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Amar Benamar : La Constitution de 2011 reconnaît le droit à la vie, faut-il le rappeler ?




Il est de tous les combats des droits humains. Très jeune, il a choisi son camp. Il ne l’a jamais changé. Aux côtés des gens modestes et des démunis. En faveur des peuples
opprimés, notamment les Palestiniens. De l’Oriental, il a eu le courage de ne reculer devant rien. Vice-président de l’Association marocaine pour la réhabilitation des victimes de la torture et membre de la Coalition marocaine contre la peine de mort, il n’a cessé de défendre les causes justes, par l’amour de son pays, ses convictions pour la démocratie
et la liberté. Le Dr Amar Benamar est l’exemple même du militant des grandes causes.
 
Libé: Où en est la lutte contre la peine de mort au Maroc ?
Amar Benamar : La lutte contre la peine de mort dans notre pays a connu des avancées considérables.  Elle est devenue l’une des priorités des associations des droits humains  et  un sujet de débat public par excellence. On est donc sur la bonne voie. Nous pouvons, dans ce contexte, noter une importante évolution jalonnée de moments phare, en l’occurrence la création d’une coalition marocaine très dynamique contre la peine de mort  depuis  2003 regroupant associations des droits humains et   beaucoup d’autres sympathisants, la création de divers réseaux  d’avocats et de parlementaires qui ont su faire entendre leur voix au niveau de la lutte contre la peine de mort,  l’organisation d’importantes  réunions avec les différents acteurs politiques tels les partis politiques, les groupes parlementaires ainsi que les responsables gouvernementaux, la mise en place d’une Constitution qui garantit le droit à la vie, l’appui des recommandations de l’IER en faveur de l’abolition de la peine de mort et last but not the least, le discours Royal au Forum mondial des droits humains de Marrakech encourageant le débat national sur la question.    

 Quelles sont les raisons qui font que notre pays n’a pas encore rayé cette peine de son arsenal juridique?
Les raisons d’un tel positionnement nous sont incompréhensibles pour l’instant. En effet, le Maroc ne met plus en exécution la peine de mort depuis 1993.  Par ailleurs, les recommandations de l’IER,  la Constitution marocaine ainsi que les engagements de notre pays  quant aux respects  des droits humains tels qu’ils sont reconnus universellement font que le Maroc doit faire le dernier pas vers l’abolition totale de la peine de mort. Il n’y a aucune raison crédible pour que le Royaume  ne raye pas la peine de mort de  son arsenal juridique

Votre cause a-t-elle un  écho au sein des partis politiques ?
Les partis politiques sont divisés sur cette question. D’une part, les  abolitionnistes qui le déclarent  à chaque fois que l’occasion le permet. Toutefois, ces derniers ne font pas un effort pour le renforcement  de notre action et le plaidoyer pour l’abolition. D’autre part, les autres partis  défendent avec ferveur le maintien de la peine de mort. Comme vous le savez, les droits de l’Homme sont des droits universels et indivisibles. On ne peut pas établir les droits  au menu  de notre croyance idéologique et politique. Ce qui peut renforcer la crédibilité des partis politiques, c’est plutôt leur attachement aux valeurs universelles des droits de l’Homme et le travail qu’ils doivent  fournir pour la mise en œuvre  de ces droits. Le progrès de notre pays ne deviendra durable que s’il est basé sur les principes fondamentaux des droits humains. Les partis politiques doivent donc adhérer pleinement aux principes des droits de l’Homme sans réserve.

Et dans la rue, ne croyez-vous pas que cela demande encore un long et difficile travail de sensibilisation?
 Le travail de sensibilisation est important dans l’action des abolitionnistes. La population d’une façon générale est mal informée et  prend par conséquent des postions des fois extrêmes. En plus, les débats publics sont entravés par des croyances véhiculées par certains courants conservateurs. De ce fait,  nous continuons à faire de la sensibilisation aussi bien au grand public, mais également à l’endroit des acteurs politiques, afin d’avoir pour résultat un meilleur rendement et une meilleure adhésion. C’est un travail de longue halène, mais nous ne pouvons pas attendre que tout le monde soit abolitionniste pour enfin prendre cette décision importante. Celle-ci est plus  une décision d’ordre politique de l’Etat qui a  fait son choix politique d’adhérer aux principes des droits humains. C’est un Etat qui s’engage à protéger la vie des citoyens et c’est ce qu’exprime clairement la Constitution de 2011. En dépit de tous ces obstacles cités précédemment, les différentes associations des droits humains et la Coalition marocaine ont  fait un effort considérable de sensibilisation et doivent tous deux  continuer à le faire avec beaucoup de rigueur  et de courage.

Quels sont les principaux axes de votre argumentaire pour convaincre?
C’est une peine irréversible  et les erreurs de jugement commises par un juge sont possibles; il est indéniable que le risque d’erreur judiciaire existe toujours.  La majorité des  condamnés sont des pauvres qui n’ont pas les moyens d’avoir une défense convenable dans des situations des fois très difficiles. 
En addition à ce qui précède, ce n’est pas efficace comme peine : des études scientifiques ont démontré l’inefficacité de celle-ci, ce qui corrobore le fait qu’elle n’ait  donc pas un effet dissuasif. La preuve la plus frappante est que la criminalité ne diminue pas en mettant à exécution la peine de mort. Les Etats doivent donc avoir une politique de prévention et de lutte contre la criminalité  tout en  garantissant  le droit à la vie pour tous. L’Etat ne doit pas tuer ses citoyens au nom de la loi puisque son rôle est de garantir la vie pour tous et éviter la culture de vengeance qui fait plus de mal que de bien. Enfin, c’est un traitement inhumain cruel et dégradant en opposition à la culture des droits humains et au respect de la vie elle-même.

L’ARMVT a-t-elle dans son agenda l’organisation d’un large débat contre la peine de mort dans les régions ?
Notre association, l’Association médicale de réhabilitation des victimes de la torture (AMRVT) est membre de la Coalition marocaine contre la peine de mort. Notre action s’inscrit dans le cadre d’une stratégie et d’un  plan  mis en place par la Coalition marocaine contre la peine de mort. Cette action est  basée sur trois axes de travail. D’abord, le renforcement de la coalition par  la mobilisation des membres et des associations de la société civile, puis le plaidoyer et le lobbying : rencontres et débats avec les différents acteurs gouvernementaux, les partis politiques, les syndicats et les parlementaires et enfin la sensibilisation et l’éducation aux droits de l’Homme et particulièrement   au droit à la vie  et à la lutte contre la peine de mort.  

Qu’ en est-il de la Coalition nationale pour l’abolition de la peine de mort ?
La Coalition marocaine  contre la peine de mort  est une coordination  de 12 associations des droits humains au Maroc créée en 2003 pour défendre le droit à la vie  et  de faire le plaidoyer pour que le Maroc  adhère au Deuxième protocole facultatif annexe au Pacte international des droits civils et politiques et abolir défensivement la peine de mort. Elle est membre de la Coalition mondiale et nationale contre la peine de mort.
Nous partageons tous la même pensée :   cette peine est une  atteinte  à la dignité humaine, irréversible, inefficace et  non dissuasive. Notre  action a permis de mener un débat public approfondi sur la question de la peine de mort à l’échelle nationale.
C’est un débat qui prend sa place d’une façon importante dans la vie politique du Maroc. En effet, plusieurs  séminaires, conférences, sit-in et rencontres avec différents acteurs politiques ont été organisés. Nous ajoutons finalement à cela notre  participation à la création des réseaux  d’avocats et de parlementaires contre la peine de mort.

Entretien réalisé par Mustapha Elouizi
Mercredi 11 Novembre 2015

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