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Ahmed Arehmouch, membre du bureau exécutif du Réseau amazigh pour la citoyenneté : «Beaucoup de chemin reste à parcourir»




La Journée mondiale des droits de l’Homme qui coïncide avec le 61-ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme a été l’occasion pour tous les défenseurs des droits humains de braquer les projecteurs sur les développements des droits humains et de sensibiliser davantage aussi bien les responsables gouvernementaux et institutionnels que les composantes de la société civile, à davantage d’engagement pour le respect des dispositions essentielles stipulées dans les conventions internationales. C’est dans ce contexte que le Réseau amazigh pour la citoyenneté (AZETTA) a publié son huitième rapport, consacré essentiellement aux droits culturels et linguistiques.
D’emblée le rapport signale quelques avancées qui confirment la légitimité des revendications du Réseau. L’on cite ainsi une certaine prise de conscience par les acteurs associatifs et politiques qui commencent à adopter l’alphabet Tifinagh, l’une des langues les plus anciennes au monde, dans leurs documents officiels. Il y a lieu d’ajouter également la chaîne de télévision amazighe qui débutera en guise d’expérience au début de janvier prochain. Pour ce qui est des prénoms, le rapport d’AZETTA a enregistré l’importance de l’interactivité de certains tribunaux administratifs qui ont accepté les plaintes soumises à cet effet. Ceci dit, la persistance de la liste stipulée par la Haute Commission d’état civil et l’absence d’une loi permissive des prénoms amazighs constituent encore une entrave dans ce sens. Dans la pratique, les autorités d’état civil ont rejeté des prénoms amazighs comme «Tziri» à Tahla, «Sifaw» à Meknès, «Siman» à Boufekran, «Titrit» et «Touda» à Créteil en France…
Le Réseau ne manque pas d’appeler à une égalité linguistique, à la sauvegarde de l’identité culturelle et civilisationnelle et au développement des ressources et les capacités intellectuelles amazighes tel que stipulé dans les objectifs du pacte international du développement culturel. Dans ce sens, le rapport invoque le cas de plusieurs sections du Réseau AZETTA qui n’ont pas encore reçu de récépissé légal à Tannalt, Casablanca, Tiznit et Assa. Les actifs du Réseau ont également rappelé les autorités que certains Imams relevant du ministère des Habous ont orchestré une campagne de diffamation à l’encontre des acteurs associatifs amazighs, comme ce fut le cas à Kenitra et Nador.
Quant à l’égalité des citoyens devant la justice, le Réseau revient sur le handicap des citoyens marocains non arabophones se trouvant dans une situation critique dans leur propre pays, les juges désignent des traducteurs non assermentés lors des audiences, alors que pour des étrangers, ce sont des traducteurs assermentés qui sont normalement chargés de cette tâche. Un état désolant qu’AZETTA ne cesse de dénoncer depuis le premier rapport. La solution de ce problème d’inégalité linguistique passe par la constitutionnalisation de la langue amazighe.  Mais, l’enseignement reste, selon le réseau, l’un des secteurs où l’inégalité est patente. Ainsi, l’apprentissage de l’amazigh ne concerne que 5 % des établissements scolaires marocains et l’on reste loin de l’apprentissage par le truchement de la langue amazighe elle-même.

Pour Ahmed Arehmouch, le dossier de l’intégration totale de l’amazigh dans
le système éducatif
et la violence morale exercée contre les non arabophones
demeurent d’actualité.
Entretien.

Libé : Qu’y a-t-il de nouveau dans votre rapport annuel publié à l’occasion de la Journée mondiale des droits de l’Homme ?

Ahmed Arehmouch : Ce rapport est le huitième du genre. Nous avons pris l’habitude de publier annuellement un rapport pour la commémoration de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Celui de cette année intervient dans un contexte particulier, marqué notamment par le débat sur le dossier des droits humains au Maroc, suite notamment à certains indicateurs négatifs qui affectent le développement du champ des droits et libertés. Outre l’amazighité, l’on cite également le droit des associations à l’organisation et à recevoir leurs récépissés et la persistance de l’Etat à marginaliser la revendication d’intégrer horizontalement et verticalement les doléances fondamentales du mouvement amazigh démocratique et autonome.

Vous avez parlé de quelques avancées en matière d’amazighité, quels en sont les points saillants ?

Effectivement, il y a des avancées enregistrées au niveau de la prise de conscience de certains acteurs associatifs et politiques, concernant le caractère judicieux de nos revendications, ainsi qu’une adoption croissante de la graphie Tifinagh de la part de plusieurs organisations civiles ou officielles dans leurs documents, et enfin l’engagement du gouvernement à lancer la chaîne de télévision amazighe en janvier prochain.

Comment évaluez-vous l’attitude de la société civile et des partis politiques envers l’amazighité?

Il y a du chemin à parcourir pour davantage de mobilisation des organisations de la société civile et des formations politiques autour de nos revendications. Nous avouons que pour l’instant, la relation avec ces organismes reste en deçà des aspirations, sur les plans du style et de la vision. Hormis la revendication de constitutionnalisation de la langue amazighe et l’adoption de l’alphabet Tifinagh par certains partis et associations, les autres points du cahier revendicatif restent en suspens, y compris le dossier de l’intégration totale de l’amazigh dans le système éducatif et de manière obligatoire à tous les Marocains et cette violence morale exercée contre les non arabophones dans les administrations et les tribunaux du pays.

Où en êtes-vous avec la lutte et le plaidoyer en faveur des noms amazighs?

Le dossier reste ouvert. Cette année encore l’administration a rejeté plusieurs noms amazighs à Tahla, Boufekrane, Créteil en France, Meknès, et nous espérons à cette occasion que le nouvel historiographe du Royaume assume ses responsabilités en la matière, étant donné son statut de membre permanent dans la Haute commission de l’état civil.

Vous appelez à la constitutionnalisation de la langue amazighe. Que faites-vous pour dynamiser ce dossier ? 

Il existe plusieurs parcours pour dynamiser la revendication de constitutionnalisation de la langue amazighe, dont la poursuite du plaidoyer auprès des divers partis politiques et associations civiles. Nous allons saisir la tenue de la commission chargée de l’élimination de toutes les formes de discrimination prévue en début de l’année 2010 pour évaluer les rapports gouvernementaux, l’objectif étant de réhabiliter notre identité avec en tête, bien sûr, l’officialisation de la langue amazighe dans une constitution démocratique aux niveaux de la forme et du fond.  

Propos recueillis par Rachida Alami
Mercredi 16 Décembre 2009

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