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A Marrakech, un pédophile bénéficie de la clémence des juges

«La pédophilie est un crime, pas un délit», crient les associations




A Marrakech, un pédophile  bénéficie de la clémence des juges
«Un scandale», «Une honte», «Un crime contre l’enfance». Au Maroc, les associations de défense des droits des enfants n’ont pas de mots assez durs pour condamner la clémence dont a fait preuve un tribunal pour condamner un pédophile surpris en flagrant délit. Ce mardi 15 juillet 2014 restera écrit en lettres noires dans les annales. Le tribunal de première instance de Marrakech a prononcé un verdict où la clémence des juges pose question. L’épicier de Marrakech surpris (et filmé) par ses voisins en flagrant délit d’agression sexuelle d’un garçonnet  de 10 ans vient d’être condamné à deux ans de prison et à une amende de 10.000 DH en guise de dédommagement pour la famille. L’indignation est totale. «C’est une honte pour tout le Maroc. C’est une honte pour les enfants, c’est une honte pour les associations, pour la justice et pour tout le Maroc», a déclaré la présidente de l’Association «Touche pas à mes enfants» au site d’information «Yabiladi».
Najia Adib est loin d’être la seule voix à dénoncer ce scandale judiciaire qui intervient un an après, jour pour jour, la libération d’un pédophile espagnol condamné à 30 ans de prison. On s’en souvient, l’affaire avait ébranlé l’opinion publique marocaine qui s’était mobilisée pour que l’enfance ne soit pas violée impunément. Visiblement, les juges de Marrakech n’ont pas tiré les enseignements de ce triste épisode qui avait vu l’intervention du chef de l’Etat.  La sentence prononcée,  deux années de prison,  a provoqué la colère et l’indignation sur la Toile. Les postes se suivent et se ressemblent, portant la même marque d’écoeurement. «Que valent nos enfants?» «Nos enfants sont en danger?» « Qui cherche à protéger les pédophiles?» «La pédophilie n’est pas un délit mais un crime contre l’enfance».
L’affaire de Marrakech a éclaté il y a près de deux semaines lorsque la vidéo d’un pédophile marocain pris en flagrant délit a fait le tour du web. Le présumé coupable est un épicier, âgé d’une cinquantaine d’années. 
Postée, la vidéo du pédophile fait scandale
Ce sont ses voisins qui l’avaient surpris en train d’abuser d’un petit garçon. La scène sera filmée et postée le 7 juillet sur Youtube. Les réseaux sociaux et les médias s’emparent de l’affaire. Le scandale éclate. Et un scandale peut en cacher un autre. Dans la vidéo du pédophile de Marrakech, on peut entendre l’un des voisins, témoin du forfait,  dire à l’épicier surpris en flagrant délit que si la victime était une fille et non pas un garçon, son cas aurait  été moins grave. Des propos qui ont suscité l’ire des internautes. 
Depuis mardi soir –le verdict est tombé dans l’après-midi- les commentaires fusent, plus amers les uns que les autres. La famille de la petite victime est sous le choc. «Deux ans de réclusion et 10.000 DH d’amende, ce n’est pas cher pour une enfance violée, traumatisée, confisquée», soupire cet avocat. L’homme à la robe noire rappelle les articles 485 et 486 du code pénal qui prévoient des peines de 10 à 20 ans de prison dans les cas de crimes sexuels commis sur un enfant de moins de 18 ans. 
«Est puni de la réclusion de cinq à dix ans tout attentat à la pudeur consommé ou tenté avec violences contre des personnes de l'un ou de l'autre sexe. Toutefois si le crime a été commis sur la personne d'un enfant de moins de dix-huit ans, d'un incapable, d'un handicapé, ou sur une personne connue pour ses capacités mentales faibles, le coupable est puni de la réclusion de dix à vingt ans », stipule l’article 485 du Code pénal. Quant à l’article 486, il prévoit que : «Le viol est l'acte par lequel un homme a des relations sexuelles avec une femme contre le gré de celle-ci. Il est puni de la réclusion de cinq à dix ans. Toutefois si le viol a été commis sur la personne d'une mineure de moins de dix-huit ans, d'une incapable, d'une handicapée, d'une personne connue par ses facultés mentales faibles, ou d'une femme enceinte, la peine est la réclusion de dix à vingt ans ».
A Marrakech, la victime est un petit garçon qui n’a pas encore dix ans. Et son violeur a été jugé par un tribunal correctionnel et non par une Cour d’appel. «Toute la différence réside dans le choix d’une juridiction de premier degré qui reste incompréhensible à nos yeux. La pédophilie est un crime majeur et non un simple délit. C’est un scandale judiciaire», s’insurge cette avocate mobilisée contre les agressions sexuelles faites aux enfants, petites filles et petits garçons. Mais à Marrakech, les magistrats de première instance ont préféré recourir à l’article 484 du Code pénal et à sa clémence. «Est puni de l'emprisonnement de deux à cinq ans, tout attentat à la pudeur consommé ou tenté sans violence, sur la personne d'un mineur de moins de dix-huit ans, d'un incapable, d'un handicapé ou d'une personne connue pour ses capacités mentales faibles, de l'un ou de l'autre sexe». 
La clémence de l’article 484 du Code pénal
Un article anachronique et purement scandaleux aux yeux des juristes. «L’agression sexuelle d’un enfant est en elle-même une violence. Et on est bien loin de l’attentat à la pudeur. Il est temps que le législateur reconnaisse clairement pour mieux les sanctionner les crimes de pédophilie», fait remarquer cet avocat qui a souvent plaidé dans des dossiers de pédophilie. 
Tourya Bouabid, la présidente de l’AMESIP, ne cache pas son désarroi et dénonce à voix haute l’inadéquation des condamnations prononcées dans de tels crimes. «Lorsque l’on a des preuves réelles du délit, on ne peut pas condamner à deux ans de prison! Soit nous donnons de vraies peines, soit nous les acquittons dans ce type d’affaire (…) la récidive est encore trop fréquente lorsque les condamnations  sont aussi laxistes. L’histoire le démontre! De telles peines n’inciteraient pas à dénoncer de potentiels pédophiles», a affirmé cette défenseure des droits des enfants au site «Médias  24».
A Marrakech, l’enfance brisée d’un petit garçon violé par un sexagénaire, une famille éperdue de douleur et une association, partie civile dans le dossier, qui se prépare à faire appel d’un jugement inique. Reste l’essentiel, la nécessaire réforme d’un Code pénal et la prise de conscience de magistrats de la gravité de crime de la pédophilie. «L’image d’un Maroc qui s’accommode des violeurs d’enfants est tout simplement  insupportable», conclut cette activiste. 


Narjis Rerhaye
Samedi 19 Juillet 2014

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