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A Gaza plus qu’ailleurs, les livres sont une fenêtre par où s’évader




A Gaza plus qu’ailleurs, les livres sont une fenêtre par où s’évader
Mossaab Abou Toha, 24 ans, n’est jamais sorti de la Bande de Gaza. Pour s’échapper, il dévore des livres et se démène pour ouvrir la première bibliothèque en langue anglaise de ce territoire palestinien reclus. “Envoyez-nous des livres en anglais, neufs ou d’occasion”, demande-t-il sur sa page Facebook. 
“La liberté commence quand on libère son esprit”, clame ce jeune diplômé en littérature anglaise de l’Université islamique de Gaza, qui partage son amour de la langue de Shakespeare en enseignant dans une école de l’ONU. “J’ai lu des dizaines de livres en anglais. Avec eux, je peux voyager dans tous les pays du monde et à travers toutes les époques, j’ai l’impression d’être dans un autre monde”, confie-t-il. Mossaab Abou Toha partage le sort des deux millions d’habitants de Gaza, dont de nombreux jeunes, rêvant de voyage, mais qui sont contraints de rester confinés dans cette étroite enclave en raison du blocus israélien et de la fermeture quasi permanente de la frontière égyptienne. 
Israël et l’Egypte justifient les restrictions par la nécessité de contenir le mouvement islamiste Hamas qui gouverne sans partage la Bande de Gaza. Les permissions de sortie israéliennes sont délivrées au compte-gouttes après une procédure souvent longue et aléatoire. Ceux qui réussissent à profiter des rares ouvertures égyptiennes ne savent jamais vraiment quand ils pourront rentrer. 
Dans un territoire où même l’acheminement de produits de première nécessité est tout sauf une évidence, la littérature aussi paie son prix à la politique. “Il y a peu de livres en anglais” et les nouveautés littéraires “arrivent bien après leur publication à cause du blocus”, déplore Mossaab Abou Toha, qui refuse de se contenter de traductions en arabe. Les amateurs de livres pourraient certes se rabattre sur leurs versions électroniques. “Mais il y a des coupures d’électricité tout le temps”, dit Chadi Salem, qui aide Mossaab Abou Toha à monter son projet. Fin 2016, des habitants de Gaza qui ne recevaient plus que quatre heures d’électricité par jour au lieu des huit habituelles avaient manifesté par milliers contre ces pénuries.  Depuis le lancement en juillet de leur page “Library&Bookshop for Gaza”, qui compte près de 2.500 abonnés, les deux amis Chadi et Mossab disent avoir collecté plus de 200 livres, notamment de donateurs américains et européens, ainsi que 2.000 dollars (1.900 euros). Là encore, il a fallu composer avec les restrictions de mouvement. Pendant des mois en 2016, Israël a bloqué l’acheminement de colis vers la Bande de Gaza parce qu’ils servaient selon lui au Hamas à faire passer “du matériel aux finalités terroristes, comme des couteaux, des drones (et) des équipements d’espionnage”. 
La livraison des colis a finalement été rétablie en décembre permettant à Mossaab Abou Toha de proclamer sur Facebook: “Vous pouvez maintenant envoyer vos livres!” Pour le moment, les 200 ouvrages reçus et la bibliothèque personnelle du jeune homme —environ 400 livres— trônent sur des étagères de la maison familiale, à Beit Lahya dans le nord de l’enclave. L’objectif pour ouvrir la bibliothèque est d’atteindre un millier de livres supplémentaires.



Libé
Mercredi 1 Mars 2017

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