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Adieu mon ami et frère Si Abdellah Lachgar* qui a formé tant d'inspecteurs de l'enseignement du primaire et du secondaire


« Les morts sont des invisibles, non des absents »
Victor Hugo



 
 
L’information funèbre m’est arrivée avec un jour de retard par un ami commun lui aussi bien fatigué. J’ai téléphoné à plusieurs amis et ex collègues et la confirmation arrive sans équivoque en pareil cas. Je me suis vu dès lors, vite plongé dans une profonde et longue affliction, tenace et inconsolable. Le visage souriant de l’ami perdu, si Abdellah est là insistant, sympathique, souriant jamais courroucé. La Tristesse me bloque l’esprit, l’assèche, et empêche mes larmes apaisantes de sortir. Les épreuves, la douleur, la souffrance ne consultent personne, elles sont là subitement obsédantes mais humaines.
La vie que nous menons est absurde et son pendant nécessaire, la mort brusque est toujours aveugle. Les trépas nous frappent, aujourd’hui dans la vie dite moderne en ville, de plus en plus au hasard et nous privent souvent sans préavis de ceux que nous chérissons le plus. La cité, elle, banalise la mort.
 Nous voyons des tentes dans les rues voisines, signe urbain de la mort, et nous passons apathiques. Nos arrières parents et nos parents nous ont quitté bien vieux et entourés des leurs et gens du village. Ils ne connaissaient pas les pollutions, les accidents des routes, les cancers, l’hypertension le stresse.
A Rabat au centre national de formation des inspecteurs de l’enseignement (CNFIE) nous avons perdu des étudiants à peine affectés, et des collègues chers avant même l’âge légal de la retraite et de repos. Le défunt Si Abdellah m’avait dit au cimetière des Martyrs à propos de l’un d’eux « la vie n’a pas de sens, hier notre collègue était en réunion avec nous sur terre, moins de 24 heures après le voilà sous terre alors qu’il est encore en pleine force de l’âge». C’est là l’un des souvenirs fort d’empathie que je garde de toi mon ami et Si Abdellah mais j’en ai d’autres.
  Les souvenirs sont agréables à revivre c’est un refuge où l’on retrouve les ami(e)s qui ne sont plus là. Je revois Si Abdellah jeune formateur dans le cycle de formation des enseignants des CPR (1982). Il était dans l a trentaine un peu maigre mais alerte, gai, modeste, souriant et au service des autres. Son cours sur le système éducatif marocain et de notre Ecole était clair, et déjà chargé de critiques ciblées.
 Depuis lors pour plus de trois décennies Si Abdellah est devenu pour moi un collègue, un ami, un frère. Il a relu et corrigé le manuscrit de mon travail à l’ULB malgré ses lourdes charges administratives, ce qui m’a valu les félicitations du sévère jury belge. Au début des années 90 nous sommes tous les deux affectés au CNFIE. Son cours magistral et ses travaux axés surtout sur l’inspection et la supervision pédagogiques étaient appréciés des inspecteurs du Primaire et du Secondaire de toutes les disciplines.
 Il est respecté de tous les étudiants du CNFIE ils étaient des centaines venus de tous les coins du pays Si Abdellah a connu des ennuis sanitaires graves dus aux surmenages au travail et les stresses de la vie. Ce qui nous a tous attristé au CNFIE. Comme la plupart de ses collègues J’étais voir si Abdellah alité à la clinique quelques fleurs et revues en main pour lui. Il était blême, affaibli mais souriant et il m’a dit «Si Mohmmad Oul inou iska aghe hili itslalk imik simik» : mon pauvre cœur n’est pas en bien forme peine. Quelques jour plus tard, j’étais allé le voir à la maison avec deux collègues qui lui sont très proches. Si Abdellah encore faible nous a accueillis, gai, plaisantant, sympathique et courageux comme toujours…
Il était en compagnie de son épouse, charmante et grande journaliste bien connue au pays et ailleurs. Je revois encore ce couple fort et uni devant l’adversité de la vie et la précarité chronique de la santé de Si Abdellah….  
En 2005 nous sommes partis en retraite moi, vieux, en retraite à terme. Et lui bien plus jeune part en retraite anticipée après bien des années de services et sacrifices au MEN et surtout au CNFIE.  Si Abdellah était d’abord enseignant au CNFIE et ensuite directeur adjoint pour un bon moment.
Ainsi il a eu le loisir de connaitre les étudiants et rouages administratifs au du centre et du ministère. Il est enfin officiellement investi directeur du
CFIE au début des années 2000. Il a hérité d’une institution importante, responsable de la formation des inspecteurs, cadres nécessaires au bon fonctionnement système éducatif marocain. Mais à l’époque le MEN n’octroyait plus de postes budgétaires pour les inspecteurs d’enseignement.
La formation au CNFIE s’est poursuivie mais au ralenti pour une décennie. SI Lachgar Abdellah s’est engagé dans ce tunnel. Il s’est ainsi vu responsable d’un corps enseignant sans étudiants, d’un staff administratif sans administrés, un grand établissement à entretenir. Il s’est investi, corps,
âme, esprit et cœur à fond sans se ménager, souriant toujours.
Les conséquences néfastes pour sa santé n’ont pas tardé à se manifester (accidents cardiovasculaires très graves et maintes hospitalisations). Malgré cela il continue à travailler à maintenir le CNFIE en activité autant que possible.
Si Abdllah a organisé une multitude de séminaires sur les sujets pertinents en Education (Analyse de la charte nationale de l’Education, critique de la défunte pédagogie par objectifs PPO des années 70-80 étude de la nouvelle pédagogie par compétences PPC, enseignement de l’informatique, formation continue, formation d’inspecteurs de l’enseignement professionnel, formation des inspecteurs langue amazighe. Coopération avec le centre international de l’éducation de Paris et de l’école nationale des cadres du MEN français de Poitiers et bien d’autres).
A l’époque la PPO d’obédience nord-américaine est remplacée par la PPC européenne. Les manitous du MEN imposent alors la PPC à tous les niveaux et dans les manuels et les besoins en formation s’imposent. Si Abdellah participait en collègue dans les travaux et il a fait venir les spécialistes de la pédagogie par compétences PPC du Maroc, de France et Belgique. Ainsi Si Lachgar a pu partager avec nous les enseignants de grands moments de joie : lors des ouvertures et clôtures de grands séminaires en présence parfois des grands Responsables.
Dans toutes les circonstances difficiles ou faciles, les relations de Si Lachgar directeur avec les enseignants sont toujours teintées de respect. J’ai participé à une multitude de réunions qu’il a dirigées. Il a l’habitude de nous saluer tous, un à un aussi nombreux que nous soyons. Il écoute tout le monde et prend note de l’intervention de chacun dans un gros cahier qu’il a toujours avec lui. Il dirige les réunions avec impartialité et essaie de comprendre tout un chacun et les divers avis. Il n’a jamais eu un éclat de voix et se considère non le directeur mais un membre de la réunion, non le chef.
Il est inlassablement souriant mais ferme dans ses décisions en faveur des étudiants. Sympathie et empathie avec toutes et tous. Il se met à la place des autres et en particulier à la place des étudiants inspecteurs et vit leurs soucis et problèmes. Il n’oublie pas que ce sont non les jeunes étudiants de l’Université mais des parents et responsables de famille. Si lachgar est d’abord pour eux un prof, un collègue avant d’être directeur, modeste et respectueux des uns et autres.
 Les étudiants n’hésitent pas à le côtoyer dans la cour, couloirs, bibliothèque et lui poser leurs soucis.  Aux dires du personnel de l’administration, Si Lachgar n’a jamais fait du mal au petit ou grand. Lors des conflits de personnes il essaie de comprendre. il écoute les uns et les autres. Il cherche des solutions qui ne font du mal à personne tout en étant justes. J’ai été témoin et participant à une réunion de résolution positive de conflit dans ce genre gérée par Si Lachgar et j’en garde le souvenir d’impartialité.
Je voudrais évoquer son image que nous avons tous, nous ses amis et proches dans notre esprit.
Si Lachgar Abdellah collègue au CFIE était toujours bien habillé de façon simple assortie et élégante. Ceci aux dires surtout de bien de ses collègues femmes ce qu’elles n’ont jamais dit de moi pour sûr. Mais tous les deux Si Lachgar et moi nous sommes maigrichons et blanc de teint comme tous les gens originaires des monts des Atlas. Les habitants des plaines nous appellent gentiment les (Iboudraren). Cela signifie femmes et hommes chétifs, parcimonieux, économes, laborieux et notre défunt l’était.
Nous sommes ce que nous sommes par hérédité, la famille, l’éducation, culture et les vécus de la vie. La personnalité morale de SI Abdellah est unique, digne, sincère, sensible, attachante, et rayonnante. De par sa formation( Maroc, Canada) a une personnalité intellectuelle brillante est ouverte. En plus de sa langue maternelle amazighe, il maîtrise parfaitement l’arabe et le français, ce qui me manque (Amazigh, je suis captif de la langue française depuis mes premiers pas à l’Ecole il y a plus de 60 ans). Pour ma génération, passée, tout était axé sur l’Europe proche : langue et culture (français, espagnol) Pour la génération actuelle elle est toute axée sur la langue et la culture de l’Orient arabe si lointain.
 On est abasourdi lorsqu’on entend certains de nos hauts responsables formés dans notre école publique marocaine essayer de parler en français. Ils peinent, ils souffrent, se trompent ils sont alors lamentables à écouter et voir. Si Lachgar lui parlait très bien le français de façon claire et limpide sans accent et sans erreur. Et il représentait avec honneur certain le CFIE lors des réunions multiples avec la coopération française en tant que directeur.  
En guise de conclusion :  Feu si Lachgar Abdellah avait de grandes qualités humaines, devenues denrées rares de nos jours. C’était un homme courtois, civilisé, très poli en toutes situations et qui utilisait un discours adéquat. Comme il maîtrise parfaitement l’arabe et la culture arabe son langage arabe dialectal est raffiné. Il trouve les mots pour dire tout ce qu’il veut et s’oppose ainsi à ses interlocuteurs sans les offenser. Ses arguments sont constamment bien étayés. Il ajoute toujours un sourire affectueux ce qui désarme.
 Il maîtrise aussi la langue française et sa culture en tire la rationalité et l’esprit cartésien qui est sien. Nous avons aussi admiré ses qualités morales élevées (transparence, impartialité générosité de cœur Sympathie et empathie avec toutes et tous en particuliers les étudiants)  Je dis à Madame Lachgar : perdre un compagnon de vie et un mari de la trempe du feu si Abdellah demande beaucoup de courage et d’abnégation. C’est un traumatisme qui s’incruste dans l’âme et un deuil lourd. Comme vous Madame nous avons tous perdu SI ABDELLAH mais nous avons aussi eu le plaisir de l’avoir connu des années durant.  Je dis à leur fille unique « pour ton père tu étais tout ici bas, il m’a souvent parlé de toi, il t ‘adorait ». Ton papa est parti alors que vous en aviez encore besoin toi et ta maman, c’est la volonté de Dieu. Lorsque je t’ai vu trois jours après le décès, je fus surpris par la ressemblance avec SI ABdellah je t’ai reconnu sans t’avoir jamais vu. Tu es la digne héritière et représentante de ton bien aimé père. Adieu ami et frère SI ABDELLAH Nous appartenons et à Dieu et nous lui retournons.
 

*Abdellah Lachgar Né en 1948, licence en arabe (Maroc) Maîtrise et PhD en Education (Canada)

Azergui Mohamed Pr univ retraité
Dimanche 2 Février 2014

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