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Ahmed Zaïdi met à nu les contradictions du budget 2014

Le projet de loi de Finances n’est ni libéral ni social




Ahmed Zaïdi met à nu les contradictions du budget 2014
«Le projet de loi de Finances n’est ni un projet de développement, ni d’austérité ». Cette affirmation peut à elle seule résumer l’intervention du président du Groupe socialiste à la Chambre des représentants, Ahmed Zaidi, lors de la discussion samedi dernier du projet de loi de Finances 2014.
Même si ce projet prévoit 124 milliards de DH pour le social, cela ne signifie pas qu’il est « social », car « comment expliquer qu’avec pareil budget, le Maroc soit classé à la 130ème place parmi les 186 pays que compte l’indice du développement humain ? », a martelé le président du Groupe socialiste. Et d’ajouter :«La question n’a aucun rapport avec les moyens, mais elle a trait à la bonne gestion, à la gouvernance et au manque de conflits de compétences » comme ceux qui se déroulent actuellement au sein du gouvernement Benkirane II.
L’autre point qui prouve que ce projet est antisocial est l’emploi. « Un budget social qui ne met pas l’emploi parmi ses priorités, peut-il être qualifié de social ? Je dis cela et je souhaite que vous prouviez le contraire », a déclaré Ahmed Zaidi avant de préciser que «l’emploi ne peut certes pas être imposé aux entreprises, mais la responsabilité du gouvernement est d’améliorer le climat de l’investissement, d’encourager les investisseurs, et d’agir  rapidement et efficacement pour traiter les dossiers. Vous avez passé plus d’une année blanche pour former un gouvernement, cela aidera-t-il à créer un climat de confiance ? ». L’intervention du président du Groupe socialiste a également mis en garde contre l’ampleur de la dette qui peut mettre en danger la souveraineté du Maroc. Faute de chiffres officiels, les estimations indiquent que la dette pourrait atteindre 62 % du PIB, c’est-à-dire environ 500 milliards de DH. « Quand nous interpellons les ministres dans le cadre de la loi sur quelques dossiers, ils nous répondent : qu’avez-vous fait quand vous étiez au gouvernement ? Est-ce qu’ils ont l’honnêteté intellectuelle de dire au peuple marocain ce qu’a fait l’USFP quand il dirigeait le ministère de l’Economie et des Finances en matière de gestion de la dette extérieure et intérieure ? N’a-t-il pas sacrifié l’intérêt du parti au profit de l’intérêt du pays en matière d’équilibres macro-économiques ? ». La dette extérieure es passée sous le gouvernement de l’Alternance de 24 milliards de dollars à 9 milliards, mais aujourd’hui elle atteint des niveaux alarmants (28 milliards de dollars).L’une des lacunes de ce projet de loi est le fait que le gouvernement a passé sous silence la réforme globale du régime fiscal. Pis, il a préféré des solutions de facilité pour renflouer les recettes de l’Etat, notamment la TVA dont les recettes augmenteront de 3%, alors que les recettes de l’impôt sur le revenu s’élèveront de 7%. « Ces recettes sont faciles tout en sachant que toute augmentation de la TVA impactera les prix et, par ricochet, pèsera lourdement sur le consommateur ».
Ahmed Zaïdi a, par ailleurs, déploré les mesures fiscales qui contredisent l’orientation agricole du Maroc, notamment en imposant des taxes sur les matériels de production dans un secteur vital pour la sécurité alimentaire, l’emploi dans ce secteur, et la modernisation de la production.
Il a, en outre, présenté les cinq caractéristiques qui marquent ce projet de  loi. Premièrement, ledit projet n’a pas de  vision à long terme ni même à moyen terme, car il devrait permettre en tant que levier de la  politique économique, sociale et de développement, de définir les objectifs que les gestionnaires des affaires  publiques comptent réaliser.
Deuxièmement, le projet est purement comptable, car il n’est obsédé que par la recherche de moyens faciles pour l’accroissement des recettes sans se soucier d’une approche rationnelle. D’où le recours à des impôts faciles à prélever et qui touchent des couches sociales précises.
La troisième caractéristique a trait à « la nature éclectique du projet. Il n’est sous-tendu par aucune référence économique doctrinale. Il n’est ni libéral ni social, et il n’a ménagé aucun effort pour concilier entre l’économie de marché et la société de solidarité», a-t-il souligné. En outre, le gouvernement parle d’austérité et de rationalisation, mais les chiffres du projet le contredisent. A titre d’exemple, les dépenses de fonctionnement n’ont pas été revues à la baisse, la masse salariale et les dépenses d’équipement ont été grossies respectivement de 6 et 3 %, en plus de la rente économique qui a également enflé comme le prouve l’article 6 de ce projet relatif au rachat par l’Etat des agréments de  transport routier des voyageurs. Le gouvernement, selon Ahmed Zaidi, au lieu d’imposer ce secteur et de le libéraliser, octroie de nouveaux privilèges à « ceux qui ont profité de cette rente » pendant un demi-siècle. Le projet de loi de Finances se caractérise également par le fait qu’il n’a pas de référence doctrinale claire, car il ne reflète pas la relation dialectique entre les mesures financières, l’objectif économique et l’effet social. Cela est dû, selon le président du Groupe socialiste, à l’absence d’une vision qui est censée définir les objectifs des politiques publiques.
Le projet s’inscrit également dans une continuité contre-productive à cause de la quasi absence d’une évaluation à même de permettre aux intervenants politiques, économiques et aux gestionnaires de la chose publique d’avoir une idée des réalisations et, partant, de rectifier les erreurs et d’améliorer les programmes.
 Toutes ces caractéristiques donnent l’impression, selon Ahmed Zaidi, que « nous avons affaire à un gouvernement non professionnel ».
L’intervention du président du Groupe socialiste ne s’est pas limitée à disséquer le projet de loi de Finances, mais elle a également critiqué le refus catégorique par l’Exécutif de l’investiture parlementaire,  l’entrave des initiatives législatives prises par le Parlement, ce qui constitue pour le Groupe socialiste « une régression politique et un mépris de l’opinion publique ».
Ahmed Zaïdi a, par ailleurs, rappelé le rôle important joué par les forces progressistes et nationalistes avec à leur tête l’USFP,  pour réaliser les grandes réformes et éviter la crise cardiaque. Il a ainsi  déploré que le gouvernement Benkirane passe sous silence ce rôle. Pour  preuve, ce dernier  entend commémorer le 50 ème anniversaire du Parlement marocain sans que le nom du leader de l’USFP, Mehdi Ben Barka, président de la première institution parlementaire du Maroc indépendant, figure à la tête des présidents qui vont être honorés. « C’est inadmissible », a-t-il conclu.

Mourad Tabet
Lundi 18 Novembre 2013

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