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Abdellatif Bayati, un conte serghini




Abdellatif Bayati, un conte serghini
Abdellatif Bayati est l’illustration parfaite d’un parcours mythique. De sa vie, d’enfant «Kafif», marquée de toutes les peines du monde, jaillit une nébuleuse de lumières qui augura d’une odyssée des plus romanesques, digne de la mythologie grecque. S’ensuit une prodigieuse gloire et une épopée retentissante dans l’arène des arts.
Une autobiographie voit le jour sous la demande incessante de ses amis et fans, titrée «La symphonie des nuits diaprées». Un aboutissement qui eut le mérite de décrypter la vie d’un grand artiste. 
Abdellatif Bayati, une âme anoblie par la succession de douloureuses épreuves mais guère assujettie aux aléas de la providence. Il hérita de la terre serghinie, la fécondité de son sol et la générosité de ses oliviers, luisant d’un vert émeraude. Alors enfant, il fut trahi par un fulgurant incident : il perdit accidentellement le plus précieux des sens: la vue. Un handicap organique qui, cependant, ne fléchit nullement sa volonté de titan et n’altéra à aucun moment son tempérament de soldat aguerri. Car guidé par l’artiste luthiste et fervent poète qu’il est, Bayati forgea son propre destin, aidé en cela par sa foi inébranlable et par l’inégalable Souad, son épouse. Cette dernière aspergea de par sa bonté, quasiment divine, celui qui fleurit éternellement dans son cœur et donne un sens à sa liaison maritale. Au fil des années, la dimension-temps s’est rétrécie et s’est effritée dans les espaces qu’il occupa; si ce n’est le gazouillement des oiseaux, fredonnant à sa fenêtre une sérénade printanière ou la déflagration des vagues, cadençant ces interminables nuits hivernales, qui ponctuaient le cours de son existence. L’artiste ne se contenta pas de ruminer les flots des ténèbres qui teintaient ses jours. Il édifia, en parfaite «Mouaniss», son propre univers. Les astres gravitaient autour de sa personne, devenue emblématique, et se soumettaient, en guise d’allégeance, à sa majestueuse présence. De sa magnifique et dominante sphère, chacun tirait un brin de splendeur.
Chaque soir, Bayati cultiva son jardin de nuit et s’assura que Souad, sa déesse conjugale, n’eut pas perdu un pétale après de fastidieuses besognes, accomplies quotidiennement, dans une totale abnégation, et que sa fille Tarub, n’eut pas dépensé toute sa tendresse, en valsant au gré des airs nocturnes. Sa villa, à Harhoura, érigée sur une légère pente et humectée par les airs du littoral atlantique, baigna dans une atmosphère de quiétude. Une paisible demeure qui offrit à ses convives un profond sentiment de béatitude. En digne héritier de Hatim Taié, Bayati recevait ses amis les plus intimes, sans ces termes de politesse minés, de nos jours, d’hypocrisie et d’escobarderie. Il préparait méticuleusement toutes les substances de la «Mouanassa» qu’il aromatisa de son allégresse presque juvénile. Doté d’une mémoire infaillible, il puisa, spontanément, dans son répertoire littéraire, garni d’aphorismes, de contes et d’anecdotes; tantôt pour rappeler, sur un ton persuasif, un adage; tantôt pour sortir une badinerie et déclencher l’hilarité générale, devant une assistance émerveillée par le génie d’un orateur hors du commun. 
Chez Abdellatif Bayati, chaque «laila» de ses «layali» se métamorphose en une véritable «Hadra Chiiria». En déclamant des vers d’éminents poètes, Bayati conjugua l’extase de ses auditeurs, ensorcelés par la magie du verbe, au plus que parfait. En jouant du luth, il attisa les cœurs qui savouraient religieusement les «Takassim» du descendant de Ziriab. Les musiciens et chanteurs présents, souvent des ténors de la chanson marocaine, répliquaient en étalant toute leur classe. Du chant andalou au «Koudoud Halabia», en caressant les «Maqamat Maghribia», l’alternance des tendances musicales était assurée avec une sublime délicatesse. Des airs, empreints de gracieuses connotations, eurent de prodigieuses vertus sur nos âmes égarées! Les chanceux convives de marque, se délectaient au menu d’un régal aux pouvoirs thérapeutiques; un menu dont seul Bayati détient le secret. Ce grand artiste continue sa chevauchée dans l’arène de l’art, en quête d’inappréciables valeurs, piétinées, hélas, par l’insouciance des hommes, dans un monde déchiré par les antagonismes et le nombrilisme des Terriens. Qu’importe, puisque à Harhoura, la vie continue de chanter en chœur, et une feuille d’olivier verdoie, sous nos yeux, en paix.
 
* Poète

Par Rachid El Yacouti *
Vendredi 4 Avril 2014

Lu 858 fois


1.Posté par Hassan Berrada le 04/04/2014 14:58
Belle plume !

2.Posté par Effectivement çà mérite d'etre lu; Si Rachid Tbarekllah aalik le 07/04/2014 13:11
Effectivement çà mérite d'etre lu; Si Rachid Tbarekllah aalik

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