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«Al Qaouss wa al faracha», le dernier roman de Mohamed Al Achaâri : Sur les ruines de destins brisés




«Al Qaouss wa al faracha», le dernier roman de Mohamed Al Achaâri : Sur les ruines de destins brisés
Le chef-d'œuvre
de l'écrivain et poète Mohamed Al Achaâri «Al Qaouss wa
al faracha» a été salué, comme il se devait, par Libé qui avait vu juste, dès sa sortie dans les librairies. Ci-dessous l'article consacré,
en février 2010, déjà, à l'œuvre et à son auteur qui vient de se voir décerner le Booker arabe à Abu Dhabi.

«Ce n'est pas un roman noir. Non, je me suis juste inspiré de la noirceur qui nous entoure». Mohamed Al Achaâri a presque l'air de s'excuser. Mais un auteur ne s'excuse jamais vraiment. Il est, à sa manière, le témoin de ces temps modernes et cruels où tout se construit et déconstruit. Les ruines ont toujours inspiré les créateurs. Volubilis, à quelques encablures de la ville qui a vu naître Mohamed Al Achaâri, Zerhoun, n'échappe pas à la règle. L'un de ses héros, au destin tragique, devenu guide et aveugle après avoir désespérément espéré faire revivre les temps glorieux de Juba II, fait visiter aux rares touristes la cité antique.
Et ce sont encore les ruines d'une vie gâchée, confisquée, incomprise que narre le poète, romancier et nouvelliste qu'est Mohamed Al Achaâri dans son dernier ouvrage «Al Qaouss wa al faracha» tout juste paru aux éditions du centre culturel arabe. Le roman d'une vie, celle de la famille Al Firsioui  dans laquelle l'auteur avait déjà fait intrusion, il y a 14 ans,  dans « Janoub Al Rouh », publié en 1996.
Youssef, l'anti-héros, d'« Al Qaouss wa al faracha » ressemble étrangement à Mohamed Al Achaâri. Un militant de gauche qui  écrit et publie des déclarations d'amour dans le supplément culturel d'un journal de la place ; éditorialiste-chroniqueur qui commente les non-dits de l'actualité ; un ancien détenu politique qui a définitivement rompu avec l'extrême-gauche et ses excès et croit à une gauche de justice sociale; Youssef est quelque part le frère jumeau de l'auteur.
A moins que ce ne soit le contraire. Puis le romanesque s'en mêle, puise dans l'actualité et le fracas de la vie, convoque l'Histoire et pioche dans l'universel. Et surtout, surtout,  il y a là, la force d'un texte servi par une langue et une poésie qui rappellent que Mohamed Al Achaari est d'abord poète avant d'être archéologue de destins brisés et sondeur des tréfonds de l'âme. L'homme est aussi politique et activiste qui réfléchit à ces maux qui rongent la société: corruption, spéculation, mauvaise gouvernance. Dans la saga Al Firsioui, les tranches de vie de la famille ne sont jamais étrangères à l'actualité marocaine. On y retrouve au détour des pages l'épisode vrai et kafkaïen  de ces jeunes musiciens casablancais jetés en prison après une immonde accusation de satanisme. Revenons au roman. Youssef a perdu goût à la vie. Depuis le suicide de la mère, les relations conflictuelles avec son père, la famille Al Firsioui s'inscrit dans la tragédie. Il y a des familles que le destin n'épargne pas. Al Firsioui en fait partie. L'histoire, forcément tragique, se répète au fil des générations.
Youssef va connaître l'indicible. C'est-à-dire des sommets  d'incompréhension face à l'inattendu. Son fils Yassine, ingénieur en devenir, choisit de rejoindre les talibans et s'explose, kamikaze d'une cause connue. Une mort violente  pour rien, une de plus. Qui sont ces nouveaux théoriciens de l'ignorance ? Comment des parents peuvent-ils imaginer qu'un jour leur gosse deviendra Taliban, rejoindra les talibans et mourra pour une cause à des milliers de kilomètres? « A aucun moment les parents ne peuvent imaginer que leur enfant sera un jour un kamikaze. C'est pourquoi j'ai essayé d'imaginer comment Youssef pourra se reconstruire après que son fils s’est fait exploser en Afghanistan», explique Mohamed Al Achaâri.
Pire que la violence et la mort, il y a la défaite devant la vie. Et c'est aussi cela « Al Qaouss wa al faracha », un roman sur nos peurs, la somme de nos incompréhensions, la noirceur des temps modernes. Un roman écrit avec douleur et une grande sensibilité.  Parce que la tragédie, la vraie, est parfois aussi belle que les ailes fragiles d'un papillon.
«Al Qaouss wa al faracha» de Mohamed Al Achaâri
333 pages
Editions : centre culturel arabe
Disponible en librairie

Narjis Rerhaye
Jeudi 17 Mars 2011

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