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Ahmed Messaia plonge dans les tréfonds du monde de Tayeb Saddiki

Paru aux éditions “Virgule”, l’ouvrage de 176 pages se décline en trois grandes parties




Voilà un livre qui ne pouvait pas passer
inaperçu. «Tayeb Saddiki… le bon,
la brute et le théâtre» est un long portrait
du pionnier du théâtre marocain


«Le bon, la brute … » rappelle le magnifique western de Sergio Leone. Sauf que dans l’intitulé, l’essayiste marocain Ahmed Messaia qui procède intelligemment à ce bel emprunt voulait lui donner un autre dessein ! Dans le titre, il nomme d’emblée le personnage de cette description : Tayeb Saddiki ainsi que le mot magique et mélioratif «théâtre» vers la fin, pour remplacer le terme péjoratif «truand» dans le film hispano-italien.
Voilà donc un livre qui ne pouvait passer inaperçu. « Tayeb Saddiki… le bon, la brute et le théâtre » est un long portrait du fondateur du théâtre marocain. Mais, Ahmed Messaia, son auteur, le voulait surtout un vibrant hommage au dramaturge décédé le 5 février 2016 et une mémoire de l’histoire du théâtre marocain.
Il s’agit aussi d’une initiative louable d’archiver une expérience théâtrale, avec tout son éclat, son ampleur et son rayonnement. Pendant longtemps, en effet, l’homme fut le porteur, presque sans conteste, de l’action théâtrale.
Paru aux éditions «Virgule», le livre de 176 pages se décline en trois grandes parties, parcourant une vie riche mais surtout tumultueuse et pleine de soubresauts. «Une vie théâtralisée», «Les chemins de la création» et «Le Roi se meurt» ont compilé les détails d’une carrière et les ramifications d’une expérience, en construction permanente. Qui pourrait relater toute une vie, sinon Ahmed Messaia, l’un des amis très proches, sinon le plus proche du monde de Seddiki ? L’ancien directeur de l’ISADAC, loin de se confiner dans un travail administratif épuisant, reste d’abord un vrai intellectuel et surtout un critique d’art bien engagé. C’est pourquoi et dans un esprit d’honnêteté intellectuelle, il rapporte tout ce qui avait fait la vie de l’homme : ses succès, ses choix, ses efforts, ses débats, ses causes, ses disputes et ses amitiés… L’on ressent ainsi le témoin parler, mais aussi l’historien qui fait appel aux documents et archives.
En près de 40 ans, celui que le journal «Le Monde» avait surnommé l’Orson Wells des Arabes s’était investi d’une mission divine et honorable : donner la vie à des textes presque morts. Il a pris la peine de dépoussiérer un patrimoine souvent abandonné pour l’éclosion de chefs-d’œuvre immortels.  
Roi de l’adaptation, mais aussi de la théâtralisation, Tayeb Saddiki, fervent défenseur de cette théorie de «l’art en train de se faire», était toujours l’homme qui voulait se surpasser, dépasser ses limites et celles de la création. Difficile, en effet, d’accompagner son rythme de travail, son souffle de créativité et sa tendance à la perfection. Avec lui, tout était censé être théâtralisé ! Le regard du metteur en scène dénichait les plus petits détails de la vie en société pour les mettre en valeur sur les planches.
Pour bien illustrer l’enracinement du dramaturge dans son milieu, Messaia n’omet pas d’insérer à chaque fois des photos avec des gens du monde du théâtre mais aussi des personnalités  qui ont fait l’histoire du pays, du théâtre ou de leurs pays : Mehdi Benbarka, Mahjoub Benseddik, Hassan II, Abdelkader Alloula, Yasser Arafat, ou encore l’icône du mythique groupe Nass El Ghiwane Boujemaa Ahgour dit Boujmii.
Il suffit aussi de citer tous ces gens qui ont un jour ou l’autre côtoyé son monde pour dire qu’il était plutôt un passage incontournable vers le professionnalisme : les jeunes du quartier Hay Mohammadi avaient intégré sa troupe, pour devenir par la suite un phénomène musical : Nass El Ghiwan. Des figures du théâtre marocain ne sont pas en reste, telles que Mohamed Said Afifi, Mohamed Miftah, Salaheddine Benmoussa, Mohamed Majd, Mustapha Salamat, Khadija Assad, Mohamed El Khalfi, Chaibia Adraoui ou encore Naima Lamcharqui. L’auteur a accompagné son personnage tout au long de son parcours évoquant certaines pièces et leur cheminement jusqu’aux planches.
La jeune génération a aussi tiré grand profit de son potentiel créatif. La comédienne Latefa Ahrrare est fière d’avoir fait école chez le grand dramaturge, et sa mise en scène de plusieurs pièces s’inspire largement de l’œuvre de Saddiki.

Mustapha Elouizi
Vendredi 11 Août 2017

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