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A Pékin, ces travailleurs migrants qui vivent en sous-sol




A Pékin, ces travailleurs migrants qui vivent en sous-sol
Laissés pour compte du miracle économique chinois, aussi nombreux qu'invisibles, les travailleurs migrants vivent misérablement dans les sous-sols des grandes villes où, comme à Pékin, les prix de l'immobilier ne cessent d'augmenter.
Non loin du "Nid d'oiseau", l'immense stade construit pour les Jeux olympiques de 2008, Ye Yiwen, son mari et leurs deux enfants s'entassent dans une pièce en sous-sol de 10 m2.
La famille a quitté une maison de 200 m2 dans un village situé à 1.000 km de la capitale pour ce réduit sombre qui peut tout juste accueillir deux lits, ainsi qu'une petite table.
"Evidemment la maison dans notre ancien village était plus confortable, mais le travail est ici", justifie Ye - un pseudonyme. "Mes fleurs me manquent", ajoute-t-elle avec résignation.
L'exode de centaines de millions de ruraux vers les villes de Chine constitue la plus grande migration humaine de l'histoire. Mais la vie qui les attend au bout du chemin est souvent très éloignée de leurs espoirs.
Pékin compte plus de 20 millions d'habitants, dont 6 ou 7 millions de migrants, oubliés de la croissance, souvent exploités et considérés comme des citoyens de seconde zone.
Faute de permis de résidence officielle, ces travailleurs n'ont droit à aucun avantage social et sont de surcroît privés d'école gratuite pour leurs enfants.
Pas moins de 281.000 personnes vivent dans ces sous-sols, selon les autorités municipales. En argot, on les appelle localement les "souris". La presse officielle estime qu'ils pourraient être jusqu'à un million à s'entasser dans ces logements rudimentaires, des caves sordides ou d'anciens abris de défense civile.
Après leur prise du pouvoir en 1949, les autorités communistes de la Chine avaient en effet ordonné la construction d'un vaste réseau d'abris souterrains à Pékin.
Ye a quitté sa province de l'Anhui (est) il y a 15 ans. Elle travaille comme femme de ménage pour une famille du quartier huppé de Guanjuncheng, près du village olympique.
Elle a fait venir à Pékin ses fils, aujourd'hui âgés de 20 et 21 ans, dès leur sortie du lycée.
"Nous savons que ce n'est pas un logement idéal, mais nous ne nous marchons pas sur les pieds", assure-t-elle comme pour se consoler.
Le Parti communiste chinois (PCC) a annoncé en novembre des mesures pour permettre à de plus en plus de travailleurs migrants de s'installer légalement en ville.
Mais l'inflation des loyers rend impossible tout projet d'achat pour les travailleurs pauvres comme Ye et sa famille qui gagnent ensemble 9.000 yuans par mois (un peu plus de 1.000 euros).
Le prix moyen du mètre carré était en décembre de 31.465 yuans (3.820 euros) à Pékin, la ville la plus chère de Chine continentale, en hausse de 28,3% sur un an, selon une étude de l'institut indépendant China Index Academy.
Le prix moyen d'un logement dans la capitale correspond à 13,3 fois le revenu annuel moyen, selon les médias officiels, alors que la Banque mondiale considère que l'écart revenu/prix du logement ne doit pas dépasser un ratio de 1 à 5.
La fièvre immobilière est une source récurrente de mécontentement populaire, et pas seulement chez les classes paupérisées.
Guan Sheng, 25 ans, a grandi à Pékin. Il occupe aujourd'hui 4 m2 en sous-sol, dans des remugles de toilettes publiques. C'est là, sur son ordinateur portable, qu'il cherche un emploi.
Au plafond, des vêtements sèchent, pendus à un tuyau couvert de rouille. Aux murs, les infiltrations d'eau chaude venue des étages supérieurs écaillent la peinture: c'est son seul chauffage.
Guan, qui lui aussi tient à garder l'anonymat, s'acquitte d'un loyer mensuel de 600 yuans (73 euros), auquel s'ajoutent 30 yuans d'électricité et 15 yuans d'eau.

AFP
Jeudi 30 Janvier 2014

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