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Adieu Chokri Belaïd


Un assassinat contre-révolutionnaire



Adieu  Chokri Belaïd
L'assassinat politique du militant de longue date Chokri Belid devrait pousser toute la classe politique à faire son bilan, à recenser ses erreurs et à faire son mea culpa, là où les erreurs sont évidentes. Des erreurs dont certaines sont à corriger là où c'est possible. A défaut, il faudrait avoir l'humilité de s'incliner devant la nécessité de placer la patrie au-dessus de tout narcissisme aveugle et de toute course démesurée vers le pouvoir, guidée par la logique de l'argent roi, en se retirant de la scène politique là où il n’y a pas lieu de corriger ses erreurs. La majorité de ceux qui se sont approprié la scène politique veulent à tout prix mettre une croix rouge sur les premières revendications de la révolte des jeunes régions déshéritées, ayant eu il y a deux ans, raison du déchu. Cette croix rouge par laquelle on a tué tout espoir à la dignité, à la liberté et à la justice, n’a pas laissé de choix à une bonne partie de la jeunesse cumulant les handicaps d’une précarité à la fois matérielle, sociale et culturelle, voire psychologique, autre, que celui de tomber dans le piège tendu par l’extrémisme.
Cet extrémisme qui a niché dans les milieux déshérités, livrés à l’abandon et victimes de l’indifférence des gouvernants du pays au cours des deux dernières années, s’avère assassin. Il a tué il y a trois mois. Il a tué hier (mercredi) et il continuera malheureusement de tuer tant que les adultes persistent à cracher haut et fort et sans état d’âme sur la jeunesse, en lui confisquant le droit à la dignité et en usant de la manipulation pour détourner son attention entamée dès le départ de Zaba engageant le pays dans la voie ultra-libérale. Une voie connue par sa vocation à déposséder les pays de leurs richesses, à se détourner du bien-être social et à produire des masses d’esclaves.
A quelques heures du coup fatal qui lui ôta la vie, Chokri Belid a encore mis l'accent sur une telle réalité. La Tunisie doit savoir tirer les leçons de cet assassinat ignoble qui a trouvé son terreau dans un choix de politiques inadéquates à la réalité socioéconomique du pays depuis deux ans. Ce dont le pays a besoin aujourd'hui pour éviter le bain de sang, c'est de puiser à fond dans l'énergie de ses vrais patriotes et de la force vive de sa jeunesse qui n’a ni dette matérielle ni dette morale à l’égard d’une quelconque force étrangère, qu’elle soit occidentale ou orientale. Le pays et le peuple ont déjà payé cher le prix du suivisme de tous ces acteurs qui ont succédé à la transition pendant deux ans. Que toutes les personnes qui ont déjà porté préjudice à la nation de par leurs dettes personnelles à l’égard des ennemis de la souveraineté tunisienne, se retirent de la scène!

Halte aux assassinats et
à la trahison  d’un peuple
et d’une nation!
Vu les analyses que nous avions présentées depuis le 14 janvier 2011 pour mettre en évidence les risques que font courir à la Tunisie les dérives observées dès le lendemain du départ de Zaba, je ne m’étais pas trop attardée sur le comment du pourquoi des causes de cet ignoble assassinat, dont certains aspects ont d'ailleurs été récemment soulignés par Chokri Belid lui-même. Donc, sans trop s'étaler sur le mal qui est en train de plonger le pays dans le bain de sang, il faut dire que ce n'est qu'en s'attaquant aux sources du mal que le Tunisien pourra trouver issue au marasme et éviter la guerre civile qui se profile à l'horizon. Tant que les acteurs politiques tunisiens restent en divorce avec la vision systémique, qui dit qu'il n’y a pas de solution à un problème donné sans revenir à la séquence de liens de causalité entre les faits qui s'y rapportent, tant que les dirigeants tunisiens ignorent l'aspect intergénérationnel dans la gestion du lendemain du 14 janvier, tant qu'ils continuent à s'aveugler sur le fossé structurel entre régions, tant qu'ils persistent à faire abstraction dans la résolution de la situation tunisienne des apports des sciences humaines en général et ceux découlant de l'école Palo Alto en particulier, la pression de la marmite ne fera qu'augmenter jusqu'à l'explosion qui risquerait d'emporter sur son passage la Tunisie, territoire et peuple, jeunes et moins jeunes, pauvres et riches, nantis et moins nantis.
Dans leur narcissisme, égocentrisme et course vers les sièges de la gloire et le pouvoir, les plus vieux ont déshérité la jeunesse en lui ôtant, sans état d'âme, tout droit de cité, au point que non seulement la brave jeunesse qui s’est exposée à la mort, a perdu tout droit à la justice après le massacre subi entre décembre 2010 et janvier 2011, mais les blessés et les familles des martyrs continuent de subir toutes sortes d’humiliation. La justice transitionnelle n’a jamais été à l’ordre du jour et en est toujours ainsi. Une marginalisation et un mépris des braves dont les prémices et les signes annonciateurs étaient déjà lisibles dès la chute de Zaba. Qui n'a pas constaté au lendemain de cette chute provoquée par la révolte des jeunes, la confiscation des plateaux télévisées par une foule de vedettes politiques et de figurants d’une société civile, dont les pieds de beaucoup ne pouvaient espérer fouler le sol tunisien si les braves martyrs, blessés et déshérités n'avaient eu le courage de s'exposer au feu des tireurs d’élite? Les jeunes étaient quasi absents du débat, s'il arrivait à une chaîne d'en inviter un porte-parole, ce dernier était prié dans les coulisses, par les journalistes de la honte de se conformer aux limites du politiquement correct. On aurait pu s'attendre à ce que l’élite et les universitaires tirent la sonnette d’alarme et incitent à rectifier le tir dès les premiers signes des dérives. Cette élite a malheureusement brillé par son absence.
Pourquoi tant de mépris à l'égard de la jeunesse ? Tout simplement, parce que ce beau monde, et à quelques rares exceptions près, se trouve l’otage d’une dette morale et matérielle à l'égard d'acteurs étrangers interdisant de faire de la cause des jeunes la priorité des priorités. Une telle réalité était bien visible dès les premiers jours qui ont suivi la chute de Zaba.

*Militante politique démocratique en Tunisie

Adieu  Chokri Belaïd

Par Asma Souissi
Vendredi 8 Février 2013

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