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Après le passage de l’ouragan Sandy dans les Caraïbes et sur la Côte Est des USA :Les catastrophes naturelles sont-elles bonnes pour l’économie ?




Après le passage de l’ouragan Sandy dans les Caraïbes et sur la Côte Est des USA :Les catastrophes naturelles sont-elles bonnes pour l’économie ?
Après le passage de l’ouragan Sandy dans les Caraïbes et sur la Côte Est des USA, certains «expliquent» déjà que cela sera une bonne nouvelle pour l’économie : il faudra reconstruire, ce qui nécessitera de la main d’œuvre, et cette relance de la demande fera repartir l’économie...
 Avec ce passage, ce n’est pas seulement la saison des désastres naturels, mais aussi des désastres en termes d’analyse économique. La catastrophe naturelle a en effet produit de nombreux commentaires économiques assez mauvais de la part de divers médias et même de certains supposés experts économiques. L’«analyse» la plus commune est une version du sophisme de la «vitre brisée» de Frédéric Bastiat.
 Dans l’histoire de Bastiat, un jeune garçon jette une brique dans la fenêtre d’un propriétaire de magasin. Une foule se rassemble et se lamente du dommage. Finalement, quelqu’un fait remarquer que cela pourrait être bon pour l’économie parce que maintenant le propriétaire du magasin devra payer le vitrier pour remplacer la fenêtre. Cette augmentation de l’activité se traduira pour le vitrier par de l’argent à dépenser pour, disons, une nouvelle veste, ce qui signifie plus d’activité pour le tailleur et ainsi de suite. Après un certain temps, les habitants se persuadent que la vitre cassée est en fait une bonne chose. Bien sûr, l’erreur ici est que cet argument néglige «ce qu’on ne voit pas». Les 100 dollars que le propriétaire du magasin dépense à remplacer la fenêtre auraient été dépensés autrement ailleurs si sa vitre n’avait pas été cassée, peut-être dans de nouvelles chaussures. Dans ce cas, le propriétaire du magasin aurait à la fois une vitre et une nouvelle paire de chaussures. En l’état, il a seulement la vitre, donc l’acte du jeune garçon non seulement n’a pas créé de richesse, mais il en a détruit.
La notion de richesse en tant que stock de biens (et services) est implicite dans l’histoire de Bastiat. Ce qui compte en tant que richesse sont les choses que nous percevons comme ayant une valeur, comme une fenêtre ou une paire de chaussures. Quand nous nous concentrons sur la richesse comme un stock, il est clair que casser la vitre n’augmente pas la richesse mais la diminue. Chaque dollar dépensé pour réparer ou remplacer des biens endommagés par l’ouragan est un dollar qui aurait été consacré à d’autres choses : les catastrophes naturelles détruisent la richesse. Mais alors pourquoi tant de gens soutiennent que de telles catastrophes sont bonnes pour l’économie ? La réponse est sans doute qu’ils considèrent la question en termes de produit intérieur brut (PIB), qui est un «flux», pas un stock. Le PIB mesure la quantité d’«activité économique» qui se déroule lors d’une période donnée, par exemple un an ou un trimestre. Si l’on imagine une série de tuyaux qui transportent de l’eau dans un grand bassin, le PIB mesure la vitesse de l’eau qui se déplace à travers les tuyaux, tandis que la richesse est la quantité d’eau qui s’est accumulée dans le bassin. Ceux qui affirment que les catastrophes stimulent l’économie affirment que la nécessité des réparations et remplacements mènera à plus de dépenses et ainsi à un flux plus élevé d’activité économique.
Cependant, ici aussi, on néglige «ce qu’on ne voit pas». Après tout, même si nous pensons en termes de débit, l’argent dépensé en réparations et remplacements est simplement détourné d’utilisations alternatives pour lesquelles il aurait servi en l’absence de l’ouragan. Ainsi comment pouvons-nous encore expliquer pourquoi nous continuons à voir ces arguments ?
 L’explication ultime réside sans doute dans le fait qu’on se concentre sur certaines localités. Les catastrophes naturelles peuvent ainsi conduire à une activité accrue dans les zones touchées, mais seulement parce que les ressources sont tirées d’autres parties du pays ou de l’étranger, en y réduisant l’activité. En d’autres termes, nous pouvons toujours augmenter la pression dans un tuyau en détournant l’eau d’autres tuyaux. Les catastrophes naturelles peuvent sembler être bonnes pour l’économie si nous nous concentrons uniquement sur un tuyau et ignorons les autres.
Les critiques plus sophistiqués pourraient faire valoir que si les ressources étaient «oisives», une catastrophe naturelle pourrait les faire sortir de leur oisiveté et donc créer de la richesse. Comme le grand économiste libéral William Hutt l’expliquait en 1939, être «oisif» ne signifie pas que la ressource soi «improductive». Une liasse de billets dans un tiroir rend le service d’être disponible pour son propriétaire, qui est la façon dont le propriétaire préfère l’avoir, plutôt que de la dépenser à réparer une fenêtre. Les travailleurs oisifs peuvent de même préférer l’utilisation actuelle de leur temps plutôt que de travailler pour le salaire offert sur le marché. Même si de la main d’œuvre oisive est employée, nous n’avons aucune raison de prétendre automatiquement que le gain en est supérieur aux pertes des victimes de la catastrophe.
Dans notre propre économie de nombreuses ressources sont oisives non du fait d’échecs de marché, requérant un stimulus externe pour les activer, mais en raison du «mal-investissement» pendant le boom artificiel précédent. Cela est vrai du capital et du travail. Ils restent oisifs parce que de mauvaises politiques, comme les récents programmes de relance budgétaire, et l’incertitude sur l’avenir, créée par le gouvernement, les empêchent de trouver un emploi productif adéquat. Les catastrophes naturelles ne peuvent pas résoudre ces problèmes, seuls le temps et la liberté le peuvent.
L’incapacité d’imaginer «ce qu’on ne voit pas» est la source de bien de mauvaises analyses économiques. Par exemple, de nombreux observateurs prétendent que l’ouragan va créer des emplois, et ils ont raison. Toutefois, création d’emplois n’est pas la même chose que création de richesse, si ces emplois consistent à nettoyer les dégâts d’une catastrophe. Et c’est la même chose pour la création d’emplois grâce à des programmes de relance publique et autres : le chemin vers la prospérité vient du fait de réduire la quantité de travail nécessaire pour ce que nous produisons actuellement, afin d’en libérer pour produire d’autres biens que nous aimerions avoir, mais que nous ne pouvons encore produire efficacement. C’est juste une autre façon de voir pourquoi avoir à consacrer du travail à nettoyer les conséquences d’un désastre est une perte de richesse, pas un gain.
Nous n’empêcherons jamais les désastres naturels, mais si les gens pouvaient commencer à envisager «ce qu’on ne voit pas», peut-être que nous pourrions mettre un terme aux désastres d’analyse économique…

* (Professeur d’économie à l’Université St Lawrence aux Etats-Unis)

Article publié en collaboration www.unmondelibre.org

Par Steven Horwitz
Vendredi 2 Novembre 2012

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