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Abdelkader Zougagh : Les licences délivrées au Maroc sont de simples autorisations pour exercer le métier d’entraîneur de football




Abdelkader Zougagh : Les licences délivrées au Maroc sont de simples autorisations pour exercer le métier d’entraîneur de football


«Former un 
entraîneur de 
football, c’est prévoir ce qui va se passer demain. Autrement dit, il faut avoir une conception futuriste, tout en tenant compte de l’évolution du football». Telle est la définition donnée au métier 
d’entraîneur.
Docteur en 
psychopédagogie des activités physiques 
et de sport, spécialité option football, Abdelkader Zougagh nous a donné dans cet entretien un large aperçu sur le métier d’entraîneur qui n’a pas cessé d’évoluer à travers le temps. Un processus entamé depuis les années 50 où l’on parlait de l’entraîneur-joueur jusqu’à aujourd’hui à l’ère du coach 
mental et cognitif.
Pour Abdelkader Zougagh, 
ex-directeur du Centre national 
de football et 
ex-professeur au Centre des sports Moulay Rachid, le temps s’était arrêté au Maroc au point que l’entraîneur 
du cru n’a pu se départir des années 70, «époque lors de laquelle la tâche de l’entraîneur s’était limitée aux aspects techniques 
et tactiques.»
Un statu quo qui n’a pas servi le football national du fait que dans d’autres contrées, Maghreb 
et Afrique en premier, l’évolution s’était poursuivie.
Dans l’entretien 
suivant, Abdelkader Zougagh est revenu sur de nombreux points ayant trait au métier d’entraîneur dans ses différents aspects.

Archaïque, moi ? Jouez  et fermez-là.
Archaïque, moi ? Jouez et fermez-là.
Libé: Quelle est la conception exacte pour ce qui est de la formation des entraîneurs de football ?
Abdelkader Zougagh : A ce propos, les choses sont bien claires et définies. Former un entraîneur de football, c’est prévoir ce qui va se passer demain. Autrement dit, il faut avoir une conception futuriste, tout en tenant compte de l’évolution du football. En vue d’obtenir des résultats optimums, il s’agit de former un entraîneur performant en mesure de s’adapter avec le football de demain qui est en perpétuel changement.
Comme tout métier, celui d’entraîneur de football n’a pas été en reste et a évolué au fil du temps. Pourriez-vous nous parler des différentes phases de cette évolution ?
Il faut dire que l’entame du processus de l’évolution a coïncidé avec la seconde moitié du siècle dernier. Au cours des années 50 et 60, l’heure était à l’entraîneur-joueur. Il était considéré comme l’acteur principal de la performance de son équipe. Depuis lors, le football a évolué et le métier d’entraîneur  a requis un caractère sportif qui nécessite du talent. Viennent par la suite les années 70, époque lors de laquelle la tâche de l’entraîneur s’était limitée aux aspects techniques et tactiques. Aux années 80, c’était au tour de l’entraîneur leader ; un technicien visionnaire, planificateur, évolutif et facilitateur. Un passage qui a permis de déboucher sur un autre statut d’entraîneur qu’est celui du coach, qualification accordée depuis les années 90 jusqu’à aujourd’hui. Selon la définition de la FIFA, être coach, c’est être un spécialiste dans les domaines technique et tactique et avoir des connaissances approfondies en psychologie et en pédagogie.
De façon beaucoup plus explicite ?
Pour ce qui est des connaissances psychologiques, il y a lieu de parler de trois niveaux : le joueur, l’équipe et le motivationnel. Concernant le joueur, tout entraîneur est appelé à être au fait des différents types de joueurs dont il dispose dans son équipe. Et les caractères et tempéraments différent allant du joueur intuitif à l’agressif en passant par le réfléchi et le leader. Chaque joueur nécessite donc un comportement et un traitement spécifique  de la part de son coach. De même que dans le domaine de l’apprentissage, les joueurs d’une même équipe n’assimilent pas tous les messages de leur entraîneur de la même manière. Il y a des joueurs qui captent la leçon par le visuel, d’autres par l’auditif, au moment où une troisième catégorie se veut kinesthésique, c’est-à-dire qui apprend par le mouvement.  
Au niveau de l’équipe, l’entraîneur doit instaurer et développer la cohésion de son groupe dans le but d’aboutir à une maturité fonctionnelle de son équipe. C’est ce qu’on appelle la cohésion sociale, facteur essentiel pour aller de l’avant. Il y a également la cohésion opératoire et c’est ce qui fait hélas défaut à l’ensemble des équipes nationales. On n’a pas encore atteint ce niveau, car quand on définit le rôle de performance de chaque joueur, on doit tenir compte de la compatibilité et de la complémentarité devant être accomplies par le travail du coach.
Quant au niveau motivationnel, il préconise que l’entraîneur doit d’abord établir un équilibre entre ce qui est motivation intrinsèque et celle extrinsèque, sachant que c’est la première qui doit primer. Toujours dans le cadre du motivationnel, l’entraîneur est sommé de développer le désir d’accomplissement collectif, de prodiguer un soutien et une assistance psychologiques à des joueurs qui ont des problèmes de comportement de performance.
En ce qui concerne le deuxième volet se rapportant aux connaissances pédagogiques, l’entraîneur est tenu d’apporter son savoir par compétences, par objectifs, par découvertes entre autres moyens susceptibles d’inculquer ses messages aux joueurs.  
Le travail d’un entraîneur est structuré selon une planification d’objectifs pédagogiques tout au long d’une saison sportive. Ces différents objectifs pédagogiques représentent le fondement de l’entraînement et de tout apprentissage. L’entraîneur est appelé donc de les rendre opérationnels dans le but d’optimiser la performance  de son équipe. Dans ce sens, le travail par objectifs signifie aider ses joueurs à acquérir ou raffiner des connaissances, des qualités physiques, des attitudes mentales, des techniques et des tactiques.
Qu’en est-il du coaching mental ?
Après le coaching tout court, il y a le coaching mental qui veut que le cadre technique doit être un coach, un entraîneur et un coach mental. Sa mission est de faire acquérir des techniques mentales à ses joueurs pour développer leur compétence émotionnelle, gérer son stress, et cognitive, savoir se concentrer. L’apprentissage de ces techniques mentales développe chez les joueurs une attitude qui leur permet d’atteindre un état mental favorable à l’optimisation de leur performance. Autrement dit, l’ambition du coach mental réside dans le fait d’amener le joueur à son état mental optimal. Et avec un football qui se développe et qui devient de plus en plus difficile et complexe, l’avenir proche est pour le coach cognitif.
Qu’en est-il de l’entraîneur marocain ?
Sans aucun détour, ni langue de bois, l’on n’est bien loin du compte. Pour être davantage explicite, l’entraîneur marocain est encore un abonné de l’étape des années 70, l’ère où il n’était question que des aspects techniques et tactiques. C’est la triste réalité.
Sur le plan théorique, s’achemine-t-on vers la disparition de l’entraîneur marocain ?
Non, il ne faut pas être pessimiste à ce point en tuant toute lueur d’espoir. Sauf qu’il faudrait se mettre illico presto à la tâche puisque tout  est une question d’apprentissage. Au lieu de se limiter à être un entraîneur qui s’occupe seulement des aspects techniques et tactiques, il y a moyen de devenir coach et coach mental.
Comment parvenir à ce but ?
A travers une nouvelle classification tout simplement, en accordant la licence A au coach mental, B au coach sportif et C à l’entraîneur. Hormis la volonté, il n’y a qu’une seule condition pour atteindre cet objectif : c’est de savoir lire et écrire et d’avoir un niveau intellectuel acceptable qui permet au cadre apprenant de suivre un cursus académique. Rien n’est sorcier, grâce à la formation, les résultats escomptés peuvent suivre et tout se concrétise sur le terrain.
Quelle évaluation faites-vous de la formation des entraîneurs prodiguée actuellement au Maroc ?
Malheureusement, l’on n’est encore à des années-lumière de ce qui se passe de nos jours sous d’autres cieux. Comme précité, la formation prodiguée aux cadres marocains se limite aux volets techniques et tactiques. Le cadre Hassan Hormat Allah, directeur de la formation des entraîneurs marocains a fait appel à des professeurs que j’estime beaucoup mais qui ne sont pas des spécialistes du football. Pour le moment, l’on se contente à délivrer des licences A, B et C qui sont une sorte de sésames ou d’autorisations en vue d’exercer le métier d’entraîneur dans le championnat marocain.
Quelles sont les répercussions sur le football national ?
Les conséquences ne peuvent être que négatives. Le football se développe à vitesse grand V et les cadres marocains font du surplace. Il faudrait rectifier le tir le plus tôt possible, sinon c’est toute la discipline qui prendra un sacré coup alors qu’elle est déjà minée par d’autres difficultés.
Comment est la situation du côté du Maghreb et de l’Afrique ?
Nos voisins maghrébins et amis africains se sont déjà attelés à la tâche et font dans la formation moderne. Que ce soit en Algérie, en Tunisie ou encore au Togo à titre d’exemple, la formation prodiguée prône toutes les nouveautés du cursus. Et les résultats sont là sur le terrain, avec des clubs pratiquement toujours présents aux tours avancés des compétitions continentales et des joueurs qui se vendent mieux et qui réussissent à s’expatrier pour évoluer dans les championnats européens.  
 

Propos recueillis par Mohamed Bouarab
Lundi 9 Février 2015

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