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Alger ne sait plus sur quel Premier ministre s’appuyer

Abdelmajid Tebboune n’avait manifestement pas l’heur de plaire aux politiques affairistes




Trois mois après sa nomination en tant que Premier ministre algérien,  Abdelmadjid Tebboune vient d’être limogé dare-dare  et remplacé par  Ahmed Ouyahia qui occupait, jusqu’à mardi dernier, le poste de chef de cabinet du chef de l’Etat.
Le communiqué que la présidence algérienne a rendu public via l’agence APS n’évoque néanmoins pas les véritables causes de ce limogeage.
«Abdelmadjid Tebboune est parti comme il est venu dans la surprise générale. En fait, il avait été nommé Premier ministre le 24 mai, dans la foulée des élections législatives remportées par le Front de libération nationale (FLN) du président Bouteflika alors qu’il n’avait occupé que le portefeuille de l’Habitat sous le gouvernement  Abdelmalek Sellal, considéré comme l’homme de confiance du chef de l’Etat», nous a indiqué Karim Kebir, journaliste politique algérien.  Et de poursuivre : «Dès sa déclaration de politique générale, il a affiché sa volonté de séparer le pouvoir politique de celui de l’argent. En fait, ces dernières années, l’Algérie a connu l’émergence d’une classe d’hommes d’affaires qui ont investi le champ politique en adhérant à des partis politiques ou en se faisant élire dans les institutions représentatives. Pour le Premier ministre sortant, il a été question de mettre un terme à la corruption et aux hommes d’affaires qui ont exploité la confusion au sommet de l’Etat pour faire des affaires en bénéficiant de terrains, de prêts bancaires, .... Abdelmadjid Tebboune a assuré que cette décision a été validée par le président Abdelaziz Bouteflika, cautionnée lors du conseil des ministres et validée par les deux Chambres du Parlement».
Un appel à une éventuelle chasse aux sorcières qui n’a pas été du goût de certains hommes d’affaires algériens. Notamment de celui d’Ali Haddad, président du Forum des chefs d’entreprise (FCE) où cette oligarchie montante avait ses marques. «Ce dernier a été déclaré persona non grata, quelques semaines après les déclarations de Tebboune au Parlement. Le Premier ministre a refusé sa présence à ses côtés lors d’une cérémonie de remise des diplômes à l’Ecole supérieure de la sécurité sociale. Dès lors, un bras de fer s’est engagé entre les deux hommes», nous a expliqué notre source. Et d’ajouter : «Tebboune a lancé plusieurs opérations visant des hommes d’affaires telles que l’arrêt de certains chantiers et la saisie de la justice de certains affaires foncières et financières.  De leur côté, les hommes d’affaires ne sont pas restés les bras croisés. Plusieurs patrons et le premier responsable de l'Union générale des travailleurs algériens (ex-syndicat unique) se sont réunis et ont proféré des menaces contre le Premier ministre. Des menaces qui n’ont pas tardé à se concrétiser via une campagne de lynchage menée par la presse privée contre Tebboune accusé de passer ses vacances en France sans autorisation du Président de la République algérienne».
Pourtant, notre source ne croit pas que ce soient les milieux d’affaires qui ont été derrière le limogeage du Premier ministre sortant. «Le pouvoir en Algérie est opaque et il est difficile d’avoir des informations à même de permettre d’éclairer la décision de limogeage de Tebboune et la nomination d’Ahmed Ouyahia. Ce que l’on sait, néanmoins, c’est que cette décision a été prise collégialement mais on ne sait pas par qui. Une mission des plus difficiles puisque les deux hommes appartiennent au clan Bouteflika».
Concernant la nomination d’Ouyahia, Karim Kebir estime que beaucoup de zones d’ombre entourent cette question. «Est-ce que le régime le prépare à prendre la place de Bouteflika sachant qu’on est à moins de deux ans des prochaines  élections présidentielles ? Ou est-ce qu’il s’agit d’une tentative de le piéger en lui donnant les commandes d’un pays en crise ?», s’est-il demandé.  
Qui est Ahmed Ouyahia ? «C’est un commis d’Etat qui a passé de  longues années dans la diplomatie.  Il a été également membre de tous les gouvernements qui se sont succédé   depuis 1995. C’est un libéral et un défenseur de la privatisation. Il est également connu comme éradicateur (terme désignant les personnes refusant tout compromis avec les islamistes et qui prônent l'élimination par la force des organisations militantes et le refus total de discuter avec leurs représentants). En d’autres termes, c’est un homme du sérail qui ne va pas changer grand-chose aux  équilibres politiques. Mais, sur le plan économique, il faut s’attendre à un Premier ministre qui devra assumer d’incontournables décisions impopulaires dans un pays où l’économie est exsangue»,  a conclu notre source.

Hassan Bentaleb
Jeudi 17 Août 2017

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