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Ahmed Arehmouch, membre du bureau exécutif du Réseau amazigh pour la citoyenneté




“La constitutionnalisation du tamazight est une revendication collective”

Ahmed Arehmouch, membre du bureau exécutif du Réseau amazigh pour la citoyenneté
Depuis le discours Royal historique du 9 mars, les associations amazighes sont en ébullition. Elles se sont réunies pendant deux jours à Agadir pour débattre de la question amazighe et du chantier de réformes annoncées.
La majorité d'entre elles voudraient la constitutionnalisation de l'amazigh comme langue
officielle aux côtés de l'arabe. Elles ont également récusé le découpage régional; le projet n'incluant pas l'intégration de la dimension culturelle et linguistique dans le cas de certaines régions. Le Réseau amazigh pour la citoyenneté nous livre sa position vis-à-vis de ces questions.

Libé: La future Constitution consacrera la pluralité de l'identité marocaine unie et riche de la diversité de ses affluents, et au cœur de laquelle figure l'amazighité, qui sera considérée comme patrimoine de tous les Marocains. Comment réagissez-vous à cela ?

Ahmed Arehmouch : La constitutionnalisation de la langue amazighe est la revendication de l'ensemble des associations opérant dans le champ amazigh. Le mouvement amazigh, fort de la légitimité de ses revendications, a pu convaincre un ensemble d'intellectuels et partis politiques qui ont pris fait et cause pour sa question. Le discours de S.M. le Roi ayant trait à la révision de la Constitution vient consacrer ce droit à vivre et à exercer pleinement ses droits culturels. Mais tout reste encore à faire pour la commission qui se planchera sur l'élaboration du nouveau projet constitutionnel. Des concertations sont à faire avec l'ensemble du mouvement se réclamant de tamazight, sans exclusive aucune. Toutefois, on peut déjà dire qu'il y a un consensus au sein de ce dernier sur la nécessité de l'officialisation de la langue amazighe aux côtés de l'arabe.

Néanmoins, certains proposent l'inscription de la langue amazighe comme langue nationale. N'est-ce pas suffisant ?

L'intégration de la langue amazighe dans la nouvelle Constitution en tant que langue officielle aux côtés de l'arabe est la seule condition sine qua non à même de cicatriser la profonde plaie de l'injustice infligée à notre culture. Et ce, en raison d'un panarabisme ubuesque et exclusif qui prévalait sans partage depuis l'indépendance du pays. A mon sens, l'inscription de l'amazigh comme simple langue nationale dans la nouvelle Constitution, ne fera que perpétuer cet « ostracisme », puisqu'elle ne contribuera nullement au changement qualitatif de son statut actuel. Par contre, son statut de langue officielle lui octroierait la légitimité nécessaire à sa prise en charge institutionnelle et lui conférerait les prérogatives qui sont celles de toute langue officielle. Et partant, elle bénéficiera pleinement de moyens de l'Etat nécessaires à sa promotion et à son rayonnement réels.

Est-ce que son officialisation apportera des changements aux amazighs dans leur vie quotidienne ?

En effet ! A titre d'exemple, il suffit de voir toutes ces vicissitudes et désagréments que vivent les amazighophones dans nos administrations, à cause de cette langue officielle qui n'est nullement la langue qu'ils parlent dans leur quotidien. Une fois l'amazigh officialisé, cela entrainera son usage par nos citoyens dans nos administrations et portera aux populations berbères beaucoup de bien être et un sentiment d'être chez elles dans leur culture, loin du dépaysement linguistique et culturel qui leur a été imposé jusqu'à là.

Supposons alors que la langue amazighe soit enfin constitutionnalisée, sera-t-elle alors imposée à tous à l'école?

La constitutionnalisation de tamazight induit le renouement des citoyens avec une vie normale à laquelle tous les berbères aspirent, sans être agressés dans leur culture et langue maternelles par un parler imposé. De là, la langue amazighe aura toutes les chances d'émerger et de se hisser graduellement au rang des autres langues internationales dont les populations de la région amazighe se targueront un jour.

Parlons du nouveau découpage régional : des voix amazighes se sont déjà élevées pour le contester. Quel regard portez-vous sur ce projet ?

Vous savez, le Réseau amazigh pour la citoyenneté a rendu un mémorandum à la commission consultative chargée d'élaborer un rapport sur ce qu'on appelle la régionalisation avancée. Dans cette note, nous avons fait acte de nos propositions à ce sujet. Nous regrettons aujourd'hui, malheureusement, qu'elles n'aient pas du tout été prises en considération par les personnes qui ont planché sur ce projet. Nous constatons que la mouture du découpage adopté ne prend pas en compte les quatre critères en vigueur normalement dans le peaufinage d'une telle configuration territoriale. Lesquels critères incluent la position géographique, historique, la donne économique et culturelle. Ce qui aura certainement le mérite de respecter et mettre en exergue les spécificités de chaque région en plus d'une meilleure répartition des richesses pour éradiquer les disparités existantes. Je ne comprends pas ainsi pourquoi ce découpage, au lieu de faire en sorte de désenclaver certaines régions comme Zagoura, Ouarzazate, Errachidia et Figuig et permettre leur mise à niveau par leur adjonction à d'autres régions riches, ait consacré de nouveau leur paupérisation!

Comment jugez-vous la contribution de l'IRCAM à l'œuvre de consolidation des droits culturels et linguistiques des imazighens ?

La création de l'IRCAM n'a malheureusement pas apporté la valeur ajoutée souhaitée dans ce sens. Sa structure organisationnelle et son mode de fonctionnement pêchent par le fait qu'ils sont privés de tout pouvoir de décision et d'exécution de ses propositions. L'essence des attributions de l'institut étant de nature purement consultative. Et ce, contrairement à la Déclaration de Paris qui est une référence importante en matière de constitution des organismes s'activant dans le champ de la défense des droits de l'Homme.

Certains mouvements poussent parfois le bouchon très loin en usant d'un discours aux relents racistes à l'encontre de tout ce qui est arabe ; comment expliquez-vous cela ?

C'est condamnable comme attitude ! Mais certains militants pensent que c'est de bonne guerre d'utiliser la même arme que leurs détracteurs. Tout retard à reconnaître tamazight comme langue officielle alimentera donc les frustrations et induira davantage de radicalisation des positions des uns et des autres.

ENTRETIEN REALISE PAR IDRISS OUCHAGOUR
Mercredi 6 Avril 2011

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