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Amina Zoubeidi, membre du Prostate Center de Vancouver : “Le laser est utilisé pour l'hyperplasie bénigne de la prostate et non pour le cancer”




Amina Zoubeidi, membre du Prostate Center de Vancouver : “Le laser est utilisé pour l'hyperplasie bénigne de la prostate et non pour le cancer”
Membre du Prostate Center de Vancouver, Amina Zoubeidi fait partie du gotha
mondial de la recherche sur
le cancer de la
prostate. Elle fait
également partie
de l'équipe de
chercheurs qui
a identifié les
nouvelles cibles
thérapeutiques
actuellement en phase clinique III. Originaire de la ville de Salé, elle a accepté de répondre
à nos questions.
 
Libé : Tout d'abord, qui est Amina Zoubeidi ?

Amina Zoubeidi : Je suis une native de Salé, j'ai effectué mes études secondaires au lycée Plateau dans le quartier de Bettana et mes études universitaires à l'Université Mohamed V (Faculté des sciences) de Rabat. J'ai décroché une licence en sciences biologiques et je suis partie au Canada (Montréal) pour poursuivre mes études supérieures. Arrivée à Montréal, mon but était de décrocher ma maîtrise en biologie végétale et de rentrer au Maroc. Cependant, le destin en a décidé autrement. Après avoir assisté au 1er Congrès des biologistes marocains du Canada, il y a plus de 10 ans, j'ai été fascinée par les présentations et par ce monde inconnu du cancer, ce qui m'a conduit à faire un Ph.D en biochimie. C'est là que mon aventure a commencé aussi bien dans le domaine du cancer que dans celui du travail associatif à Montréal. Je suis devenue un membre actif de la communauté marocaine à Montréal en étant présidente du Regroupement des biologistes marocains du Canada pendant 3 ans.
En préparant mon doctorat, j'ai étudié le rôle de la tyrosine kinase fer et son potentiel thérapeutique dans le cancer de la prostate. J'ai finalement obtenu mon doctorat à l'Université de Montréal avec la distinction « Liste d'honneur du doyen ». Après, j'ai quitté Montréal, pour poursuivre mon rêve à Vancouver et comprendre davantage pourquoi les cellules du cancer de la prostate devenaient résistantes aux traitements.   J'ai choisi Vancouver non pas pour sa beauté ou pour son paysage idyllique, mais pour la qualité de la recherche au Vancouver Prostate Center.  Malgré une offre d'emploi du National Institute of Health (Bethesda, USA) et de l'Université McGill (Montréal, Canada), j'ai choisi de rester à Vancouver où j'ai fondé mon propre laboratoire tout en travaillant avec l'université et des géants pharmaceutiques comme Pfizer et Astra Zeneca. J'ai présenté mes travaux scientifiques lors de plusieurs congrès internationaux dans divers pays dont les USA, l'Ecosse et la Grèce.
Je travaille dans une ambiance à la fois de collaboration et de compétitions, chose qui nous a permis de devenir des leaders nationaux et internationaux dans notre domaine. J'adore les membres de mon laboratoire, en plus d'être des travailleurs acharnés et des étudiants ambitieux, ils apportent une saveur multiethnique à notre travail. Mon laboratoire ressemble aux Nations unis, une chef marocaine, des étudiants, des post-doctorants et des techniciens venus de partout (Chine, Allemagne, France, Japon, Corée et Canada). Mes journées sont souvent longues, je travaille plus de 12 heures par jour sans interruption en période de demandes de subventions. Mes journées sont rythmées par une série de réunions, de lecture, d'écriture, d'organisation et de management. Diriger un laboratoire de recherche, c'est exactement comme diriger une usine ou une grande compagnie, le produit (sujet de recherche) est important, mais il faut savoir le commercialiser, ce qui constitue un véritable challenge. Il faut donc travailler en équipe et collaborer sur le plan international.

Vous êtes sur le point de trouver une solution à cette grande maladie masculine. Où en êtes-vous actuellement? On sait que vous avez proposé un traitement biologique qui remplacerait les traitements adoptés jusqu'à présent.

Je suis très fière de notre découverte. C'est un exemple parfait de la recherche transactionnelle du laboratoire au lit du patient. On a identifié deux cibles thérapeutiques pour ensuite désigner deux molécules inhibitrices qui sont maintenant en phase clinique. Par exemple,  la molécule OGX-011 a été un succès en phase clinique I et II et elle vient de rentrer en phase clinique III. Si cette phase se révèle concluante, on sera en mesure de la prescrire aux patients qui sont atteints du cancer de la prostate et qui, en plus,  ont échoué en utilisant les traitements hormonaux et chimio-thérapeutiques.

Récemment, un colloque a été organisé au Maroc autour du traitement du cancer de la prostate par laser ASM, traitement vivement encouragé au Maroc. Qu'en pensez-vous ?

A ma connaissance, le laser est plus utilisé pour l'hyperplasie bénigne de la prostate et non pour le cancer de la prostate. J'ai consulté mes collègues urologues/oncologues et ils m'ont confirmé que le laser peut être utilisé uniquement dans les situations palliatives lorsqu'il y a obstruction de l'uretère. Donc le laser ASM ne peut pas être utilisé pour le traitement du cancer de la prostate. 

Que nous manque-t-il pour que des recherches telles que les vôtres soient effectuées dans les laboratoires marocains? Et pourquoi, selon vous, ces laboratoires négligent-ils le volet de la recherche scientifique et préfèrent attendre des solutions proposées par l'Europe et les Etats-Unis ?

Je pense qu'il importe peu de savoir où les recherches sont effectuées, l'important est de parvenir à identifier un remède contre ce cancer et qu'il soit à la portée de tout le monde. Chaque pays a ses priorités économiques et si le portefeuille de l'État prévoit des investissements pour la recherche, alors il pourra se focaliser sur ce domaine. Certains pays sont des leaders dans la recherche médicale, d'autres dans la recherche en agriculture. Tout dépend des priorités des gouvernements. Le Maroc ne manque pas de talents dans le domaine de la science, mais la recherche médicale coûte excessivement cher et il faut du temps avant que cette recherche devienne lucrative et profitable.

Si vous deviez adresser un dernier mot à nos lecteurs, que serait-il ?

Un message pour les jeunes: croyez profondément en vos rêves et travaillez très dur pour les atteindre, vous les réaliserez un jour ! 

Propos recueillis par Rida ADDAM
Lundi 31 Janvier 2011

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