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Aicha Lakhmass, présidente de l’Union de l’action féminine : “Il faut changer et la loi et les mentalités”




Aicha Lakhmass, présidente de l’Union de l’action féminine : “Il faut changer et la loi et les mentalités”
Libé : L’actualité a été marquée par l’affaire Amina Filali. A votre avis, qu’est-ce qu’il faut faire pour mettre fin à ce genre d’atrocités?

Aicha Lakhmass : Nous avons toujours mis en lumière ce problème de mariage des filles mineures, en tant qu’associations féminines. Il a aussi été abordé par les médias de toutes sortes. Ainsi que les conséquences dangereuses du mariage des mineures qui représente à peu près 10% de l’ensemble des mariages contractés.
Les juges acceptent plus que 90% des demandes de mariage des mineures, «une tendance bien inquiétante».
Vous savez que cela pose des problèmes de santé. La majorité des décès des mamans sont constatés parmi ces femmes, certaines d’entre elles sont atteintes de cancers.
En plus des traumatismes psychologiques  dont elles souffrent lorsqu’elles se trouvent femmes et mères alors qu’elles ne sont que des enfants.
C’est un problème en soi. Pire encore, lorsque s’ajoute le problème du viol, ou de ce qu’on appelle dans la loi de  détournement de mineure. Cette même mineure, si elle accepte de se marier avec le coupable, les procédures initiées contre lui sont annulées.
Cela est devenu une échappatoire aux rigueurs de la loi. Nous savons que ces mineures ne sont pas autonomes et ont peu de volonté. Elles subissent beaucoup de pression de la part de la famille, de l’entourage, des pressions financières en plus du poids de la société.

Le Code de la famille n’a-t-il pas pu résorber ce problème?

Non et il y a pire encore. Les articles 20 et 21 de la Moudawana ont créé un nouveau problème parce que, malgré l’âge du mariage fixé à 18 ans, elle prévoit une exception alors que l’ancien Code de statut personnel avait fixé un seuil minimum de 15 ans.
Avec l’actuelle Moudawana, même une fille de 13 ans peut se marier. C’est devenu un véritable problème. C’est un viol de l’enfance. C’est de la pédophilie légalisée.

Etes-vous d’accord avec ceux qui disent que la loi au Maroc ne protège pas la femme mais plutôt les valeurs de la société?

De toutes les façons, il y a une sorte de complicité avec le coupable. Sa famille fait l’impossible pour le sortir de prison, ses voisins, ses amis, tout le monde fait des mains et des pieds pour qu’une issue amiable soit trouvée au drame et tout le monde met la pression sur la victime comme si elle était le vrai coupable.
C’est ce qui nous amène à dire qu’un suicide comme celui d’Amina Filali est un message qui interpelle notre conscience humaine. Est-ce que notre conscience va enfin se réveiller ? Est-ce qu’on va faire face à ce phénomène dangereux du mariage des mineures? Les régions pauvres sont devenues un terrain pour les pédophiles. Il faut mettre fin à ce fléau.

Pendant la journée organisée pour la remise de votre rapport annuel, vous avez exposé l’expérience française dans ce domaine. Est-ce que vous plaidez pour que la législation marocaine soit similaire à celle  de ce pays?

Nous demandons plutôt l’adoption d’une nouvelle loi. Pour ce faire, nous devons profiter de toutes les expériences, mais nous devons nous baser sur nos propres besoins tout en prenant compte des principes universels des droits de l’Homme, des critères internationaux de la protection des femmes victimes de violence et de la protection contre la violence par le biais d’un travail de sensibilisation au sein des écoles, des universités, dans les quartiers et les lieux de travail pour éradiquer la violence.
Nous devons aussi changer l’image stéréotypée de la femme et de l’homme et combattre les valeurs d’humiliation que nous portons. Certains considèrent que la violence fait partie de l‘éducation, alors que c’est un crime contre l’humanité et non seulement contre la femme.
Il faut mettre en place une loi stricte et sévère pour lutter contre la violence et ne plus permettre l’impunité.

Comment jugez-vous la politique sociale du gouvernement? Est-ce qu’elle vous semble aller dans le bon sens?

Les anciens gouvernements ont pris certaines mesures mais elles n’étaient pas suffisantes. On a mis en place une stratégie de lutte contre la violence entre 2002 et 2007, mais cette stratégie n’a pas abouti à des résultats concrets.

Est-ce que les autorités locales répondent favorablement à vos attentes?

Pour les collectivités locales de Casablanca, il n’y a pas d’interaction, ni de feed-back positif. Mais, il y a des conseillers qui travaillent avec nous sur ledit programme, en tant qu’individus.
J’espère que les prochaines élections porteront au pouvoir des gens qui ont cette capacité d’entrer en interaction avec les habitants qui les ont élus.

Propos recueillis par M.T.
Mercredi 4 Avril 2012

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