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Afrique : les racines de liberté économique




S’il est vrai que les Africains possèdent un sens de la communauté plus aigu que la plupart des cultures occidentales, le concept d’individualité est bien présent en Afrique. Selon un proverbe fanti «La vie est ce que tu (l’individu) en fais ». Dans l’expression africaine « je suis parce que nous sommes », dans laquelle le « nous » représente la communauté, le « je » est bien là. L’homme est un animal social, au sens où chacun a besoin de la communauté. Social, mais pas « socialiste» au sens premier du terme.
Cette distinction est importante puisque l’Afrique est souvent représentée comme étant naturellement « socialiste » : pas de propriété privée, ni de marchés libres, ni de liberté intellectuelle et politique. Les système indigènes africains ne sont pas caractérisés par cela et ne peuvent donc être classifiés comme étant du « socialisme ». La répression économique, politique et intellectuelle tout autant que le contrôle centralisé n’ont jamais fait partie de la tradition indigène africaine. D’ailleurs les dirigeants traditionnels africains n’auraient jamais pu établir une économie socialiste contrôlée par l’État s’il l’avait voulu puisque la logistique des mécanismes et mesures pour le contrôle de l’économie n’était pas développée. De nombreux dirigeants nationalistes africains ont fait une mauvaise lecture de leurs propres systèmes économiques indigènes ou alors les ignoraient. Julius Nyerere, l’ancien président de Tanzanie, notait le communalisme des paysans africains : ressources et travail mis en commun. Comme on le trouve… dans les campagnes américaines ! Ces pratiques communautaires ne signifient pas « socialisme ». L’erreur de Nyerere a été de le croire et d’instaurer son socialisme – l’Ujamaa. En effet, le sens de communauté des Africains ne dépassait pas les liens du sang ou du voisinage. Cette incapacité des leaders nationalistes africains à distinguer le « communalisme » du « socialisme » les a poussés à adopter une idéologie qu’ils pensaient à tort justifiée par les traditions africaines. Le résultat a été une comédie d’erreurs après les indépendances lorsqu’ils copièrent un système qu’ils ne comprenaient pas pour le greffer sur un système indigène qu’ils ne comprenaient pas mieux. D’où les conséquences dévastatrices.
Chez les analystes occidentaux on trouve aussi une mythologie très répandue à propos de l’héritage indigène africain. Les affirmations sur « la propriété communale des moyens de production » en Afrique ont sans doute le plus induit en erreur. Il n’y a pas de « propriété communale » du bétail ou de la terre. Les forêts, les rivières, les lacs et l’océan étaient destinés à un usage commun. Une communauté pouvait réserver une terre pour le pâturage. En général cependant la terre était appropriée de manière privée – contrôlées par les lignages familiaux : dans l’Afrique traditionnelle, la personne qui s’établit la première sur une terre inoccupée devient le propriétaire. Et ce dernier peut passer la terre à ses descendants, qui le peuvent eux aussi. Les rois et chefs peuvent régner sur la terre « royale » ou la « terre du tabouret», mais elle ne leur appartient pas en propre. Le mythe de la propriété communale de la terre a pu émerger d’une confusion : lorsque les colons européens demandaient à qui appartenait une terre, les Africains pouvaient répondre : « Elle nous appartient ». Ce « nous » ne désignait que la famille, mais les Européens l’ont sans doute interprété de manière beaucoup plus large : le village ou la tribu. D’où le concept de « propriété communale de la terre ». En outre, dans l’Afrique indigène, tous les moyens de production étaient détenus de manière privée. Les facteurs de production étaient détenus par les paysans, pas par leurs chefs ou l’État. Les huttes, les lances et les outils agricoles étaient propriété privée. La motivation du profit était présente dans la plupart des transactions de marché. La libre entreprise et le libre échange étaient la règle dans l’Afrique indigène. Les originaires vaquaient à leurs activités économiques librement, de leur propre initiative. Ils ne faisaient pas la queue devant la hutte du chef pour une demande de permis avant de s’engager dans une activité. La femme africaine produisant semoule, kenkey ou garri, les pêcheurs, les tisseurs de kente au Ghana, les sculpteurs Yoruba, les orfèvres, tous les artisans, tous choisissaient que et combien produire. Ils étaient des entrepreneurs libres. De même que les marchands africains qui voyageaient sur de longues distances pour acheter et revendre des marchandises.
Pendant des siècles les Africains ont vendu les marchandises et le produit de leur travail sur les marchés ouverts et libres des villages. Les chefs africains ne les harcelaient pas, n’imposaient pas de ridicules contrôles des prix, ne fixaient pas les salaires : les Africains négocient les prix ! Les chefs ne monopolisaient pas l’économie tribale, n’opéraient pas d’«entreprise tribale ». Les marchés indigènes africains ont toujours été ouverts aux étrangers. Les marchands nigérians sont bienvenus et se retrouvent virtuellement partout sur tous les marchés de l’Afrique de l’Ouest.
De même que les Européens jusqu’à ce qu’ils ne fassent usage de leurs fusils pour abuser de l’hospitalité africaine. Le libre-échange et la libre entreprise étaient véritablement la règle en Afrique indigène. Une histoire à méditer aujourd’hui…

* Economiste ghanéen, auteur de nombreux ouvrages
sur l’Afrique et président de la Free Africa Foundation.
Articles publiés en collaboration avec www.unmondelibre.org

Par George Ayittey
Samedi 24 Octobre 2009

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