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Afrique : aller à l’école n’est pas synonyme d’apprentissage




Afrique : aller à l’école n’est pas synonyme d’apprentissage
La seconde cible des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), approuvés en 2000 par les dirigeants mondiaux, et qui arrivera à échéance l’année prochaine, est de « faire en sorte que d’ici 2015, tous les enfants, garçons et filles puissent achever leur cycle complet d’enseignement primaire». Alors, où nous en sommes aujourd’hui ?
Selon la propre évaluation de l’Organisation des Nations Unies : « de 2000 à 2011, le taux de scolarisation est passé de 83% à 90%, et le nombre d’enfants non scolarisés a chuté de près de la moitié de 102 millions en 2000 à 57 millions en 2011 ».
Impressionnant ? Oui, les chiffres sont impressionnants, mais l’éducation ne l’est pas.
Bien évidemment, l’éducation - qui doit aboutir à la formation et l’acquisition de compétences pour qu’un individu soit utile à sa société - est peut-être l’ingrédient le plus important pour le développement économique. Dans les économies du savoir d’aujourd’hui, le progrès économique dépend essentiellement du capital humain ; de la créativité, et des nouvelles industries qu’ils créent. Depuis 2000, les pays pauvres ont travaillé dur pour atteindre les OMD, et nombreux sont ceux qui ont proclamé un accès universel à l’éducation primaire pour tous les enfants en âge de scolarisation. Comme le révèle l’évaluation de l’ONU, il y a quelques « chiffres impressionnants » pour le corroborer, notamment l’augmentation du nombre d’enfants scolarisés. Mais ces « chiffres » certes impressionnants concernent uniquement la quantité. Peu sinon rien n’a été fait pour améliorer la qualité de l’éducation. Cela met en péril toute la success story de « l’accès à l’éducation ».
Un nouveau rapport de l’UNESCO met en lumière « une crise globale de l’apprentissage ». Un jeune sur quatre, révèle le rapport, sont incapables de lire une phrase et même 250 millions d’enfants allant à l’école n’apprennent pas les bases en lecture et en mathématiques, alors même que la moitié d’entre eux a déjà été scolarisée quatre années. En Afrique sub-saharienne, note le rapport, parmi les plus pauvres, seulement un enfant sur cinq atteint la fin du cycle primaire en ayant appris les rudiments de la lecture et des mathématiques.
Cette pandémie de l’éducation de médiocre qualité, a coûté, selon les estimations du rapport, 129 milliards de dollars aux gouvernements. En d’autres termes, un grand nombre d’investissements dans «l’éducation primaire pour tous» n’a pas été productif et a même été contreproductif, coûtant des milliards de dollars sans retour apparent.
«L’accès n’est pas le seul problème – la mauvaise qualité freine l’apprentissage, même pour ceux qui vont à l’école », indique la préface du rapport. Même si les pays font toujours face à une crise de l’accès à l’éducation, les enfants scolarisés n’apprennent pas beaucoup. Il ne reste désormais que 17 millions d’enfants non scolarisés sur le continent Africain ce qui représente 22 % de toute la population en âge de scolarisation au primaire.
Alors que l’éducation est certainement primordiale pour le succès économique d’un pays, il faut retenir un élément important : les objectifs ou les chiffres aussi impressionnants soient-ils peuvent être de piètre valeur. La valeur de l’éducation ne réside ni dans le taux de scolarisation, ni dans le nombre d’inscrits, mais plutôt dans ce que les élèves apprennent et comment ils utilisent ensuite ces connaissance. Il n’y a aucun intérêt  à se focaliser sur  la seule augmentation du nombre d’inscrits.
A l’origine de cette crise, se trouvent des échecs dans deux domaines stratégiques qui conditionnent la qualité de l’éducation : les enseignants et les infrastructures.
Primo, les nouveaux flux d’étudiants dans les écoles n’ont pas été anticipés. Le nombre de classe est resté inchangé et il n’y a eu aucun investissement dans la modernisation des équipements. 
Au contraire, les élèves  ont « inondé » les écoles existantes, ce qui a rendu toute éducation de qualité presque impossible. Le rapport note que « en Afrique subsaharienne, le recrutement des enseignants n’a pas été proportionnel au nombre d’inscrits. Ainsi, le taux a stagné et est désormais les plus élevés dans le monde aux niveaux pré-primaire et primaire. Sur les 162 pays disposant de données en 2011, 26 avaient un ratio (élève/enseignant) dans l’enseignement primaire supérieur à 1 enseignant pour 40 élèves, dont 23 se trouvent en Afrique sub-saharienne ». Dans certains pays comme le Malawi, les classes sont surchargées à hauteur de 130 élèves par classe. La Tanzanie par exemple, selon les estimations de la Banque mondiale, a déjà atteint la deuxième cible des OMD. Mais, le rapport note que seulement 3,5% des étudiants tanzaniens avaient « l’usage exclusif d’un manuel de lecture ». Au Tchad, seul un quart des écoles a des toilettes.
Secundo, une éducation de qualité ne peut émerger qu’avec des enseignants de qualité. Cela signifie que les enseignants, sans une formation de qualité, un meilleur salaire et une connaissance des bases de la technologie moderne, seront incapables d’améliorer la qualité de l’éducation et de former la prochaine génération d’innovateurs. Le rapport estime qu’il y a un besoin urgent de recruter 5,2 millions d’enseignants supplémentaires « bien formés » pour l’année prochaine, si l’on veut inverser la tendance. La plupart des enseignants qui ont été recrutés dans le passé étaient «sans formation». Les systèmes d’éducation dans la plupart des pays, conçus dans les années 1950, sont dépassés et doivent être réformés pour répondre aux exigences actuelles du marché de l’emploi.
Maintenant que les enfants sont à l’école, l’objectif est de faire en sorte qu’ils apprennent bien et qu’ils aillent jusqu’au bout de leur cursus. L’école primaire ne suffit ni pour préparer les étudiants à l’avenir ni pour en faire des innovateurs économiques dont l’Afrique a tant besoin.
 
* Analyste pour Libre Afrique
 

Par Obadias Ndaba
Jeudi 1 Mai 2014

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