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A Moscou, un "désastre architectural" menace les trésors du constructivisme




Le bâtiment datant de 1920 n'est plus qu'un tas de ruines: sous le regard atterré de manifestants opposés à sa destruction, les bulldozers ont commencé à démolir cet héritage architectural de la période constructiviste à Moscou.  "Comment peuvent-ils détruire ça? Je ne comprends pas", répète Elena Khmelievskaïa, qui habite dans ce quartier situé dans le centre de la capitale russe.
Construit en 1929 par l'architecte d'avant-garde Vassili Martynovitch, l'ancien centre téléphonique est l'un des meilleurs exemples du mouvement architectural constructiviste qui s'est développé dans les années 1920 à Moscou, alors que naissait l'URSS.
Le constructivisme russe, qui voulait rompre avec les formes traditionnelles dans l'art et l'architecture, a beaucoup emprunté au cubisme et au futurisme. Considéré comme l'art officiel de la nouvelle Russie soviétique, après la Révolution de 1917, le mouvement a été marginalisé au début des années 20.
Avec ses lignes épurées et ses fenêtres en meurtrières, le bâtiment du centre téléphonique moscovite, entièrement blanc, n'a cependant pas été considéré par les autorités municipales comme faisant partie du patrimoine culturel de la ville.
"Ce style (constructiviste) est quelque chose dont nous devrions être fiers, mais au lieu de ça, nous le détruisons", regrette un habitant du quartier, Mikhaïl, jeune architecte de 23 ans. 
"C'est un désastre architectural", commente-t-il en observant les pelleteuses et bulldozers déjà à pied d'oeuvre.
Des appartements de haut standard doivent être construits d'ici quelques mois à cet endroit. "Allez-vous en!", crie Mme Khmelievskaïa à l'un des ouvriers.
Le contremaître Alexandre Malinine, qui supervise les travaux, ne semble pas inquiet: "Tous les documents (nécessaires pour détruire le bâtiment) ont été obtenus légalement", assure-t-il à l'AFP. "Et aucun ne signale que ce site a quelque chose d'exceptionnel", ajoute-t-il.
Bâtiment emblématique du mouvement constructiviste, la "Maison du Narkomfin", un immeuble d'habitation de cinq étages à Moscou, qui était à l'origine destiné à des responsables du ministère soviétique des Finances, est, quant à lui, laissé à l'abandon.
Conçu pour organiser un style de vie résolument communautaire, le bâtiment, toujours habité, est aujourd'hui dans un état de délabrement avancé.
"Il n'a pas été rénové une seule fois. C'est un bâtiment d'importance mondiale, il a besoin d'être entretenu", s'indigne l'historienne en art Daria Sorokina, qui organise des tours guidés dans l'immeuble. "A Moscou, lieu de naissance du constructivisme et de l'architecture avant-gardiste, où il existe probablement les bâtiments les plus exceptionnels de cette période, nous luttons contre leur démolition, c'est absurde", regrette-t-elle.
Les défenseurs des bâtiments constructivistes doivent lutter contre l'appétit insatiable des promoteurs immobiliers dans une ville qui compte plus de 12 millions d'habitants.
En lieu et place de l'ancien centre téléphonique, le promoteur immobilier Lider Invest entend construire un immeuble résidentiel de sept étages, d'inspiration Art Nouveau.
"Ça n'a aucun sens de détruire un monument exceptionnel de l'architecture constructiviste pour ériger un immeuble qui a de faux-airs historiques", remarque la militante Natalia Melikova.
Pour préserver l'ancien centre téléphonique, une pétition contre la destruction des trésors architecturaux de l'époque soviétique a été lancée sur la plateforme Change.org, recueillant seulement 35.000 signatures.
Des architectes russes réputés ont écrit une lettre ouverte au maire de la capitale, Sergueï Sobianine, et après un appel lancé sur le réseau social Facebook, des centaines de Moscovites ont manifesté devant les bâtiments menacés de destruction.
Si la méthode s'est avérée payante pour préserver la tour Choukhov, construite au début des années 1920 et qui a échappé à la démolition prévue en 2014, elle a échoué dans le cas de l'ancien centre téléphonique.
Une passante s'arrête pour observer le bâtiment et s'exclame: "A quoi ça sert si ça n'est pas utilisé? Qu'est-ce qu'il a de beau?" Ces bâtiments hérités de la période soviétique sont perçus comme laids par la majorité des Russes, regrettent les militants qui s'occupent de la défense du patrimoine.
Il aurait fallu commencer à se mobiliser "il y a quatre ans", confie l'architecte Nikolaï Lizlov aux manifestants avant de lancer: "Nous ne devons pas cesser nos efforts."

Libé
Dimanche 15 Mai 2016

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