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Affaire Karachi : Villepin encore entendu comme témoin




L'ancien Premier ministre français Dominique de Villepin a été entendu lundi pour la deuxième fois comme témoin par les juges enquêtant sur une possible affaire de corruption en marge de contrats d'armement et de l'élection présidentielle de 1995.Il est arrivé en voiture et est reparti de la même manière plusieurs heures plus tard, évitant les journalistes présents devant le pôle financier, a constaté Reuters. Cette affaire menace la majorité à moins de quatre mois du premier tour de l'élection présidentielle de 2012. Une demande d'annulation de procédure pour supposées irrégularités, accompagnée d'une requête visant à suspendre l'enquête, a été déposée par les principaux protagonistes mais, selon des sources judiciaires, elle a peu de chances d'aboutir.
Dominique de Villepin a décidé de se présenter à la présidentielle, au grand dam de Nicolas Sarkozy, auquel l'oppose un contentieux personnel, notamment depuis les deux procès de l'affaire Clearstream. Les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire sont sur la piste d'un possible détournement de commissions légales convenues en marge de la vente de sous-marins au Pakistan (84 millions d'euros) et de frégates à l'Arabie Saoudite (200 millions d'euros) dans les années 1990. L'enquête portait initialement sur une possible utilisation de l'argent des contrats pour le financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, dont Nicolas Sarkozy était le porte-parole en 1995, mais de nouveaux faits apparus récemment dans le dossier ont ouvert une piste portant sur des réseaux proches de l'ancien président Jacques Chirac. Un lien est envisagé entre la corruption éventuelle sur les sous-marins et l'attentat de Karachi de mai 2002 qui tua onze Français travaillant sur les sous-marins. Dominique de Villepin, ancien secrétaire général de l'Elysée (1995-2002) et ex-Premier ministre (2005-2007), a déjà été interrogé par les magistrats fin 2010.
A l'époque, il avait expliqué que le versement des commissions en marge des marchés d'armement avait été interrompu sur ordre de Jacques Chirac après son élection en 1995, en raison des soupçons portant sur son concurrent Edouard Balladur.
Villepin faisait état alors d'une volonté de "moralisation" de la vie publique de la part de Jacques Chirac, élément qu'il a répété dimanche sur Canal+.
Des éléments nouveaux apparus récemment laissent penser que le récit de Dominique de Villepin sur l'arrêt des paiements pourrait être faux et que l'argent pourrait avoir en fait été dérivé vers de supposés "réseaux Chirac" après l'accession du maire de Paris à l'Elysée. Le parquet a accepté d'étendre l'enquête à ces faits dernièrement. Dominique de Villepin s'est refusé dimanche à dire si, selon lui, Nicolas Sarkozy était au courant des versements frauduleux. "C'est aux juges de le dire, il y a un certain nombre de ses proches qui sont aujourd'hui mis en cause, ce n'est pas à moi de dire ces choses-là, c'est à la justice française", a-t-il dit.
Deux proches de Nicolas Sarkozy, Nicolas Bazire - ex-directeur de campagne d'Edouard Balladur - et Thierry Gaubert sont déjà mis en examen dans ce dossier, ainsi que Ziad Takieddine, intermédiaire dans les deux contrats. Un premier élu, l'ancien ministre UMP Renaud Donnedieu de Vabres, a été mis en examen aussi à la mi-décembre.
Le nom de Nicolas Sarkozy figure en procédure dans un rapport de police luxembourgeois relatif à la création de structures "offshore" au Luxembourg ayant accueilli l'argent. Un témoin a laissé penser en décembre qu'il avait forcément donné son accord, ce que le chef de l'Etat nie. Nicolas Bazire a sollicité la suspension et l'annulation de l'instruction au motif que, selon lui, les faits seraient prescrits, que le juge Van Ruymbeke a outrepassé ses pouvoirs au début de la procédure en enquêtant hors de sa saisine, et qu'il ne serait pas possible de réexaminer des comptes de campagne Balladur validés par le Conseil constitutionnel. Cette requête, classique dans les dossiers financiers, ne devrait pas être examinée avant l'été prochain.

REUTERS
Mardi 10 Janvier 2012

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