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Allons jusqu'au bout de la logique !




Allons jusqu'au bout de la logique !
Le Président du Gouvernement vient conforter le Ministre de la Communication – porte parole du Gouvernement dans sa position vis-à-vis de la publicité relative aux jeux de hasard, gérés par « la Marocaine des Jeux » sur les écrans des médias audiovisuels publics ( Cf le quotidien « AKHBAR AL YAOUM » du 9 avril 2012).

Avant d’aller plus loin dans cette analyse, voyons quelle est la nature exacte de cet organisme auquel le Gouvernement veut interdire l’accès aux écrans des télévisions publiques, le poussant de facto d’aller chercher ailleurs où faire passer ses messages au risque même d’être coûteux en devises pour notre balance des paiements.

sur le site la MDJS , on peut lire :

« La Marocaine des Jeux et des Sports est une Société Anonyme au capital de 5 millions de Dirhams détenu respectivement par le Trésor Public et la Caisse de Dépôt et de Gestion à hauteur de 90 % et 10 %.
Placée sous la tutelle du Ministère de la Jeunesse et des Sports, la Marocaine des Jeux et des Sports a pour objet l'organisation et l'exploitation, sur toute l'étendue du territoire national, des paris portant sur les compétitions sportives organisées tant au Maroc qu'à l'étranger à l'exception des courses de chevaux et de lévriers, ainsi que l'exploitation des jeux de loteries instantanées, conformément à ses statuts et à la convention qui la lie à l'Etat.
En outre, la tutelle de l’Etat assujettit la Marocaine des Jeux et des Sports aux contrôles exercés par les organes étatiques compétents, conformément à la réglementation en vigueur en addition aux contrôles statutaires auxquels elle se soumet régulièrement.
La MDJS a pour mission de contribuer au financement du Fonds National de Développement du Sport (FNDS) auquel elle verse la totalité de son produit net (environ l'équivalent du quart de son chiffre d'affaires).
Par ses obligations dues à son monopole d'ordre public en matière de jeux et le choix de sa direction de faire de La MDJS une entreprise responsable, il a été érigé en valeurs fondamentales certains principes éthiques :
• Garantir l'Intégrité et la Sécurité des jeux proposés ;
• Prévenir les comportements non souhaitables des participants et promouvoir le jeu responsable.

L'entreprise veille à ce que le personnel à tous les niveaux de responsabilité, ainsi que tous les partenaires du réseau des espaces jeu connaissent et appliquent ces principes dans toutes leurs activités techniques et commerciales. »

Ce faisant , le Gouvernement confère à cette mesure , d’apparence banale, automatiquement une dimension qui va amplifier le débat sur le sport et l’audiovisuel nationaux, puisqu’il s’agit désormais d’un choix claire du Gouvernement et non plus d’une simple disposition des Cahiers des Charges de la SNRT et 2 M ( celui de Médit1 TV est toujours en vigueur) qui est passible, outre mesure, d’annulation pure et simple par le Tribunal administratif, voire même par le Conseil constitutionnel . En effet, le cahier des charges n’est pas juridiquement un contrat tel que défini par la loi, mais une décision élaborée par le Gouvernement et approuvée, de par sa teneur et non sa forme juridique, par la HACA..

Le choix du Gouvernement qui épouse légitimement sa vision politique et idéologique en la matière, parmi tant d’autres choses d’ailleurs, est mal habillé et maladroitement présenté aux citoyens du moment qu’il puise, solennellement, son bon sens dans la seule justification religieuse et moraliste en faisant abstraction des autres considérant et retombées sur les équilibres financiers de la SNRT et de 2M qui doivent dépenser pour le soutien du sport national.

Ce choix nous incite par ailleurs à poser des questions auxquelles des réponses claires doivent être apportées par le Gouvernement afin qu’il puisse être dans action en phase avec la transparence totale comme le veux et l’exige la Constitution :

1/ Cette suppression est elle un principe fondamental d’éthique devant être appliquée à tous les mass médias, abstraction faite de la technologie utilisée pour faire passer des messages publicitaires portant sur des pratiques interdites par le Sain Coran et préjudiciables aux citoyens, ou seulement applicable à la SNRT et 2M ?

En parlant de mass médias en général , puisqu’il s’agit dans ce contexte de s’en tenir strictement à la Parole Divine qui porte aussi bien sur les boissons alcoolisées que sur les jeux de hasard tous styles confondus , qui sont des œuvres du diable qu’il faut éviter, la suppression doit inévitablement voir son champs d’application s’élargir pour atteindre une certaine presse hebdomadaire qui nous présente des bouteilles de vin mieux qu’elle présente les flocons des meilleurs parfums.

Dans l’hypothèse où le principe d’éthique est retenu comme seul justification de la suppression, les chaînes privées qui verront le jour doivent également se plier à la même décision qui va être appliquée aux chaînes publiques. Il faut que le Gouvernement, dans le même sillage, réviser le cahier des charges de Medi 1 TV pour actualiser des obligations au lieu de lui présenter la suppression en monopole de fait de ce type de publicité.

Toujours en adoptant le principe d’éthique, pour ne pas dire religieux, ne serait-il pas judicieux, voire légitime, de demander au Gouvernement d’aller tout droit à la source du problème et déraciner l’arbre du pêché au lieu de perdre son temps à essayer de l’écimer dans l’espoir de le voir mourir ? En d’autres termes, dissoudre tout simplement la marocaine des jeux et de chercher d’autres ressources financières « halal » pour le soutien du sport national, et de fermer toutes les caves et selliers de vin en prenant en charge la reconversion professionnelle de la main d’œuvre exploitée dans ce domaine ?

Qu’n est-il par ailleurs de cette Bourse de Casablanca où des gens achètent des actions comme des billets de tiercé ou de loto, dans l’espoir aléatoire de gagner quelques dividendes ? Alors qu’ils n’ont aucun droit de regard sur les entreprises cotées compte tenu de la modicité de leurs apports au vu du nombre astronomique d’actions détenues par une minorité qui jouit des véritables pouvoirs de vote et de décision aux assemblées générales ?

Les malheurs des petits actionnaires, victimes de publicité mensongères dan ce domaine, sont très édifiants rien qu’aux Etats Unis d’Amérique. Faut-il , rien que pour ces désastres humains, interdire les bulletins télévisés relatant au quotidien les cours des actions, des chaînes de télévision ?

2/ En supposant (noter que le fait de supposer ne porte préjudice à personne, sinon, l’homme n’aurait jamais créée les mathématiques) que le principe qu’on vient d’évoquer n’est en réalité que l’arbre qui cache la forêt. Disons, à tout hasard, que la suppression de cette publicité trouve sa réelle motivation ailleurs et qu’il s’agit simplement d’une anticipation sur le lancement des chaînes privées, qui à défaut de bénéficier de subventions directes de l’Etat et devant le fait qu’elles ne peuvent survivre que grâce à la publicité comme c’est le cas un peu partout dans le monde, vont bénéficier de subventions déguisées par ponctions sur une partie des recettes publicitaires, jusqu’ici, était exclusives aux chaînes publiques.

Le silence du Gouvernement en ce qui concerne Medi 1 TV à ce sujet ne peut être interprété qu’on faveur de cette hypothèse.

Une telle décision du gouvernement ne peut être acceptable que dans le cas où il dévoilera en toute transparence les mesures qu’il compte entreprendre pour combler le manque à gagner des chaînes publiques pour que la suppression n’engendre pas des effets néfastes sur leur programmation en termes de qualité et de quantité d’une part , et d’autre part en leur permettant d’atteindre normalement et sans embûches les objectifs fixées pour les nouveaux services « Al OUSSARIA » et « AL AKHBARIA » et la diffusion en continu de TAMAZIGHTE .
Le recours à la suppression de la publicité comme moyen de garantir aux chaînes privées des ressources financières susceptibles de les maintenir à flot n’est pas un précédent que créée le Maroc.


En France, le cas est plus compliqué encore. En effet le Président Sarkozy a bataillé sur les plans politique et juridique pour faire adopter une loi supprimant la publicité sur France Télévision en deux phases :

• une première phase où la suppression de la publicité ne concerne que la tranche horaire entre 22 heures et 6 heures
• une deuxième phase où la suppression de la publicité doit coïncider avec l’extinction définitive de la diffusion par voie hertzienne , prévue par la loi au 30 novembre 2011 ; ( loi relative à la communication audiovisuelle et au nouveau service public de la télévision adoptée par l’Assemblée Générale sous n°238 en date du 3/2/2009)
• la même loi donne aux chaînes publiques une compensation financière fixée par les lois de finances.


En Allemagne Le marché audiovisuel allemand est le plus grand d’Europe, avec 39,7 millions de foyers équipés en décembre 2007. Le service public audiovisuel est composé de deux chaînes publiques nationales, ARD et ZDF, et de neuf chaînes régionales regroupées au sein de l’ARD. Le financement du service public repose principalement sur la redevance (204,36€ par foyer).

Les chaînes publiques n’ont pas le droit de diffuser des publicités après 20 heures, avec une limite fixée à 20 minutes par jour et l’interdiction de la publicité le dimanche. Ces restrictions fortes expliquent la faible part de la publicité dans le financement de l’ARD et de la ZDF (respectivement, 4,4% et 6,8% en 2007).


Au Royaume-Uni Au Royaume-Uni, la BBC diffuse neufs chaînes de télévision nationales cinquante chaînes locales et trois chaînes internationales. Aucune publicité n’est diffusée sur les chaînes de télévision de la BBC et son chiffre d’affaires provient principalement de la redevance audiovisuelle (195,60€ par foyer en 2006). La redevance représente environ trois quarts du financement de la BBC, le reste provenant de la vente de programmes. L’offre de l’audiovisuel public en Grande-Bretagne est en outre complétée par les chaînes Channel 4 et S4C (chaîne publique du Pays de Galles), qui ont droit au financement publicitaire (la publicité représentait 75,7% du financement de Channel 4 en 2007).


En Italie ; L’audiovisuel public italien (la RAI) est composé de trois chaînes généralistes diffusées par voie hertzienne : RAI Uno, RAI Due et RAI Tre. Les chaînes de la RAI sont financées à la fois par la redevance et par la publicité. La redevance représentait 48,2% du financement de la RAI en 2007, la publicité 32,6%, le reste provenant de subventions publiques ainsi que d’autres recettes commerciales. Les chaînes publiques ont le droit de diffuser 8 minutes de publicité par heure d’horloge. Leur audience s’élève à un peu plus de 40%, l’autre grand acteur sur le marché audiovisuel italien étant le groupe privé Mediaset (qui contrôle les chaînes Canale 5, Italia 1 et Rete 4), avec environ 40% de part d’audience également.

En Espagne Le service public audiovisuel espagnol, la RTVE, est composé de deux chaînes nationales, TVE-1 et TVE-2, et de nombreuses chaînes régionales. La publicité est autorisée à hauteur de 11 minutes par heure d’horloge, et représentait 52,8% du financement en 2006, les subventions publiques représentant quant à elle 43,8%. Le gouvernement espagnol a annoncé au printemps 2009 vouloir supprimer la publicité sur les chaînes publiques. La part d’audience de TVE-1 et de TVE-2 s’élevait à 21,8% en 2007, les chaînes régionales (autonomiques) ayant une part d’audience de 14,7%.

Ces exemples nous démontrent que la publicité n’est pas l’unique source de survie des médias publics audiovisuels puisque plusieurs alternatives à sa suppression pour et simple existent. Par ailleurs, si le citoyen exige un service public de télévision « propre », il doit inéluctablement passer à la caisse pour l’acquisition et la maintenance de cette propreté des écrans de toute intrusion publicitaire.

Pour pousser plus loin le débat, car en démocratie le débat est un passage obligé vers le consensus nécessaire à l’adoption par la majorité des décisions stratégiques , je dirais que le Ministère de la Communication , en sa qualité de tuteur , doit se pencher avec davantage de professionnalisme sur la question de la publicité et les services publics de radio et de télévision en tenant compte des considérations suivantes :

1. Mettre en tête de ses considérations la lutte contre les effets négatifs de la publicité en agissant sur le contenu des messages. Personne n’est disposé à encourager la publicité mensongère ou déloyale, d’où la nécessité de l’élaboration d’une véritable charte déontologique à laquelle doivent se soumettre les annonceurs et les agences de communication,
2. la publicité est un instrument de développement économique qu’il ne faut pas bannir pour des griefs idéologiques abstraits et peu convaincants. Au contraire, cet instrument universel d’ailleurs, doit être soigneusement structuré pour qu’il soit en phase avec notre propre environnement, notre véritable capacité de consommation, notre identité culturelle et nos valeurs morales.
3. En supprimant la publicité pour les services publics audiovisuels, ces derniers, ne fois le manque à gagner compensé par les pouvoirs public par le biais d’une redéfinition de la mission de service public dans sa globalité ainsi que les moyens financiers qu’elle requiert, ces médias auront, à coup sur, les coudée franches pour l’élaboration de leurs grilles des programme en toute indépendance vis-à-vis des contraintes de l’audiométrie et du parrainage.
4. L’autre face de la médaille qui concerne le droit des opérateurs économique à faire de la « réclame » moderne de leurs produits exige des pouvoirs publics d’accélérer le processus du lancement des chaînes privées dont la publicité sera la ressource financière pérenne et décisionnelle.
5. En optant pour l’ouverture du paysage visuel aux opérateurs nationaux ne manquera pas de limiter l’exode des téléspectateurs vers les chaînes de télévision s étrangères dont personne ne maîtrise ni le contenu des programmes, ni leurs effets apparents ou latents sur les marocains.

OU OUCHEN ASSOU
Mardi 10 Avril 2012

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