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Abderrahmane Azzouzi, secrétaire général de la Fédération démocratique du travail : “Nous avons demandé au gouvernement de ratifier plusieurs conventions internationales”




Abderrahmane Azzouzi, secrétaire général de la Fédération démocratique du travail : “Nous avons demandé au gouvernement de ratifier plusieurs conventions internationales”
Le 1er mai 2011 sera, sans conteste, différent  de ceux qui l’ont précédé. C’est sous de bons auspices qu’il se déroulera, puisque gouvernement, syndicats et patronat sont parvenus le 26 avril à un accord relatif à la session du printemps du dialogue social. Cet accord prévoit un train de mesures destinées à améliorer les traitements des fonctionnaires et le salaire minimal dans le secteur privé.
Pour ces augmentations, Abderrahmane Azzouzi, nous a fait savoir dans l’entretien qu’il nous a accordé, que « grâce à la FDT, l’UGTM et l’UNTM, il a été décidé dans le secteur public une augmentation de 600 DH nette des salaires des fonctionnaires de l'administration publique, des collectivités locales et des établissements publics à compter du 1er mai 2011 et du relèvement de la pension minimale de retraite de 600 à 1000 DH et du quota de promotion interne à 33 % en deux étapes (de 28  à 30 % à partir de janvier 2011 et de 30% à 33 % à partir de janvier 2012). »
Et de poursuivre que « dans le secteur privé, l'augmentation sera progressive de 15 % du salaire minimum dans les secteurs industriel, commercial, agricole, forestier et des services, répartie sur deux étapes (10 % à partir de juillet 2011 et 5 % à compter de juillet 2012).
Par ailleurs, le Souverain a ordonné une augmentation du salaire minimum agricole garanti (SMAG). En effet, SM le Roi a adressé le 26 avril un message d’une importance historique  à la 4ème édition des Assises de l’agriculture. Le Souverain y a, entre autres, demande d’améliorer la situation des petits agriculteurs par une valorisation de leur salaire minimum et de les faire figurer en tête  des bénéficiaires du système de couverture et d’assistance médicale.
Autre bonne nouvelle, comme les salariés du secteur agricole, les membres des Forces Armées Royales, de la Gendarmerie, des Forces auxiliaires et de la Protection civile ne seront pas exclus des retombées bénéfiques du dialogue social. Ils seront augmentés suite aux Directives Royales pour que soient revus à la hausse leurs pensions et salaires.
La célébration du 1er mai de cette année sera marquée également par le rassemblement unitaire que comptent organiser la FDT, l’UGTM et l’UNTM à Rabat. 


Libé : Les négociations du dialogue social  sont passées par plusieurs étapes. Comment la session d'avril s'est-elle déroulée?

Abderrahmane Azzouzi : A la Fédération démocratique du travail (FDT), aux côtés de nos alliés, l’UGTM et l’UNTM,  on avait présenté au gouvernement un mémorandum commun des revendications de la classe ouvrière relatif à la session du printemps du dialogue social. Au cours de ce round entamé depuis presque un mois et demi, des propositions et des contre-propositions ont été faites de part et d’autre avant d’arriver aux résultats annoncés par le gouvernement, la CGEM et les syndicats. Les négociations n’étaient pas faciles du tout, et chaque partie défendait ses intérêts. Le gouvernement doit bien aux syndicats de faire évoluer la situation dans un sens positif dans la mesure où la session d’avril de l’année dernière était insignifiante et celle d’octobre était tout simplement annulée.
A l’entame des négociations, nous avons considéré insuffisante la première offre du gouvernement qui consistait en une augmentation de 500 DH nette des salaires des fonctionnaires de l’administration publique et l’enveloppe de 7 milliards de DH proposée n’était pas faite pour satisfaire  nos revendications.
Pour nous, FDT, UNTM et UGTM, étaient essentielles et primordiales deux questions, à savoir le respect des libertés syndicales et l’amélioration des revenus.
Pour la première question, cela fait des années que nous demandions au gouvernement de ratifier  nombre de conventions internationales  dont celle portant sur le respect des libertés syndicales et la protection du droit syndical (Convention N° 87 de l’Organisation internationale du travail). Mais l’Exécutif qui a persévéré pendant fort longtemps a promis de  réviser  l’article 280 du Code pénal qui criminalise la grève et les mouvements de protestation. Ces décisions sont, pour nous, d’une importance capitale et des acquis à préserver.
Concernant la question de  l’amélioration  des revenus, il est important de savoir que la FDT, l’UGTM et l’UNTM ont fait des mains et des pieds pour parvenir à faire changer la position du gouvernement et à le convaincre de faire un effort qui a finalement abouti à ces résultats. A préciser également que le mémorandum commun de nos syndicats était pour beaucoup dans l’accord final et quelques détails y  ont été ajoutés la veille de sa signature.
Concernant le secteur public, l’Exécutif affichait un niet catégorique de discuter de la promotion exceptionnelle. Mais, comme je l’ai dit, nous avons fait pression sur le gouvernement  jusqu’à ce qu’il ait accepté, d’abord de discuter de cette question et avant d’adopter le principe de plafond de quatre années comme délai maximal  de l’attente de promotion au lieu de 5 ans.  De même que des catégories dans certains secteurs qui n’avaient pas la possibilité d’être promues, durant toute leur carrière, qu’une à deux fois, auront désormais la chance de gravir des échelons et partant d’améliorer leur situation sociale et matérielle.
Ces augmentations, avancent certains, sont insuffisantes face à à la hausse des prix de première nécessité et la cherté de la vie.  
En réponse à ceux qui avancent que ces mesures destinées à améliorer les traitements des fonctionnaires et le salaire minimal dans le secteur privé sont en deçà de ce qu’on attendait et ne peuvent donc faire face aux hausses successives des produits de première nécessité, il est important de savoir qu’il y a des contraintes à prendre en compte. La crise mondiale, l’augmentation  des prix du pétrole, du blé et d’autres matières à l’échelon mondial, outre la problématique des  diplômés chômeurs, le retour des Marocains de Libye, etc, sont des contraintes parmi d’autres, qu’on le veuille ou non, qui pèsent dans la balance des négociations.  Il faut être objectif et cesser de faire du populisme.
Il s’agit là d’un round de négociations. C’est une étape à travers laquelle nous avons pu satisfaire une partie des revendications ; mais ce qui  est sûr, c’est que nous continuerons à défendre les intérêts de la classe ouvrière.

Qu'en est-il de la CGEM  qui avait toujours campé sur ses positions en défendant bec et ongles les intérêts du patronat ?

Pour ce qui est de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), il faut avouer que pour la première fois un  président du patronat, en l’occurrence, Mohamed Horani, nous a soutenus et s’est montré compréhensif.
Il a reconnu tous les droits sociaux des salariés, leur droit à être affiliés à des syndicats et toutes les dispositions du Code du travail. C’est un genre de partenariat que nous n’avions pas eu l’habitude de rencontrer ; c’est une autre mentalité et un nouveau comportement.  
Chiffres à l’appui, Mohamed Horani a été convaincant. Une augmentation de 15% du SMIG équivaut à une réduction de 6% en termes de postes d’emploi, c'est-à-dire le licenciement de nombre de salariés. C’est ce que confirment d’ailleurs des études officielles, des données et des indicateurs dont nous disposons. Mais, après de profondes et longues discussions, nous sommes parvenus, avec l’appui de Mohamed Horani, à décider d’une   augmentation progressive de 15 % du salaire minimum dans les secteurs industriel, commercial, agricole, forestier et des services, répartie sur deux étapes (10 % à partir de juillet 2011 et 5 % à compter de juillet 2012), en tenant compte de la préservation de la compétitivité du secteur du textile et habillement.
A propos du textile, les professionnels du secteur qui passe par une conjointure très difficile, étaient francs en refusant d’évoquer une quelconque augmentation. Cela ne signifie pas  que le textile est écarté de notre agenda, mais une fois que le secteur retrouvera son souffle, nous mettrons les revendications de cette frange sur la table des négociations.
On ne doit pas comprendre par là que le patronat est plus fort et qu’il a imposé ses conditions et  aux syndicats et à l’Etat. Comme je l’ai souligné, des contraintes objectives ont été prises en considération. Il ne faut pas oublier qu’on est parvenu à  des mesures pour l'unification progressive du salaire minimum dans les secteurs industriel, commercial, agricole et forestier, et ce, sur trois années, et le relèvement de la pension minimale de retraite versée par la Caisse nationale de garantie sociale, de 600 à 1.000 DH, et la mise en place d'un programme d'habitat social au profit des salariés du secteur privé à revenu limité .
Il a été également décidé de revoir la loi de sécurité sociale au profit des assurés ne disposant pas de 3.240 jours déclarés, ainsi que l'élaboration d’un projet du régime d'indemnité sur la perte d'emploi, en vue de permettre, dans une première étape, aux professionnels du transport titulaires de la carte professionnelle et aux salariés de la pêche côtière artisanale de bénéficier des services de la sécurité sociale.

La FDT  a été sujette à quelques remous à l’occasion de son dernier conseil national qui a connu plus d’une étape. Qu’en est-il aujourd’hui ?

On peut dire que la Centrale a retrouvé sa vigueur organisationnelle qui se traduit sur le terrain  par l’efficacité et le dynamisme, que ce soit au niveau du dialogue social ou des réformes constitutionnelles.
Les différends font désormais partie du passé. La question du secrétariat général n’est plus à l’ordre du jour. La preuve en est la présence d’Abdelhamid Fatihi parmi les membres de la délégation de la FDT qui a pris part aux négociations du dialogue social. D’ailleurs,  Fatihi a présenté ses excuses officiellement aux membres du Conseil économique et social.
Aujourd’hui, plus que jamais, nous sommes tenus d’engager nos forces et compétences en vue de parachever l’édification de notre syndicat qui a besoin de tous ses militants et cadres et de préparer les prochaines échéances.

Dans le cadre des réformes constitutionnelles, la FDT a présenté son mémorandum. Quelles en sont la nature et les orientations ?

A l’instar des autres  syndicats et des associations des droits de l’Homme, nous avons soumis à la Commission ad hoc nos propositions qui sont marquées  par leur caractère social.
Nous avons  fait part  de notre position  en toute franchise et responsabilité.  La réforme constitutionnelle annoncée dans le discours Royal du 9 mars comporte une réforme globale qui va au-delà des 7 piliers fondamentaux y afférents.
Cette réforme globale répondra sans aucun doute aux attentes et ambitions du peuple marocain, toutes tendances et sensibilités politiques, syndicales et associatives confondues.

Qu’avez-vous prévu pour la célébration du 1er Mai de cette année ?

Cette année, nous allons déroger à la règle. Contrairement aux années précédentes, nous avons décidé ensemble, FDT, UGTM et UNTM, d’organiser un rassemblement à Rabat. Nous aurions aimé être 5 syndicats à le faire sur une même place, mais je respecte la position de nos autres camarades.
En cette occasion, nous appelons  tous les jeunes dont ceux du Mouvement du 20 février et autres à adhérer et à faire réussir cette fête de la classe ouvrière.  
Le soutien des jeunes au mouvement des travailleurs  est une clé de réussite à même de donner un nouveau souffle aux salariés et aux centrales syndicales.
Si aujourd’hui, les jeunes  et à leur tête ceux du Mouvement du 20 février ont décidé de  militer et de dénoncer la corruption, la fraude, les maux politiques et sociaux et ont appelé à poursuivre en justice les responsables et à une justice sociale, la classe ouvrière véhicule ces slogans, historiquement, depuis la création de son mouvement. Il n’y a pas de différence entre  nous. Les jeunes et les syndicats partagent les mêmes convictions.
Je profite de cette occasion pour lancer un appel aux jeunes, toutes tendances confondues, à adhérer et participer massivement aux défilés du 1er Mai à Rabat dont le thème cette année est « L’édification démocratique est tributaire de la réforme socioéconomique ».


Entretien réalisé par LARBI BOUHAMIDA ET KAMAL MOUNTASSIR
Samedi 30 Avril 2011

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