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Andallah Salma : Le Polisario s’empêtre dans ses contradictions




Andallah Salma : Le Polisario s’empêtre dans ses contradictions
Libé : La plus haute instance judiciaire espagnole a reçu des plaintes déposées par des victimes de graves violations des droits de l’Homme perpétrées par certains
dirigeants du Polisario et des officiers de l’armée algérienne. Cette instance aurait convoqué certains responsables de ces violations. Qu’en pensez-vous ?


Andallah Salma: Il y a longtemps que la communauté internationale aurait dû se pencher sur les violations des droits de l’Homme commises, en toute impunité, par les dirigeants du Polisario avec  la bénédiction et parfois la complicité d’officiers algériens. Mais la grande sympathie dont jouit le Polisario dans les milieux de la société civile espagnole qu’il a su pénétrer dès les premières années de sa création, il la fera jouer pour faire pression sur la justice espagnole et empêcher toute opération pouvant nuire à ses dirigeants.

Certaines informations parlent de la fuite de Mahjoub Lincoln qui fait partie des tortionnaires recherchés par la justice espagnole. Est-ce possible?

Mahjoub Lincoln,  bien qu’il fût l’un des tortionnaires les plus sanguinaires, ne représentait pas grand-chose sur l’échiquier du Polisario. Il n’était qu’un sous-fifre, un exécutant. Sa fuite ne m’étonnerait pas. D’ailleurs, elle confirmerait ce que je viens de vous dire quant à la grande sympathie dont jouit le Polisario dans les milieux espagnols, d’une part. D’autre part, l’Espagne qui fait partie de l’Union européenne qui semble très à cheval sur la défense des droits de l’Homme et qui veut que tous les violeurs de ces droits soient jugés, cette Espagne ne laissera pas passer une telle occasion pour redorer son blason en arrêtant les coupables de tortures. Mais les pétrodollars algériens et les relations tissées par le Polisario en Espagne risquent de constituer un obstacle devant la justice. Cependant, les efforts de la communauté internationale et sa volonté de châtier les criminels, viendront un jour à bout de cette couverture algérienne qui protège depuis plus de trente ans ces sanguinaires.

Dans l’une de ces dernières sorties, Bachir Moustapha Sayed qui a été  écarté par Alger puis réintégré, a brandi l’éventualité d’un retour aux armes. Pensez-vous que cette éventualité soit plausible ?

Malgré l’arsenal militaire que l’Algérie vient d’octroyer au Polisario, les grandes difficultés dans lesquelles se débattent les généraux qui tiennent les rênes du pouvoir à Alger et, par ricochet, le Polisario qui fait face à une opposition de plus en plus tenace, la menace d’une reprise des armes est une tentative dont l’objectif est de permettre au Polisario de resserrer les rangs des populations autour d’une direction moribonde et décriée par ces mêmes populations. S’agissant de la mise à l’écart de Bachir Moustapha Sayed, elle n’est qu’une mise en scène, car Bachir et Abdelaziz sont les faces d’une même pièce et appartiennent tous  deux au même groupe de la sphère dirigeante qui compte plusieurs clans. Il y a celui des originaires des provinces qui étaient occupées par l’Espagne, ceux qui viennent de l’intérieur du Maroc dont Bachir et Aziz, ceux qui viennent de Mauritanie et ceux qui sont algériens. Tous ces clans se sont toujours disputé le pouvoir, de façon, certes discrète, mais que chacun connaît.
Si Bachir fait une telle sortie, il n’a pas pu la faire sans avoir reçu le feu vert des services algériens qui sont préoccupés par la succession de Bouteflika, par la prolifération des trafics en tous genres qui sévissent dans ce vaste territoire dont les frontières sont incontrôlables, par la montée du chômage qui touche une grande partie  de la jeunesse et auquel on n’arrive pas à trouver de solution malgré une si importante réserve de devises. Toutes ces difficultés peuvent amener les généraux à ordonner à leurs sous-fifres  du Polisario de créer une diversion susceptible d’occuper l’opinion publique nationale et internationale. Pour nous autres qui connaissons la réalité des camps, nous savons que l’éventualité d’une reprise des armes par le Polisario est loin d’être réalisable, et ce quel que soit l’arsenal de guerre qu’il a reçu d’Alger. Les raisons en sont nombreuses.
Primo, les membres du Polisario sont, soit devenus des vieillards incapables de faire face au  moindre effort de guerre, soit, ils ont rallié la mère patrie où ils jouissent des meilleures conditions de vie. Secundo, les jeunes qui sont restés dans les camps passent leur temps à manifester pour demander aux actuels dirigeants de partir. Tertio, certains séparatistes qui ont émigré ailleurs qu’au Maroc se sont adonnés  à divers trafics qui leur ont réussi et ont été embrigadés par des  mouvements  terroristes comme AQMI ou d’autres mouvances islamistes.
Tout ceci nous amène à la conclusion que la reprise des armes n’est qu’un bluff destiné à la consommation locale dans les camps et en Algérie. Donc, une fuite en avant de la part des dirigeants du Polisario qui viennent de prendre conscience de la précarité de leur pouvoir.

Propos recueillis par Ahmadou El-Katab
Mercredi 28 Août 2013

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