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Afghanistan : le retour de manivelle




Afghanistan : le retour de manivelle
Il y a 30 ans, le 26 décembre 1979, l’Union soviétique intervenait en Afghanistan provoquant la réprobation et l’irritation du monde occidental. Dix ans plus tard, en février 1989,  l’Occident assistait triomphant au retrait des forces de Moscou. Aujourd’hui, ceux qui fulminaient contre l’intervention de l’URSS donneraient cher pour voir les forces russes retourner en Afghanistan. Le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, n’a-t-il pas été récemment demander aux dirigeants russes de participer aux «efforts déployés par la communauté internationale pour stabiliser l’Afghanistan»?  
Le retrait sans gloire des forces démoralisées de l’Union soviétique de l’Afghanistan a été considéré comme la plus sensationnelle victoire remportée par les Etats-Unis durant la période de la guerre froide.       
Au QG de la CIA, le directeur William Webster et son “Afghan Team” jubilaient au succès éclatant de la plus longue et de la plus importante opération jamais entreprise par l’agence. La plus coûteuse aussi. La CIA a dû débloquer plusieurs milliards de dollars pour financer la résistance anti-communiste menée par  la rébellion musulmane.
Pour George Bush, le président américain d’alors, le retrait soviétique était un tournant dans les relations  américano-soviétiques. Les USA étaient alors certains qu’ils pouvaient désormais renverser l’influence soviétique n’importe où dans le monde.
Douze ans plus tard, c’est la grande onde de choc. Le retour de la manivelle. Les rebelles afghans, qui avaient donné aux USA leur plus belle victoire sur le communisme, allaient leur infliger le coup le plus dur de leur histoire. C’est la funeste journée du 11 septembre. Une journée de terreur et d’effroi. Ceux que l’Amérique avait formés et armés pour lutter contre les Soviétiques se retournaient contre elle.
Après cette attaque spectaculaire, les USA n’avaient d’autre choix que de lancer leurs troupes à l’assaut de l’Afghanistan. Entraînant avec eux leurs alliés occidentaux. Voici déjà huit ans qu’ils y sont. Sans grand succès. Et l’on est loin d’entrevoir une issue. Bien au contraire, la situation empire. Les forces alliées s’enlisent. Barak Obama vient de décider l’envoi d’un renfort consistant de 30.000 hommes. Coût de l’opération : 30 milliards de dollars. Bientôt il y aura en Afghanistan beaucoup plus de forces étrangères qu’il y en a eu durant l’intervention soviétique. Obama mérite bien son Prix Nobel. Il a surpassé Brejnev…
Le président américain estime qu’avec un tel contingent, la situation sera pacifiée d’ici 18 mois et que les troupes US pourront amorcer leur retrait de ce pays. Difficile de le croire. Les présidents américains n’ont pas toujours été très perspicaces sur le sort des guerres qu’ils entreprenaient. Que l’on se souvienne de «la guerre est finie» lancé triomphalement par George W. Bush début mai 2003 à Bagdad. C’est à partir de ce moment-là que les soldats américains ont commencé à tomber. Il y eut 486 morts cette année-là. Presque le double (849) l’année suivante. Il y en aura autant les années d’après avec un « pic » de 904 tués en 2007. C’est l’hécatombe. Le bilan total des soldats américains tués en Irak s’élève jusqu’à présent (23 décembre) à 4371.  Bush avait raison. La guerre est bien finie… pour ceux qui sont morts !
Qu’en sera-t-il de l’Afghanistan, cette citadelle qu’aucune force étrangère n’a jamais pu soumettre ? La guerre dans ce pays semble en voie d’exportation. Elle s’est déjà installée sur le territoire des USA. Des soldats américains sont tués sur le sol de leur pays avant même d’avoir touché le sol afghan, comme cela a été le cas dans le carnage perpétré par le commandant et médecin de l'armée américaine Nidal Hasan dans la caserne de Fort Hood, au Texas, le 5 novembre dernier.
Elle se répercute aussi sur le Pakistan voisin. Ce pays qui s’est saigné (dans le sens économique) pour la victoire de la rébellion afghane durant l’intervention soviétique, saigne aujourd’hui à cause d’elle. Au sens propre du terme… Et il risque de devenir un second Afghan. Un second Afghan disposant de la bombe atomique. La grande hantise du monde occidental…
L’écroulement du bloc socialiste, si fièrement salué par l’Occident, ne lui a pas vraiment porté chance. Si l’hégémonie des USA est bien assise en Europe de l’Ouest et s’installe dans les anciennes républiques de l’Est, elle semble encore plus  rejetée que par le passé dans le reste du monde. Le bourbier d’Irak, les attaques intervenues dans le Golfe d’Aden, les déboires essuyés en Somalie, les sanglants attentats perpétrés contre les intérêts américains ailleurs en Afrique (Kenya et Tanzanie notamment), le raidissement de la Corée du Nord, la nucléarisation de l’Iran, la radicalisation des pays d’Amérique latine qui clament haut et fort une volonté d'indépendance vis-à-vis des Etats-Unis sont autant d’exemples éclatants du rejet de la suprématie américaine dans le monde.  
Les réjouissances auxquelles on vient d’assister récemment à l’occasion du 20e anniversaire de l’écroulement du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, ne doivent pas faire oublier le fait que c’est pratiquement à partir de cette date que l’Occident est devenu la cible des attentats terroristes les plus meurtriers que le monde ait jamais connus. New-York, bien sûr, mais également Paris, Madrid, Londres, Tokyo ont été lourdement touchées.  
La lutte contre l’hégémonie américaine est menée avec tous les moyens possibles, allant des attentats suicide au… lancer de chaussures. Les menaces terroristes sont omniprésentes. La CIA doit débourser des milliards et des milliards pour contrer les menaces terroristes de ses anciens protégés d’Afghanistan. Nul doute que les retournements qu’a connus l’Afghanistan tout au long de ces 30 dernières années se feront sentir pendant longtemps encore.
D’aucuns s’évertuent à comparer les interventions soviétique et américaine en Afghanistan, à chercher les différences et les similitudes. Il y en a certainement. La 22e Olympiade se tenait à Moscou sept mois après l’intervention de l’URSS en Afghanistan. Ces jeux furent boycottés par une cinquantaine de pays, dont les USA et tous les pays de l’Europe occidentale. Les prochains jeux olympiques se tiendront à Londres. Faudra-t-il les boycotter si d’ici là la Grande-Bretagne ne retirait pas ses troupes d’Afghanistan qui mérite bien sa réputation de citadelle inexpugnable.
Les enseignements à tirer de la question afghane sont aussi fort nombreux. Nous en retiendrons un en particulier : l’hypocrisie du monde occidental.  
Le retrait soviétique a été suivi, très peu de temps après, par l’écroulement de l’URSS et de l’ensemble du bloc socialiste. Que nous réserve le retrait, tôt ou tard, de la coalition américano-occidentale?

Abdallah El Messin
Samedi 26 Décembre 2009

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