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Ahmed Lahlimi, Haut commissaire au Plan :

“Les céréales sont l’un des principaux produits touchés par la flambée des prix”




Ahmed Lahlimi, Haut commissaire au Plan :
“Au Maroc, l’agriculture, malgré la forte urbanisation, occupe plus de 40 % des actifs du pays. De ce fait, son évolution est déterminante dans les équilibres ou les déséquilibres de la société rurale, et donc dans la stabilité du pays dans son ensemble. En terme de poids économique, le secteur représente 15 % de la richesse nationale produite chaque année, et a un effet multiplicateur, en amont et en aval, important et croissant sur le reste de l’économie. Cependant, en dépit de son importance stratégique et de ses progrès depuis l’Indépendance, les performances sont insuffisantes et son évolution reste problématique. La productivité par actif et par hectare reste parmi les plus faibles de la région. L’agriculture marocaine est caractérisée également par la faiblesse des capitaux investis et par le déficit de l’innovation. Côté autosuffisance alimentaire, la balance commerciale agricole est nettement déficitaire. En 2007, le ratio exportations/importations des produits alimentaires était de 0,9, mais en excluant les produits de la mer, principal produit alimentaire exporté par le Maroc, ce ratio tombe à moins de 0,5. 
Ces insuffisances dans le développement du secteur agricole ont des répercussions significatives sur la croissance économique et sur les conditions de vie des populations, d’autant plus qu’au cours des deux dernières années, la conjoncture internationale a été caractérisée par une hausse sans précédent des prix des matières premières, et en particulier des denrées alimentaires.
Au Maroc, les enquêtes continues sur les prix réalisées par le HCP ont permis un suivi régulier de l’impact de la crise sur les prix à la consommation de 385 produits et 768 variétés consommés par les ménages marocains. Parmi ces produits, l’alimentaire occupe une position de premier plan avec 136 produits et 243 variétés. Les données de ces enquêtes montrent que l’indice du coût de la vie des produits alimentaires connaîtraient une hausse de 6,8% en 2008 tirant l’inflation annuelle à un taux de 3,9%, contre une moyenne annuelle de 2% sur la période 2000 à 2006.
Certains produits alimentaires, largement consommés par les Marocains, ont connu au cours des 11 premiers mois de 2008, des hausses très significatives ; il s’agit en particulier des pâtes alimentaires (27%), du couscous (34,9%), de l’huile d’arachide (41,4%), de la semoule (41,7%) et du beurre industriel (25,4%).
L’impact de ces hausses sur le pouvoir d’achat peut être apprécié sur la base du poids des produits alimentaires dans le budget des ménages. Selon les données de la dernière enquête sur les niveaux de vie des ménages réalisées par le HCP en 2007, malgré la baisse de son poids, l’alimentation absorbe près de 41% du budget des ménages. Les céréales, un des principaux produits touchés par la flambée des prix, représentent près de 18% des dépenses alimentaires des ménages.  
Au niveau macroéconomique, cette flambée a été fortement ressentie au niveau du budget alloué à la compensation qui a dépassé largement les prévisions et  menacé l’équilibre budgétaire.
La crise a également contribué à l’aggravation du déficit commercial, les importations des produits alimentaires ont augmenté de 73% en 2007 par rapport à 2006 et de 22% au cours de la période de janvier à novembre 2008 par rapport à la même période de 2007. Plus particulièrement, les importations des céréales ont augmenté de 168% en 2007.
Comparé aux situations dans plusieurs pays similaires, l’impact de cette crise au Maroc reste toutefois relativement limité. En effet, le taux d’inflation en 2008 qui est resté en deçà de 4% au Maroc, a atteint, selon les données du FMI, 15,8% en Jordanie, 5,1% en Tunisie et une moyenne de 9,4% dans les pays émergents et en voie de développement.
Depuis le mois de juillet 2008, la faiblesse de la croissance économique mondiale, précipitée par une grave crise financière, a mis fin à ce boom sans précédent. L’indice des prix des denrées alimentaires du FMI a chuté de 32% depuis son pic de juin 2008, s’approchant ainsi de son niveau d’avant la crise. Cette baisse se répercute progressivement sur les prix à la consommation et sur le pouvoir d’achat des consommateurs.
Au Maroc, l’indice du coût de la vie des produits alimentaires a amorcé une baisse depuis la fin du Ramadan qui a coïncidé avec le mois de septembre. Il a perdu près de 1% au cours des deux derniers mois. Ce retournement permettra de préserver et de renforcer les acquis et les progrès des dernières années en matière de réduction de la pauvreté et d’amélioration du pouvoir d’achat. Dans ce sens, il est à rappeler que le taux de pauvreté avait baissé de 15,3% à 9% entre 2001 et 2007 et que le revenu disponible des ménages progresse annuellement de 2,3% en termes réels. 
Cependant, cette baisse, prévue probablement pour quelques années, ne doit pas faire oublier que les hausses des prix du pétrole et des matières premières s’inscrivent de manière permanente dans l’économie internationale.
La croissance démographique, l’urbanisation et l’amélioration des revenus dans les pays émergents ainsi que les perspectives d’épuisement des réserves mondiales de pétrole, à l’origine de ces hausses, s’inscrivent dans l’évolution structurelle de l’économie mondiale.

Extraits de l’allocution d’Ahmed Lahlimi
Samedi 10 Janvier 2009

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