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Afrique du Sud: ils risquent leur vie pour quelques diamants




Afrique du Sud: ils risquent leur vie pour quelques diamants
La mine de diamants a officiellement fermé depuis que le groupe De Beers a quitté Komaggas, mais des centaines de prospecteurs clandestins ont investi les lieux pour récupérer quelques gemmes. Au péril de leur vie.
Les mineurs clandestins s'assemblent le soir, par petits groupes, attendant la nuit pour descendre dans la mine désaffectée. Oubliant que dix de leurs camarades y sont morts dans un glissement de terrain en mai.
"Plus de 60% de la population active est occupée dans le trafic de diamants illégaux", estime Andy Pienaar, du bureau d'aide sociale de cette bourgade du Namaqualand, une région quasi-désertique du coin nord-ouest de l'Afrique du Sud.
"Nous ne parlons pas ici de grosses sommes, nous parlons juste de survie", ajoute-t-il.
A l'écart des grands axes, les petites maisons de Komaggas qui s'alignent le long de pistes poussiéreuses sont plutôt modestes. La plupart des habitants touchent l'aide sociale, depuis que De Beers est parti en 2008.
Autrefois, le géant De Beers était le premier employeur de cette région aride, dont les gisements s'étendaient le long de l'océan Atlantique jusqu'à la frontière namibienne. Il avait construit des villes, des écoles et un terrain de golf pour ses 3.000 employés. Mais De Beers a cessé l'exploitation.
Un acheteur local, qui creuse aussi avec quelques partenaires avec lesquels il partage les bénéfices, estime qu'il a gagné environ 400.000 rands (40.000 euros) depuis qu'il s'est lancé dans le commerce illicite des diamants il y a trois ans.
"Ca a complètement changé ma vie, je ne dois plus chercher du travail. Avant, je devais aller au Cap ou à Johannesburg pour trouver du boulot. Mais je n'en ai plus besoin, j'ai un emploi!", explique-t-il a l'AFP.
"Je ne suis pas un homme riche, mais je ne peux nourrir ma famille chaque mois."
Avec d'immenses réserves, le secteur minier représente près de 20% du PIB sud-africain. Si l'exploitation clandestine n'en représente qu'une infime fraction, son chiffre d'affaires était tout de même estimé selon la dernière indication connue à 5 milliards de rands (500 millions d'euros) en 2008.
C'est l'exploitation irrégulière de mines d'or désaffectées qui attire le plus de prospecteurs, mais fait aussi le plus de victimes.
Au Namaqualand, l'effondrement des tunnels creusés dans des sous-sols sablonneux transforme régulièrement les anciennes mines de diamants en cimetières.
"L'une de nos plus grandes préoccupations est le problème de sécurité lié à l'exploitation illégale des diamants", constate Innocent Mabusela, le porte-parole de De Beers, qui est toujours propriétaire de la mine de Komaggas, avant sa vente prochaine à une plus petite entreprise qui en extraira les dernières gemmes.
"Nous aimerions voir un durcissement des sanctions", ajoute-t-il.
Les mineurs clandestins du Namaqualand ne risquent qu'une amende de 300 rands (30 euros) pour violation de domicile s'ils sont pris. L'un d'entre eux a un truc, au cas où la police surviendrait. Il cache dans sa bouche, à l'intérieur de sa joue, un petit sachet rempli de diamants, prêt à l'avaler à la première alerte.
"C'est mon coffre-fort", plaisante-t-il.
Il n'y a d'ailleurs pas que la police qu'il faut craindre.
"Si quelqu'un sait que vous avez des diamants, il pourrait vous suivre et tenter de s'en emparer. Si vous résistez, vous pouvez être tué. (...) C'est très dangereux, vous pouvez être assassiné!", témoigne une acheteuse qui ne veut être connue que sous le nom de Risa.
Le commerce des diamants est encadré en Afrique du Sud, mais il est relativement facile d'écouler des pierres au marché noir.
Au-delà des "millions" tirés de la prospection illégale que l'on évoque ici et là, les habitants de Komaggas, des métis, ont aussi le sentiment que cette terre leur appartient, qu'elle leur a été confisquée quand les prospecteurs blancs sont arrivés dans les années 1920. Avec les richesses de son sous-sol.
Ils entendent désormais lancer une procédure de restitution.
"De Beers occupe notre terre et doit nous la rendre", juge Andy Pienaar.
"Nous ne voulons plus être esclaves sur notre propre terre. Nous ne voulons pas être seulement des employés, nous voulons être des propriétaires. Nous voulons prendre part au processus de décision", explique-t-il.

AFP
Mercredi 5 Septembre 2012

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