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A Madagascar en crise, le prospère commerce des médicaments illicites




A Madagascar en crise, le prospère commerce des médicaments illicites
Mamy range une vingtaine de médicaments dans sa sacoche avant d'enfourcher sa moto. Ce médecin de campagne malgache vient régulièrement s'approvisionner dans la capitale Antananarivo en médicaments illicites, qu'il revendra ensuite à ses patients.
"Jusqu'à maintenant, il n'y a jamais eu de problèmes. Ce sont des médicaments chinois ou indiens, mais des millions de Chinois vivent avec ça, pourquoi pas les Malgaches ?", demande-t-il, un brin provocateur. L'échoppe où se fournit le praticien est installée à Ambohipo, un quartier populaire devenu plaque tournante du marché illicite de médicaments. Devant le portail, trois jeunes hommes guettent l'arrivée des forces de l'ordre. Au moindre signal, les clients sortent, le portail est verrouillé.
“Les médicaments que nous vendons sont les mêmes qu'en pharmacie, puisque je les achète chez un grossiste agréé. Mais comme je n'ai pas autant de charges qu'une pharmacie, ils sont deux fois moins chers”, assure Fara, propriétaire de ce commerce prospère, qui préfère ne donner que son prénom, comme les autres acteurs de ce commerce.
“La plupart de mes fournisseurs sont des gens qui ont reçu des médicaments de l'étranger, déclare pour sa part Vohangy, une autre vendeuse du quartier.
Quand ils ne sont plus malades, ils vendent ce qu'il leur reste”.
Tous, du revendeur de rue au propriétaire de dépôt, affirment que leurs médicaments sont de qualité, mais reconnaissent qu'il existe parfois, “chez les autres”, des contrefaçons, des boîtes au contenu trafiqué, à la date de péremption modifiée.
En Afrique, le continent le plus touché, jusqu'à 30% des médicaments utilisés proviennent de la contrefaçon, selon une étude de l'Organisation mondiale pour la santé de 2006. Ce commerce aurait généré l'an dernier un chiffre d'affaires de 75 milliards de dollars (52 mds EUR), deux fois plus qu'en 2005, selon un organisme spécialisé américain, le Centre pour une médecine dans l'intérêt public (Center for Medicine in the Public Interest).
“Il y a peut-être tous les types de produits sur ces marchés, mais nous ne savons pas exactement ce qui se vend, car il n'y a jamais eu d'enquête”, confie Yvette Rakotobe, directeur de l'Agence du médicament de Madagascar, organisme dépendant du ministère de la Santé.
Aucune statistique officielle n'existe. “Tout ce que nous pouvons dire, c'est que partout dans l'île, à tous les coins de rue, le marché illicite existe, et qu'un médicament peut devenir un poison”, ajoute Yvette Rakotobe.
L'immobilisme de longue date des autorités a, de toute évidence, favorisé le développement de ce réseau clandestin. Le code de la Santé, qui prévoit des sanctions contre les vendeurs illicites, remonte à 1962. Un nouveau texte voté cette année par le Parlement de transition attend son décret d'application.
“C'est un gros réseau, et il y a beaucoup d'argent”, avance Baovola Rajoana, vice-présidente de l'Ordre des pharmaciens, se refusant toutefois à désigner des responsables.
Depuis mars dernier, Baovola Rajoana préside le tout nouveau comité national de lutte contre ce marché illicite. L'entité, qui rassemble plusieurs ministères et des représentants des pharmaciens, devra sensibiliser les usagers aux périls de la contrefaçon, établir une nouvelle grille de sanctions, tenter de mesurer l'ampleur du phénomène.
Mais la pharmacienne sait que la tâche ne sera pas aisée: 76% des 22 millions de Malgaches vivent sous le seuil de la pauvreté à Madagascar, en crise politique et économique depuis des années, un terreau propice à la multiplication des vendeurs et usagers de médicaments illicites.
Pharmacien à Farafangana (sud-est de l'île), Christian Marojama dit comprendre, dans ce contexte, le peu de réaction des autorités publiques.
“Souvenez-vous, la révolution tunisienne a commencé avec un marchand ambulant qu'on a empêché de travailler”, indique-t-il.

AFP
Lundi 3 Octobre 2011

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