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Amnesty met en garde à propos du sort des civils piégés à Rakka

Mort de 789 civils entre le 5 juin et le 23 août, selon l’OSDH




Amnesty International met en garde sur la situation des civils de Rakka qui se retrouvent à la fois sous le feu de l'Etat islamique (EI) qui défend "sa capitale" en Syrie et des différents belligérants qui participent à l'offensive pour reprendre la ville à l'organisation fondamentaliste sunnite.
Dans un rapport publié jeudi, Amnesty International demande notamment la création de couloirs d'évacuation pour permettre à la population de fuir.
Les civils se retrouvent à la fois sous le feu des engins piégés et des snipers de l'EI, "qui cible quiconque tente de fuir" et des tirs d'artillerie et des frappes aériennes de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis contre l'EI, souligne l'ONG britannique. La coalition vient en appui aux Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de combattants kurdes et arabes soutenue par les Etats-Unis.
A cela s'ajoutent les bombardements des forces gouvernementales syriennes appuyées par la Russie dans les villages et les camps situés au sud de l'Euphrate - le fleuve borde la ville au sud - "y compris en utilisant des bombes à sous-munition interdites par le droit international", indique Amnesty.
"Alors que la bataille pour arracher Rakka à l'État islamique s'intensifie, des milliers de civils sont pris au piège dans un labyrinthe mortel où ils essuient les tirs de toutes parts", déclare Donatella Rovera, conseillère pour les situations de crise à Amnesty International, qui a dirigé l'enquête sur le terrain.
Selon les Nations unies, 200.000 personnes au moins ont fui Rakka et 20.000 civils restent piégés à l'intérieur de la ville.
Dans son rapport, Amnesty demande aux belligérants de créer des couloirs d'évacuation pour les civils et de mieux cibler leurs frappes pour éviter de toucher la population.
"Sachant que l'EI utilise des civils comme boucliers humains, les forces des FDS et de la coalition doivent redoubler d'efforts pour protéger les civils, notamment en s'abstenant de mener des frappes disproportionnées ou sans discrimination et en créant des passages sûrs leur permettant de quitter la ville", déclare Donatella Rovera.
Les civils qui ont pu quitter Rakka ont décrit à l'organisation de défense des droits de l'Homme des conditions extrêmement difficiles.
"La situation était terrible (...) L'EI ne nous laissait pas partir. Nous n'avions ni nourriture, ni électricité", a raconté à Amnesty Mahmouda, une habitante qui a fui Daraiya, un quartier de l'ouest de Rakka. "(...) Si vous êtes touché par un sniper, vous mourez chez vous. Il n'y a aucun médecin."
Il est difficile d'établir le nombre de personnes qui sont mortes dans la bataille de Rakka, lancée début juin par les FDS et la coalition internationale. Il se chiffre vraisemblablement par centaines.
L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui tient la chronique de la guerre en Syrie grâce à un réseau d'informateurs sur le terrain, dit avoir la preuve de la mort de 789 civils entre le 5 juin et mercredi, dont 200 enfants, sous les bombardements de la coalition et des FDS.
Un autre groupe d'observation, Airwars, estime qu'entre 725 et 993 civils ont été tués par la coalition à Rakka depuis le début des combats. A cela, il faut ajouter des centaines de civils tués par l'EI, précise le directeur D'Airwars, Chris Woods.
Après la reprise de Mossoul à l'EI le mois dernier en Irak, la priorité de la coalition internationale est désormais Rakka, a déclaré mercredi son commandant, le général Steve Townsend.
Devant les journalistes, il a dit qu'il était logique de supposer qu'il y avait eu "une certaine augmentation" des victimes civiles en conséquence de l'intensification des frappes, mais qu'il n'avait pas vu de preuves tangibles d'une forte augmentation du nombre de victimes.
Dans une interview au New York Times du 2 juillet, le général Townsend expliquait que la coalition "tirait" sur tous les bateaux repérés sur l'Euphrate parce qu'elle part du principe qu'ils sont utilisés par l'EI pour "transporter des armes et des combattants".
Or, souligne Amnesty, le fleuve est "l'une des seules voies sûres pour les civils qui tentent de fuir la ville".
"Frapper chaque bateau en se fondant sur l'hypothèse erronée qu’il transporte des combattants de l'EI ou des armes est un acte mené sans discrimination et interdit par les lois de la guerre", estime Donatella Rovera

Vendredi 25 Août 2017

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