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Algérie : de Charybde en Scylla




Algérie : de Charybde en Scylla
A l’instar de la majorité des économies mondiales, l’économie algérienne a été fragilisée par la crise. Ce contexte est une occasion supplémentaire, pour les hommes politiques et certains économistes de faire les louanges d’un interventionnisme vigoureux ainsi que de la planification, avec un appel au « retour » de l’Etat planificateur comme moyen de juguler les «défaillances du marché» en Algérie. Ces prescriptions redynamiseront-elles l’économie algérienne ?
Que ce soit à travers des discours officiels ou des tribunes des journaux nationaux les plus importants, ceux qui prônent un «retour» de l’Etat investisseur aux côtés d’un Etat planificateur, justifient leur démarche par le fait que le marché ne peut assurer à lui seul une «allocation optimale» des ressources. En particulier, l’investissement privé étant insuffisant, ce serait à l’Etat de venir combler ce vide. Cette position justifie ainsi l’investissement public, sans réellement spécifier dans quel domaine et dans quelle mesure. Ensuite, l’information transmise par le marché dans les économies en transition, serait imparfaite ou incomplète selon les promoteurs de la planification. Cela représenterait ainsi l’ultime justification d’un État planificateur qui lui, pourrait obtenir, traiter et transmettre la bonne information aux acteurs et décideurs économiques. La nécessité d’un Etat planificateur qui viendrait corriger les défaillances du marché et se substituer à ce dernier, s’impose donc à leurs yeux.
Malheureusement, au delà d’une conception erronée du marché, ce type de prescriptions semblent aussi ignorer les erreurs du passé – et actuelles - dont a souffert et souffre encore l’économie algérienne, et le peuple algérien avec elle.
D’abord, la chute de l’URSS nous fournit une illustration grandeur nature que la planification centralisée ne peut être la clé du développement. En effet l’idée de la planification a été poussée et appliquée sans restriction dans l’ex-bloc soviétique, ce qui a conduit, au chaos, économique et social. La Corée du Nord et Cuba offrent toujours un exemple de ce que la planification centralisée peut générer en termes de méfaits.
Ensuite, l’Algérie a elle-même vécu sous l’ère de Boumediene une véritable soviétisation de la société et de l’économie. Le pays a reproduit fidèlement les erreurs commises en URSS. La politique de développement algérienne à cette époque était basée sur la multiplication des entreprises publiques, la nationalisation des secteurs les plus importants de l’économie, une priorité était donnée à l’industrie lourde, avec des investissements publics se chiffrant à coups de milliards. La planification centralisée était définitivement instituée et de manière poussée avec comme variables de développement, les entreprises publiques dont le secteur pétrolier. Après plus de 40 ans, ce choix économique, n’a toujours pas donné de résultats satisfaisant, bien au contraire, ses échecs sont criants.
Au-delà des leçons de l’histoire que certains ont, semble-t-il, du mal à retenir, il faut aussi critiquer leur vision du marché, qui sous-tend la promotion d’un Etat investisseur et planificateur en Algérie. Le marché « parfait » est présenté comme une espèce de système mené par un Deus Ex Machina avec sa main invisible. Comme par hasard ce marché «parfait» ne fonctionne pas en réalité et l’intervention est légitimée sur la base de cet homme de paille. Dans ce cadre, l’économie est alors envisagée comme un plan d’architecte où des ingénieurs sociaux dessinent et redessinent des plans économiques.
Le marché n’est pas parfait. Et pour cause : c’est un processus permanent d’adaptation et d’ajustement, une procédure d’essai, d’erreur et de correction initiée par des entrepreneurs qui lancent des projets, en situation d’incertitude, en tentant de répondre à une demande existante ou latente. Toutes ces décisions sont basées sur les connaissances parcellaires, locales et non agrégeables de ces acteurs, ne pouvant pas prendre la forme d’informations statistiques. On comprend vite que le planificateur ne pourra prendre en compte qu’une infime partie des données nécessaires à la prise de décisions efficaces. Si par ailleurs on se penche sur les incitations des bureaucrates de la planification, on ne peut rester que très pessimiste quant à leur efficacité.
Si le marché n’est pas parfait, il dispose cependant de procédures permettant de coordonner la division de la connaissance (par les prix relatifs) et de conserver des incitations adéquates (la discipline pertes/profit, fondement de la responsabilité entrepreneuriale). La bureaucratie de la planification a beaucoup plus de mal à faire face au problème de l’information et des incitations. D’où ses échecs historiques.
Faire appel au «retour» de l’Etat implique que ce dernier se serait retiré de la sphère économique. Or, depuis l’ère Boumediene les différents gouvernements algériens n’ont opéré que des réformes de surface, la majorité des secteurs restant sous contrôle étatique. Par ailleurs, un marché nécessite pour fonctionner un climat institutionnel propice aux affaires. Or, que nous indiquent les mesures de la Banque Mondiale ou de Transparency International ? L’Algérie est classée à la 136ème place sur 183 dans le rapport Doing Business (indice du climat des affaires de la Banque Mondiale), elle a d’ailleurs perdu deux places par rapport à 2009. Elle occupe aussi la 111ème place sur 180 dans le classement du Transparency International, publiant l’indice de perception de la corruption. De ce double point de vue, il paraît ironique de critiquer le marché en Algérie pour ses «défaillances» alors qu’on empêche véritablement son existence.
S’il est urgent d’agir pour améliorer la situation économique de l’Algérie, c’est à l’assainissement du climat des affaires, la bureaucratie tentaculaire et inefficace, et à la corruption qu’il faut s’attaquer. Ces domaines sont du ressort de l’Etat, et c’est sur ce point qu’on devrait faire appel à lui. Si défaillance il y a, c’est bien celle de l’Etat algérien qui n’arrive pas à remplir sa mission principale, à savoir : la mise en place des institutions nécessaires au développement économique que sont l’état de droit, le respect de la propriété privée et la facilitation des affaires.

* Analyste sur www.unmondelibre.org.

Par Youcef Maouchi *
Lundi 3 Mai 2010

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