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Abderrahim El Allam: le livre marocain a beaucoup de mal à traverser les frontières




Abderrahim El Allam: le livre marocain a beaucoup de mal à traverser les frontières
Pour l’écrivain marocain, 
le Salon du livre est une belle opportunité pour faire 
connaître son œuvre. Et pour aller à la découverte de ses pairs. Abderrahim El Allam, président de l’Union des 
écrivain au Maroc, nous 
en parle dans cet entretien. 
 
Libé : Pensez-vous, en tant que président de l’Union des écrivains du Maroc, que l’écrivain marocain se reconnaît vraiment dans cette 20ème édition du SIEL ?
 
Abderrahim El Allam: Les éditions précédentes du SIEL ont toujours porté un grand intérêt à la culture et à la création littéraire au Maroc, tout en s’intéressant également aux autres pays du monde arabe. La  programmation culturelle de la présente édition reflète un vif intérêt pour le livre et pour la culture marocaine dans ses différents aspects, et ce à travers  leurs différentes composantes, qu’elle soit arabe, amazighe ou hassanie.  De même que la composante africaine, qui a également son importance. Grâce à la coordination entre le ministère de la Culture, les différents acteurs de la société civile et certaines organisations  culturelles, dont l’Union des écrivains du Maroc (UEM). Cette coordination avait pour but d’élaborer le programme culturel général de l’édition actuelle du SIEL.  Avec une attention toute particulière pour les œuvres récentes d’auteurs marocains, notamment dans le domaine de la création littéraire. 
Cette programmation culturelle du SIEL  prévoit des rencontres avec certains noms de la littérature marocaine, et non des moindres, dans le cadre du volet  « Une heure avec un écrivain ». Parmi ces noms, Youssef Fadel, Mohammed Azzedine Tazi et Moubarak Rabii.  Un hommage particulier sera rendu aux écrivains marocains qui nous ont quittés durant l’année écoulée, tels que Salem Yafout, Mohammed Sabbagh, Mohammed Al Ayadi et Mohammed Rachiq. Par ailleurs, un accueil important sera réservé aux auteurs qui viennent de publier leurs premiers livres. On perçoit bien, par conséquent l’intérêt porté à la culture marocaine et aux auteurs marocains lors de cette 20ème édition du SIEL.  

La publication à compte d’auteur prend beaucoup d’ampleur dans notre pays. Qu’en pensez-vous ?  
 
Il s’agit en fait d’un phénomène paradoxal. Puisque l’essor  actuel des maisons d’édition dans notre pays, n’a pas empêché la profusion des publications à compte d’auteur. Ceci revient, en grande partie, au fait que la création littéraire n’est pas vraiment encouragée par nombre éditeurs marocains ou même étrangers. Ce  phénomène  n’est pas nouveau, mais il a pris beaucoup plus d’ampleur ces dernières années. A signaler que feu Mohammed Choukri, lui-même, tenait absolument à publier ses livres à compte d’auteur, de peur de voir ses droits lésés par des éditeurs sans scrupules.    
Nous espérons surmonter cette situation paradoxale dans un proche avenir. En accordant l’importance nécessaire au livre marocain, et aux auteurs marocains, dont le rayonnement dépasse aujourd’hui les frontières de leur pays. En témoigne le grand intérêt dont bénéficie la création littéraire marocaine dans les pays du Machreq,  où les auteurs marocains sont publiés et couronnés par de nombreux prix littéraires.    
A titre d’exemple, Dar Al-Adab, la célèbre maison d’édition libanaise, qui ne publiait qu’un nombre très restreint d’ouvrage marocains, a aujourd’hui un catalogue où nos auteurs nationaux figurent en bonne place.
Il y a donc actuellement une grande vitalité et un grand dynamisme en matière de création dans notre pays. Mais l’écrivain marocain est souvent contraint de débourser son propre argent pour se faire publier.
A l’Union des écrivains du Maroc, nous faisons de notre mieux pour publier les ouvrages des écrivains membres de cette Union. Et ce grâce au soutien de certaines parties, tout aussi concernées par la situation du livre dans notre pays.

Un certain nombre d’ouvrages marocains sont publiés dans les pays du Machreq. Et le lecteur marocain les découvre assez tardivement, dans les pavillons du Salon du livre.
 
En fait, le problème de distribution des livres ne date pas d’aujourd’hui. Mais il  est toujours d’actualité. En effet, le livre marocain a beaucoup de mal à traverser les frontières. Et c’est grâce à des manifestations culturelles, comme le Salon du livre, que le lecteur peut découvrir un bon nombre d’ouvrages marocains, édités à l’étranger. 
Mais le fait que des auteurs marocains s’adressent à des éditeurs étrangers n’a pas que des répercussions négatives. Puisque cela permet une plus large diffusion de notre littérature dans les pays du Machreq.  Cela nous évite donc de rester repliés sur nous-mêmes. Car de nos jours, tout ce qui relève de la culture est appelé à traverser les frontières. Et nous disposons actuellement de véritables atouts dans ce domaine, à travers Internet qui participe largement à la diffusion  de la culture, et à cette percée du livre, défiant les autres formes de distribution et s’exerçant loin de toute censure.  
 
De nombreux écrivains marocains publient dans des revues du Machreq. Est-ce que cela est dû au marasme culturel que connaît notre pays ?  
 
On peut être tenté de mettre cela sur le compte d’un certain marasme, en ce qui concerne les revues culturelles. C’est une réalité qu’on ne peut nier. Puisque nous manquons cruellement de magazines et de revues culturelles de valeur. Et même celles qui existent sont plutôt à caractère local, car aucune n’est connue à l’étranger. 
Face à ce marasme culturel, les auteurs marocains recourent, tout naturellement à des revues qui paraissent au Machreq. Ce qui représente un choix tout à fait judicieux, puisqu’il s’agit, reconnaissons-le, de revues de haut niveau culturel. Sachant que l’écrivain marocain, comme tout autre, aspire à faire connaître sa pensée ou sa création littéraire dans les différents pays arabes, avec lesquels nous avons beaucoup de points communs. Il faut également noter que certaines revues des pays du Golfe  encouragent les auteurs marocains en leur assurant une distribution convenable. Je pense que tout auteur doit être récompensé  de ses efforts. Ce qui n’est malheureusement pas le cas dans notre pays, où les auteurs  ne bénéficient aucunement de leurs droits matériels. 

Quel genre de collaboration préconisez-vous entre l’UEM et le ministère de la Culture ?  
 
Il faut d’abord souligner que le département de la Culture ne dispose que d’un modeste budget. Il faut donc faire en sorte d’augmenter ce budget. Ceci dit, il faut rappeler que le ministère nous octroie une subvention annuelle pour couvrir les frais de gestion. Mais cette subvention ne peut hélas pas assurer  les autres frais  inhérents à l’organisation de colloques, aux rencontres culturelles et aux différentes  publications.  Par conséquent, nous souhaitons vivement que le ministère trouve d’autres ressources, en plus de son budget annuel, par le truchement de partenariats. Ce qui aura des répercussions bénéfiques sur les associations culturelles dans notre pays. 
Pour illustrer les difficultés rencontrées par l’Union des écrivains du Maroc à ce niveau, je ne citerai que l’exemple du débat national sur la culture marocaine, programmé voilà deux ans, mais que nous ne parviendrons toujours pas à organiser, malgré les promesses du ministère de le subventionner. Nous avons même mis en place des comités ; nous nous sommes aussi réunis à deux reprises à Rabat et à Ifrane. Mais sans résultat. 

Propos recueillis par Mehdi Ouassat
Samedi 15 Février 2014

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