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Ali Fkir, militant associatif : “La responsabilité incombe entièrement aux autorités et au Conseil de la ville”




Ali Fkir, militant associatif  : “La responsabilité incombe entièrement aux autorités et au Conseil de la ville”
En sa qualité
de coordinateur du Comité
de la défense
et de l'action  pour
la libération
des détenus
et de la
solidarité
avec les victimes des intempéries et de l'exclusion à Mohammedia, Ali Fkir répond aux questions
de Libé.
Le militant associatif fait
le tour de
la question
des sinistrés qui poursuivent
leur grogne
malgré
les multiples promesses
des autorités locales. Entretien.

Libé : Qui sont-ils ces sinistrés? Quel est leur statut? Sont-ils propriétaires de leur logement, locataires ou usufruitiers ? Possèdent-ils des documents justifiant leur présence sur les lieux?

Ali Fkir : Le douar Brahma Cherkaoua ou Brahama Lhafra, est un véritable cratère de forme ovale d'environ 14 mètres de profondeur, 300 mètres de long et 200 mètres de larg, ancienne carrière d'extraction de la roche pour agrandir la jetée du port de Mohammedia au cours des années quatre vingts. Des gens en difficulté s'y étaient installés par la suite : ouvriers agricoles, travailleurs à faibles salaires, paysans pauvres qui ont perdu leurs lopins de terre dans des conditions obscures, des sans domiciles, etc. Ces personnes ne paient rien, ne bénéficient ni d'électricité, ni d'eau courante, ni de service de ramassage des ordures… C'est un bidonville légal : les habitants sont en possession de cartes d'identité nationale, de cartes d'électeurs et autres papiers officiels qui portent les adresses du douar Brahma Cherkaoua.  

Le terrain sur lequel ces sinistrés résident est-il un terrain constructible ou un terrain non-edificandi?
 
C'est un terrain non edificandi.

Qui a pris le premier la décision de les établir là où ils sont ? Et pour quelle raison?

L'administration avait encouragé l'établissement des gens dans ce trou essentiellement pour plusieurs raisons dont le regroupement de ces personnes en difficulté ou sans logement fixe dans un trou (inutilisable), ce qui facilite leur encadrement et par conséquent le contrôle de leurs activités (sous les yeux vigilants des mokaddems…), la constitution d'un réservoir électoral «sûr» pour les candidats proches de certains cercles du pouvoir et d'autres raisons plus délicates.

Où en êtes-vous dans votre lutte pour les droits élémentaires des sinistrés de l'"île" de Brahma ?  

L'administration est en train de recenser les habitants pour les reloger du côté de Chellalat à une dizaine de km de Mohammedia, en leur accordant des lots (un lot de 80 m2 pour deux familles) à 20 000 DH  par famille (en plus d'un certain nombre de frais). Les habitants ont constitué des dossiers qu'ils ont remis à «Al Oumrane» et attendent la suite de l'opération. Nous  enregistrons ces promesses que nous considérons comme une première victoire de la lutte des victimes des intempéries et des politiques de l'Etat, surtout que l'opération se fait (jusqu'à maintenant) en coordination avec les véritables représentantes et représentants des habitants. Les «élus» ont été écartés de cette opération. Face à tout cela, nous restons vigilants. Mais tant que les six représentants des habitants ne sont pas libérés, la crédibilité des autorités n'aura aucune valeur, et notre mobilisation ne sera aucunement affaiblie. J'ouvre ici la parenthèse pour réclamer également la libération des deux habitants du Douar Hajj Miloudi incarcérés pour avoir refusé d'exécuter un ordre d'évacuation du tribunal.  

Quelle serait votre prochaine étape de revendication ? Allez-vous observer un recul et donner aux autorités le temps d'agir dans le sens de concrétiser leurs promesses ?

Certainement pas. Nous allons poursuivre notre combat jusqu'à la fin. Nous n'allons pas baisser les bras et attendre des promesses qui risquent de s'évaporer à tout moment. Nous recourrons à tous les moyens légitimes pour obliger l'administration à respecter ses engagements relatifs au relogement des sinistrés et à libérer les huit détenus, victimes de l'arbitraire.

En votre qualité de militant associatif, comment qualifiez-vous le comportement des autorités locales envers ces sinistrés ? Et où réside la responsabilité des responsables?

La responsabilité de cette situation inhumaine incombe entièrement aux autorités et au Conseil de la ville de Mohammedia. Ce sont eux qui ont agi dans le sens d'aggraver cette situation à des fins politiques et électoralistes. Pour ce faire, ils ont encouragé, premièrement, ces citoyens à s'entasser dans des baraques sans le moindre droit élémentaire d'une vie de dignité. Secundo, les autorités  n’apportent aucune assistance à ces personnes en détresse. Je dis bien aucun secours ou aide substantielle n'ont été présentés à ces sinistrés. Seule une répression des sit-in pacifiques organisés par les sinistrés et des arrestations arbitraires de certains éléments actifs ont été enregistrés depuis le jour des inondations. Il est à noter qu'un bébé a péri de faute de soins. Sa mère est restée plusieurs jours sans nourriture, dans le froid, portant des vêtements mouillés et boueux jusqu'au jour de sa naissance. Ce qui a provoqué la mort subite du bébé à deux jours de sa naissance.  Et pour finir, la responsabilité des autorités est flagrante quant à la misère de ces sinistrés, puisque les forces de l'ordre ont eu recours à des méthodes illégales pour arrêter des innocents. Les gendarmes avaient demandé aux habitants de désigner leurs représentants pour dialoguer avec le gouverneur. Les six volontaires se sont retrouvés en prison. Ils risquent lourd dans un procès confié à la Chambre criminelle du tribunal de première instance. Ce qui est scandaleux ! 

Propos recueillis par Rida ADDAM
Mardi 4 Janvier 2011

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