans bKash




La vie de Rehana Akhter s'apparente à un parcours du combattant depuis qu'elle a perdu une jambe dans le pire accident industriel du Bangladesh. Mais au moins un obstacle est tombé depuis que son téléphone mobile lui sert de compte bancaire.
La jeune femme a un compte électronique sur son mobile qui lui donne accès à des services financiers autrefois inaccessibles aux millions de pauvres du Bangladesh.
Depuis Dacca, la capitale du pays, Akhter envoie facilement et à peu de frais à son fils de 10 ans et à ses parents restés au village les intérêts produits par l'indemnisation d'un million de taka (12.820 USD) reçue après sa blessure en 2013.
"Pour quiconque a perdu un membre, la vie est dure. Personne ne vous offre de travail ou ne se soucie de votre douleur", dit-elle à propos de cette grave blessure subie lors de l'effondrement en avril 2013 du complexe textile du Rana Plaza, qui avait tué plus de 1.100 personnes.
"Mais cette souffrance est en partie allégée par des technologies qui vous facilitent la vie", estime-t-elle.
Lancés en 2011 par la société bKash, les services financiers sur mobile ont obtenu un succès retentissant au Bangladesh, avec aujourd'hui 17 millions de comptes enregistrés.
Le Bangladesh est l'un des pionniers de la micro-finance grâce aux efforts du prix Nobel Muhammad Yunus, qui a permis à des millions de pauvres d'obtenir des micro-crédits.
Le service bKash Wallet permet, lui, à tout détenteur d'un téléphone mobile de recevoir un salaire, effectuer un versement ou payer une facture avec une commission de moins de 2% par transaction.
Son essor a donné des idées aux banques. Elles qui ignoraient les plus pauvres ont décidé de lancer des services similaires. Désormais, 22% des adultes au Bangladesh ont recours aux services financiers sur mobile. "bKash s'est imposé comme un système de paiement très efficace avec des possibilités infinies", estime son directeur général Kamal Quadir, interrogé par l'AFP. "Il s'agit d'une infrastructure de paiement complètement nouvelle, accessible aussi bien aux riches qu'aux pauvres".
Quadir explique le succès de ce système par son bas coût et sa très large présence, avec 100.000 agents bKash dans tout le pays, en particulier les commerçants des villages qui versent du liquide en échange de l'argent reçu sur le mobile.
"Quiconque a un téléphone mobile de base peut envoyer de l'argent n'importe où dans le pays. Pas besoin d'un téléphone perfectionné. Un mobile à 15 dollars suffit", souligne Quadir.
Bill Gates, au travers de la Fondation Bill et Melinda Gates, a investi dans bKash.
Comme des millions d'autres habitants du pays, Rehana Akhter a dû quitter son village du district de Jessore, à la frontière ouest du pays, pour trouver un emploi dans le textile.
L'envoi d'argent à sa famille était autrefois coûteux et compliqué. "Il m'arrivait d'envoyer de l'argent par l'intermédiaire de mon frère mais une fois, il ne l'a pas donné à mon fils", explique-t-elle à l'AFP depuis Savar, dans la banlieue de Dacca, où elle cherche un emploi.
"Ensuite j'ai utilisé les services d'un coursier. Mais mon argent mettait un jour à arriver", souligne-t-elle.
Aujourd'hui, des milliers de magasins acceptent ou effectuent des paiements par bKash.
Ahamad Ali, qui tient un magasin à 200 km à l'ouest de Dacca, qualifie ce service de "bénédiction", lui qui a dû pendant des années transporter du liquide pour payer les grossistes, avec la crainte d'être dévalisé.
"En un an, mes ventes via bKash ont progressé de plus de 10% et nos paiements aux fabricants textiles de 20%". "C'est un gain de temps précieux et une parade face aux voleurs".
Une vingtaine de banques ont suivi bKash et les transferts sur mobile ont atteint 1,6 milliard de dollars en mars, en hausse de 12% sur un mois, selon la banque centrale bangladaise. Les paiements de factures sur mobile ont, eux, bondi de 62% sur la même période. Selon une étude, 95% des tireurs de rickshaw utilisent aujourd'hui le service électronique bKash pour envoyer de l'argent à leur famille. Les systèmes financiers sur mobile sont "une avancée énorme dans le développement des services bancaires pour tous", relève Salahuddin Aminuzzaman, professeur de l'Université de Dacca, alors que les plus pauvres ont longtemps souffert de l'absence d'accès aux services bancaires, en particulier à la campagne où les banques ne jugent pas rentable d'ouvrir une agence.
Ils constituent "un outil puissant pour se créer une épargne et gagner en autonomie" et ont notamment donné "de l'autonomie à des millions de femmes travaillant dans l'habillement, qui sinon dépendent d'hommes de leur entourage pour envoyer leur salaire au village", dit-il à l'AFP.
Désormais, relève A.F.M Asaduzzaman, porte-parole de la banque centrale bangladaise, "un employé d'un opérateur mobile peut offrir tous les services habituellement proposés par une banque". "L'impact est révolutionnaire".

Mercredi 19 Août 2015

Lu 673 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toute circonstance, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Actualité | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Vidéo | Expresso | En toute Libé | L'info | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | High-tech | Vu d'ici | Scalpel | TV en direct | Chronique littéraire | Billet | Portrait | Au jour le jour | Edito










www.my-meteo.fr

Votre navigateur ne supporte pas le format iframe
Votre programme TV avec Télé-Loisirs